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Tome dix-huitième.
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DrscarPrIoNRDE LA Nov-vELLE EsPA-

aTGNE.

532 DESCRIPTION DUMEXILT2UE,

que parti qu'on prenne entre Oexmelin& Dampier, qui exergoient à-peu-prées dans le même-tems la profeſſion d'Avanturiers, il paroit, par des Re-lations plus récentes, que l'affection& les ſervices des Moſquites ſont au-jourd'hui déclarés pour les Anglois.OrxMELIN ajoüte que le Gouvernement de cette Nation eſt abſolumentépubliquain. Elle ne reconnott aucune ſorte d'autorité. Dans les guer-res qu'elle a ſouvent contre d'autres Indiens,& qui nuiſent beaucoup à ſamultiplication, elle choiſit pour Commandant le plus brave& le plus ex-périmenté de ſes Guerriers, celui, par exemple, qui ayant ſervi long-temsſous les Avanturiers eſt revenu avec des témoignages de prudence& de va-leur. Apreés le combat, ſon pouvoir ceſſe. Le Pays que les Moſquites oc-cupent n'a pas plus de quarante ou cinquante lieues d'étendue,& la Nationn'eſt compoſée que d'environ quinze cens Hommes, qui forment commedeux Colonies; l'une, qui habite le Cap; Pautre, établie dans le Cantonqui ſe nomme proprement Mouſquite ou Mouſtique. Mais dans les deux Ha-bitations, il y a beaucoup de Néegres, libres ou eſclaves, dont la race eſtvenue de Guinée par une avanture extraordinaire. Un Capitaine Portu-gais, qui apportoit de Guinée des Négres au Breſil, les obſerva ſi mal,qu'ils fe rendirent maitres du Vaiſſeau. IIs jettèrent leurs Conducteursdans les flots. Mais, ignorant la Navigation, ils ſe laiſſèrent condui-re par le vent, qui les porta au Cap de Gracias à Dios, où ils tombè-rent entre les mains des Moſquites. Ils ne purent éviter'eſclavage;mais ils ſe crurent plus heureux que dans le fort dont ils s'Stoient déli-vrés. On en compte encore plus de deux cens, qui parlent la langue dupays,& qui ménent une vie aſſez douce, ſans autre aſſujétiſſement que'aider leurs Mastres à la péche,& de partager les travaux communs dela Nation(n).

DaMPIER avoue, comme Oexmelin, que les Moſquites n'ont aucun prin-cipe de Religion. Cependant on a découvert que leurs Ancétres avoientdes Dieux& des Sacrifices. Us donnoient, tous les ans, à leurs Prétres,un Eſclave qui repréſentoit leur principale Divinite. Apréès l'avoir lavéavec beaucoup de ſoin, on le revéêtoit des habits& des ornemens de l'Ido-le. On lui impoſoit le même nom. Il recevoit, pendant toute l'année, le

méeme culte& les mêmes honneurs. Une Garde de douze Hommes veilloitſans cefſe autour de lui, autant pour l'empécher de fuir, que pour fournirà ſes beſoins,& lui rendre un hommage continuel. II occupoit le plus ho-norable appartement du Teniple. Les principaux Moſquites l'y ſervoientréguliérement. S'il lui prenoit envie d'en fortir, il étoit accompagné d'ungrand nombre de Courtiſans ou d'Adorateurs. On lui mettoit entre lesmains une petite flutte, qu'il touchoit par intervalles, pour avertir le Peu-ple de ſon paſſage. Ace ſon, les Femmes ſortoient, avec leurs Enfansdans les bras,& les lui préſentoient pour les benir. Tous les Habitansdu Bourg marchoient ſur ſes traces. Mais on lui faiſoit paſſer la nuitdans une étroite priſon, à laquelle on donnoit le nom de Sanctuaire,&dont la fituation répondoit de ſa perſonne autant que la 11ardes

(n) Oexmelin, ubi ſupraͤ, page 243.