56640 DESCRIPTION DU MENIQUE,
DEscarPTIoNDE LA Nov-VvELLE EsrA-GNESacrificeshumains.
Cérémonies
qui les ac-
compa-sgnoient.
AFRRs avoir parlé tant de fois des Sacrifices du Mexique& des Victimeshumaines, on doit au Lecteur une peinture de ces abominables Fétes. Tousles Hiſtoriens conviennent qu'il ne s'en trouve point d'exemple auſſi révol-tant pour l'humanité, dans les plus barbares Nations de l'Afrique& desdeux Indes. C'étoit dans la vue d'immoler paiſiblement des Hommes à leursDieux, que les Mexiquains épargnoient le ſang de leurs Ennemis pendantla Guerreé,& qu'ils s'efforgoient de faire un grand nombre de Priſonniersvivans. Motezuma ne fit pas difficulté d'avouer, à Cortez, que malgré lepouvoir qu'il avoit continuellement de conquerir la Province de Tlaſcala,¹l1 ſe refuſoit cette gloire, pour ne pas manquer d'Ennemis, c'eſt-à-dire,pour aſſurer des Victimes à ſes Temples;& l'on a vu que le premier de-voir des Empereurs, apreées leur élection, étoit d'enlever des Captifs& deles préſenter au couteau des Préêtres.
HERRERA donne les cérémonies du Sacrifice. On faiſoit une longue filedes Victimes, environnée d'une multitude de Gardes. Un Prétre deſcen-doit du Temple, vêetu d'une robbe blanche, bordée par le bas de gros floc-cons de fil,& portant dans ſes bras une Idole compoſée de farine de maiz& de miel. Elle avoit les yeux verds& les dents jaunes(q). Le Prétredeſcendoit les dégrés du Temple avec beaucoup de précipitation. Il mon-toit ſur une grande pierre, qui étoit comme attachée à une plate-formefort haute, au milieu de la cour,& qui ſe nommoit Quabtixicali(r). IIpaſſoit ſur la pierre par un petit eſcalier, tenant toüjours PIdole entre ſesbras;& ſe tournant vers les Captifs, il la montroit à chacun, l'un apréespautre, en leur diſant; c'eſt ici votre Dieu. Enſuite, deſcendant de lapierre par un ſecond eſcalier oppoſé à Fautre, il ſe mettoit à leur téte,pour ſe rendre par une marche ſolemnelle au lieu de l'exécution, ouù ilsétoient attendus par les Miniſtres du Sacrifice. Le grand Temple en avoitſix, qui étoient revétus de cette dignité; quatre pour tenir les piés& lesmains de la Victime, le cinquième pour la gorge,& le ſixième pour ou-vrir le corps. Ces Offices etoient héréditaires,& paſſoient aux Fils ainésde ceux qui les poſſedoient. Celui qui ouvroit le ſein des Victimes tenoitle premier rang,& portoit le titre ſupréme de Topilzin. Sa robbe étoitune ſorte de tunique, rouge& bordée de floccons. II avoit, ſur la têéte,une couronne de plumes vertes& jaunes, des anneaux d'’'or aux oreilles,enrichis de pierres vertes,& ſur la lévre inferieure, un petit tuyau depierre, de couleur bleu-céleſte. Son viſage étoit peint d'un noir fort é-pais. Les cinq autres avoient la téte couverte d'une chevelure artificiel-le, fort crépue,& renverſée par des bandes de cuir qui leur ceignoient lemilieu du front. Ces bandes ſoutenoient de pertits boucliers de papier,peints de différentes couleurs, qui ne paſſoient pas les yeux. Leurs rob-bes étoient des tuniques blanches, entremélées de noir. Le Topilzin a-voit la main droite armée d'un couteau de caillou, fort large& fort aigu.Un autre Préetre portoit un collier de bois, de la forme d'un Serpent re-plié en cercle. 1
AuvssE-
(4) Les yeux étoient des pierres vertes,(r) C'eſt-à-dire, en Mexiquain, Pierre
ies fines;& les dents, des grains de maiz. d4.⁄igle.