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392 vOYAGE DE KEMPFER
eſt poſſible, de diminuer leurs libertés& leurs avantages,& d'inventer denouveaux plans pour augmenter leur ſervitude.
Diverſes h. CELuI qui leur dérobe quelque choſe,& qui eſt ſaiſi ſur le fait, enmiliations des eſt quitte pour la reſtitution de ce qu'on trouve ſur lui,& pour quel-
Hollandois.
On deman-de quels ſontleurs dedom-magemens.
ques coups de fouet qu'il regoit ſur le champ des Soldats qui gardent leurIHle. Si le crime eſt conſidérable, il eſt quelquefois banni pour un temsaſſez court. Mais le chaàtiment des Hollandois, qui fraudent la Douane,eſt une mort certaine, ſoit en leur tranchant la tête, ou par le ſupplice dela croix.
AvcuN Hollandois ne peut envoyer une Lettre hors du Pays, ſans enavoir donné une copie aux Gouverneurs, qui la font enrégiſtrer dans unLivre deſtiné à cet uſage. Les Lettres, qui viennent de dehors, doiventetre remiſes aux mêmes Officiers, avant que d'être ouvertes. Cependantils ferment les yeux ſur celles qui ſont pour les Particuliers, quoiqu'ellesſoyent compriſes auſſi dans la Loi. Autrefois, lorſqu'un Hollandois mou-roit à Nangaſaki, on le jugeoit indigne de la ſépulture,& ſon corps étoitjetté dans ſa Mer à la ſortie du Port. Depuis quelque-tems, on a pris leparti de leur aſſigner un petit terrain inutile, ſur la Montagne d' Inaſa, ouùils ont la liberté d'enterrer leurs Morts: mais, aprêès la cérémonie, on ymet une Garde Japonoiſe;& quelque jugement qu'on veuille porter des or-dres qu'elle regoit, il devient bien- tét preſqu'impoſſible de découvrir lelieu de la ſépulture.
Ex géneral, il eſt togjours aiſs aux Naturels du Pays,& méême auxEtrangers, de faire valoir leurs prétentions ſur les Hollandois. Le Gou-vernement ne ſe fait jamais preſfer, pour accorder des dommages& desintéréts au Demandeur. II ne daigne pas conſidérer ſi la demande re-garde la Compagnie, ou quelques-uns de ſes Officiers, ni s'il eſt juſte delui faire porter la peine des malverſations d'autrui. Au contraire, ſic'eſt d'elle que viennent les plaintes, elle trouve tant de difficultés à ſe fai-re rendre juſtice, que ſouvent elle eſt obligée d'abandonner ſes plus juſtesdroits.
CE détail n'eſt qu'un leger extrait de pluſieurs Chapitres de Kæmpfer,qui contiennent les vexations qu'elle eſſuie continuellement. Si'on y jointles Loix mortifiantes, qui s'obſervent à Parrivée de ſes Vaiſſeaux(p), lanéceſſité de livrer toutes ſes marchandiſes à la bonne- foi des Officiers duPays,& de les faire décharger par des mains inconnues(4), celle de ſup-primer juſqu'aux moindres marques de Chriſtianiſme; enfin l'étrange con-trainte, qui tient ſes Officiers renfermés dans une Hle, longue de cent toi-ſes,& large d'environ quarante, dépendans du caprice, des rigueurs, de
la
(p) On ſe contente de renvoyer ci-deſſus„ travaillaſſent-ils qu'une heure, il faut quezu ſournal de Kæmpfer, lorſqu'il décrit les„ nous payions la journée entiére. Touscirconſtances de ſon arrivée.„ ceux qui nous rendent quelques ſervices,
(4)„ Ce ne ſont pas nos gens, mais les„ quoique ſouvent inutiles, ſont payés lar-„ Naturels du Pays, qui chargent& déchar-„ gement ſur les marchandiſes. La pluͤpart„ gent nos Navires. IIs ſont deux fois en„ de ces Ouvriers ſont fort adroits à voler“.„ Plus grand nombre qu'il ne faut;& ne Pag. 210.