DescRiITPTIONDvU Japoy.
Thé popu-
zalre.
Combien lesgrands che-mins du Japonſont peuplés.
Cauſes de cemouvement.
380 VOYXAGE DE KEXMPER
une gelée, apres les avoir fait rôtir; des eſcargots; des huitres; diverſesſortes de poiſſon, bouilli ou mariné; de la Laxe Chinoiſe, qui eſt une eſ-péce de bouillie claire, de pâte fine de belle fleur de froment, coupée parpetites tranches longues& minces,& cuite au four: toutes ſortes de plan-tes, de racines& de rejettons que la ſaiſon fournit, proprement nettoyes& bouillies à l'eau avec du ſel; une infinité d'autres mets, particuliers auPays,& dont la ſimplicité prouve, ſuivant Pobſervation de Kæmpfer, van-cienne pauvreté des Japonois,& la ſtérilité naturelle du Pays, avant qu'u-ne laborieuſe culture eut rendu tel qu'il eſt à préſent. La ſauce ordinai-re, pour tous ces mets, eſt un peu de Soije, mêlé avec du ſaki. On ornele plat de feuilles de Sangjo, ou de tranches de gingembre& d'écorce de li-mon. Les confitures ſont généralement plus agréables à la vüe qu'au goüt,& d'une dureté qui les rend difficiles à macher. Le thé, qui ſe vend àchaque pas, dans des cabanes qui n'ont pas d'autre uſage, n'eſt pas de lameilleure ſorte: ce ne ſont que les feuilles les plus larges, qui reſtent ſurFarbriſſeau, pour la troiſiéme récolte, apréès que les plus jeunes& lesplus tendres ont été enlevées deux fois. Au-lieu d'étre roulées& friſées,comme le meilleur thé, elles ſont ſimplement rôties dans une poële; a-prés quoi on les met dans des corbeilles de paille, ſous le toit des maiſons,proche de Fouverture qui ſert de paſſage à la fumée. Le Peuple Japo-nois croit ce thé plus fain, pour un uſage conſtant, que les feuilles jeu-nes& tendres, qui ſont le partage des perſonnes riches;& la manièrede le préparer ne ſuppoſe pas beaucoup de délicateſſe: on en prend unebonne poignée, qu'on fait bouillir dans un grand chaudron de fer. Quel-quefois on le met dans un petit ſac, ou dans un petit panier qui ſurnâ-ge. C'eſt cette décoction, mélée d'un peu d'eau froide, qu'on préſenteaux Voyageurs(g).
AvEc tant de commodités pour les Voyages, il n'eſt pas ſurprenant quela plüpart des grands chemins ſoyent auſſi peuplés que les Villes. Kæmp-fer aſſure qu'ayant paſſé quatre fois dans le Tokaido, qui eſt à la véritéune route des plus fréquentées du Japon, il y a vũ plus de monde que dansles rues des plus grandes Villes de TEurope. Comme tous les Princes& lesSeigneurs de'Empire font obligés de parottre à la Cour une fois l'année,ils doivent paſſer deux fois ſur les grandes routes; c'eſt-à- dire, lorſqu'ilsvont à Jedo& lorſqu'ils en reviennent. IIs font ce Voyage avec toute lapompe qu'ils croyent convenable à leur rang,& au reſpect qu'ils portent àleur Maitre. La ſuite de quelques-uns des premiers Princes de'Empire eſt ſinombreuſe, qu'elle tient quelques journées de chemin. On rencontre or-dinairement, pendant deux jours conſécutifs, le bagage d'un Prince, com-poſé des Officiers ſubalternes& des Valets, diſperſés en pluſieurs bandes.Le Prince même ne parott que le troiſieme jour, ſuivi d'une groſſe Cour,qui marche dans un ordre admirable. On compte que le cortéège d'un desprincipaux Daimios, eſt compoſé d'environ vingt mille hommes; celui d'unFiomjo, de dix mille;& celui d'un Gouverneur des Villes Impériales, oules terres du Domaine, de pluſieurs centaines, ſuivant ſa diſtinction*
68
(g) Pag. 344& précédentes.