DEscamrIoNDo JaApox.
Autre eſpèce.vG
AgréablesMendiantes.Naiſfance de
deux Sectesdu Sinto, lesJuitz& lesRiobus.
410 VOYAGE DE KEÆMPF ER
approcher quelque Voyageur, ils sarrétent, pour diſpoſer une grande ci-viére qu'ils portent avec eux, garnie de branches de ſapin& de papierblanc découpé, ſur laquelle ils mettent une eſpéce de cloche de matière le-geére, ou un chaudron, ou quelque autre machine qui fait alluſion à de vieil-les fables. Le troiſieme, portant à la main un bäton de commandemeutorné d'une touffe de papier blanc, marche, ou plutòt, danſe devant la ci-vière,& chante à voix baſſe une chanſon ſur le même ſujet; tandis que lequatriéme demande laumòône aux Paſfans, ou de porte en porte. D'autres,qui vont auſſi par petites troupes& vétus de blanc, ne demandent pasFTaumône, mais avancent tojours, en chantent& jouant de la guitarreou d'une eſpèce de violon,& reçoivent ce qu'on leur offre volontaire-ment. D'autres encore vont nuds dans le plus grand froid, en vertud'un vœu par lequel ils ſe propoſent d'obtenir quelque grace de leur Dieu.Is mênent une vie fort pauvre, ne regçoivent rien des Paſfans, vontſeuls,& courent preſque toũjours, apparemment pour réſiſter mieuxau froid. Enfin, les grands chemins de Empire offrent une Secte par-ticulière de Mendians, qui comprend les deux Sexes,& qui ont tous lateéte raſée. Les filles font ſous la protection de certaines Religieuſes deMeaco& de Kamakura, auxquelles cette dépendance les oblige de payerun tribut annuel, du profit de leurs quêtes. Pluſieurs font auſſi des offran-des au Temple de Kbumano, dans la Province d'Isje, qui eſt leur principaledemeure& le centre de leur Ordre. Kæmpfer les repréſente comme lesplus belles perſonnes du Japon. Une fille née de Parens pauvres,& quima que la beauté pour partage, embraſſe d'autant plus volontiers ce genrede vie, qu'elle eſt füre de n'y manquer de rien: mais ſouvent la Religionſert de voile à ces belles Pélerines, pour couvrir la plus honteuſe débauche.Geſt la reſſource commune de toutes les filles des Jammabos;& la plüpartde ces Hermites Montagnards prennent leurs femmes dans cet Ordre. El-les demeurent deux ou trois enfemble,& chaque jour elles font une courſede quelques miles. Lorſqu'elles appergoivent un Voyageur de diſtinction,elles s'approchent de lui en chantant;& s'il leur fait quelque aumòne, el-les ne font pas difficulté de l'accompagner auſſi long- tems qu'il le deſire,pour ſervir à ſon amuſement. Comme leur état les oblige d'avoir la téereraſée, elles cachent cette difformité par une petite coeffe noire, qui n'ai-de pas peu à relever les agrémens de leur viſage. Kæmpfer a déja peintleur propreté dans ſon Journal. Elles ont, dit-il, des mitaines aux mains;&, ſur la téte, un grand chapeau, qui les garantit de l'ardeur du Soleil&des injuresde'air. Avec une contenance& des manières féduifantes, ellesont une apparence de modeſtie; quoiqu'elles ayent la gorge fort découverte.LANCIENNE Religion s'étoit ſoütenue dans cette ſimplicité, depuisrorigine de la Monarchie, lorſque'Idolatrie eétrangère vint divifer les eſ-prits, par un Schiſme qui produiſit deux Sectes, entre leſquelles le Sintoeſt aujourd'hui partage. Lune, nommée Juirz, comprend les véritablesOrthodoxes, qui n'ont pas voulu ſouffrir le moindre changement dans laDoctrine de leurs Ancétres. Lautre eſt celle des Riobus, eſpèce de Syncre-tiſtes, qui entreprirent de concilier les deux Partis, en imaginant que lamed' Amida, le plus célebre des Fotoques, s'étoit jointe& confondue 9celle