DescRfPTIONDU JAPoN.joye,& leurancienneté au
Japon.
PremierCommercedes Euro-péens avec lesJaponois.
Obſtaclesui viennent
Ja Religion.
382 VONYAGE DE KEMPF ER
nent ſoin;& qui, pour quelque legère gratification, les offrent juſqu'à laPoſte voiſine à ceux qui marchent à pied.
ENPIN, Kæmpfer termine cette Deſcription par la multitude ſurprenan-te de filles de joye dont les grandes& les petites Hôtelleries, les Cabanesà thé,& les Rötiſſeries, ſur-tout dans'Ifle de Nipon, ſont remplies à tou-tes les heures du jour. Mais c'eſt particuliérement vers midi, lorſqu'ellesont achevé de s'habiller& de ſe peindre, qu'elles ſe montrent au Puͤblic.La plüpart ſe tiennent debout, à la porte de ces maiſons, ou aſſiſes ſur lapetite galerie, qui avance dans la rue, d'ouú elles invitent civilement lesVoyageurs à leur accorder la préférence.é Dans les Villages de Poſte, oùpon trouve ordinairement pluſieurs Hôtelleries peu éloignées l'une de l'au-tre, toutes ces femmes font un bruit fort incommode. Elles ſont quelque-fois ſix ou ſept,& jamais moins de trois dans chaque maiſon. Cet infàmeuſage eſt fort ancien(i). On fait remonter ſa naiſſance ſous le fameuxJoritomo, premier Monarque ſéculier du Japon, qui, dans la crainte que ſesSoldats, fatigués d'une longue Guerre, n'abandonnaſſent ſon Armée pourrejoindre leurs femmes& leurs enfans, ne trouva rien de plus propre à leretenir, que Pétabliſſement des maiſons publiques de débauche.
(i) LAuteur accuſe Caron de s'étre trom-pé, lorſqu'il a voulu donner une meilleureidée de la continence des femmes Iaponoi-ſes. Il le ſoupçonne, dit-il, d'avolr vouluménager leur honneur, par reſpect pour ſa
ajoùte que la débauche eſt ſi ouverte au Ja-pon, que les Chinois, à qui elle eſt défendueſous des peines trés-ſEvéres, s'y rendoientexprès pour y trouver plus de liberté,& quepar cette raiſon ils le nommoient le Bordel de
propre femme, qui étoit de cette Nation. II la Chine. Pag. 362.
g. VII.
Commerce des Japonois avec les Etrangers.
la route des Indes(a), om ne peut douter que les Portugais n'ayent
été les premiers de qui les Japonois ont regu des marchandiſes deEurope,& les lumières du Chriſtianiſme. L. Empire n'étoit pas encoreformé,& les Seigneurs n'étoient pas dans la dépendance ouù ils ſont tom-bés depuis. Le goüt qu'ils prirent pour des Etrangers, qui leur apportoientde fi loin une nouveſle Religion& des richeſſes inconnues, fit bien- tõôtmonter la fortune des Portugais au comble. Quelques perſécutions, ſuſci-tées par la jalouſie des Prétres du Pays,& par des craintes politiques, n'ar-rêtérent pas les progrès de'Evangile. Au contraire, la conſtance des Miſ-ſionnaires& des nouveaux Fidéles, excita la curioſité d'un grand nombre delaponois, qui m'avoient pas encore regu les mêmes lumieres. IIs voulu-rent
(Qre⸗ jugement qu'on ait porté de la découverte du Japon, par
(2) En 1542, ou 1549. Voyez, ci-deſſus,1e g. III. Les Hiſtoires Japonoiſes diſent quele premier Navire d Europe, qu'on vit ſurleurs COtes, jetta l'ancre devant Awwa, vis-
avis PIſle de Tſikokf. Les Portugais pré-tendent qu'il jetta l'ancre dans un Port deBunugo, une des neuf Provinces de Kiusju.