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Tome dix-huitième.
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0U DE LA NOUVELLE ESPAGNE, LIv. I 523

de PIdole, qui étoit l'objet particulier de ſon culte, ou dont il avoit étérimage. On lui couvroit le viſage d'un maſque, enrichi de perles& dèepierres précieuſes. Enſuite on tuoit, pour premiêre Victime,'Officier quiavoit eu Pemploi d'entretenir les lampes& les parfums du Palais; afin quele voyage du Monarque dans un autre Monde ne ſe fit point dans les ténè-bres, ni ſur une route où ſon odorat füt bleſſé. Alors on portoit le corpsau grand Temple;& tous ceux qui compoſoient le cortege étoient obligésde donner des marques extérieures d'affliction, par des cris ou des chantslugubres. Les Seigneurs& les Chevaliers étoient armés;& tous les Do-meſtiques du Palais portoient des Maſſes, des Enſeignes& des Panaches.On arrivoit dans la cour du Temple, oò l'on trouvoit un grand bucher,auquel les Prétres mettoient le feu;& pendant que la flamme s'y répandoit,le grand Sacrificateur proferoit, d'une voix plaintive, des priéres& desinvocations. Enfin, lorſque le bucher étoit bien allumé, on y jettoit lecorps, avec tous les ornemens dont il étoit couvert;& dans le même in-ſtant, chacun y jettoit auſſi ſes Armes, ſes Enſeignes& tout ce qu'on avoitapporté dans le convoi. On y jettoit un Chien, pour annoncer par ſesaboiemens l'arrivée de Empereur, dans les lieux par leſquels il devoitpaſſer. C'étoit alors que les Prétres commengoient le grand Sacrifice. IIfalloit que le nombre des Victimes füt au moins de deux cens. On leurouvroit la poitrine, pour en arracher le cœur, qui ctoit jetté auffi- totdans le feu;& les corps étoient dépoſés dans des Charniers, ſans qu'il fütpermis d'en manger la chair. Ceux qui avoient l'honneur d'être facrifiésétoient non-ſeulement des Eſclaves, mais des Officiers du Palais, entre leſ-quels il y avoit auſſi pluſieurs Femmes. Le lendemain on ſe raſſembloit, a-prés avoir fait garder le bucher pendant toute la nuit. On ramaſſoit lacendre du corps, fur-tout les dents, qui ne ſe conſument point par le feu,& l'émeraude qu'on avoit enfoncée dans la bouche. Les Prêtres mettoientces reſpectables dépouilles dans un vaſe, qu'ils portoient ſolemnellementà la Montagne de Chapultepeque. Ils les y renfermoient, avec la poignée decheveux,& quelques autres qu'on avoit coupés à l'Empereur le jour de ſonCouronnement& qu’'on gardoit toüjours pour cette derniere cérémonie,ſous une petite voute, doönt Pintérieur étoit revétu de biſarres peintures.IIs en bouchoient ſoigneuſement l'entrée;& par-deſſus, ils plagoient uneStatue de bois, qui repréſentoit aſſez naturellement la figure du Mort. Lesſolemnités continuoient Peſpace de quatre jours, pendant leſquels ſes Fem-mes, ſes Filles& ſes plus fidéles Sujets venoient faire de grandes offrandes,qu'ils mettoient devant la voute, ſous les yeux de la Statue. Le cinquiè-me jour, les Prétres faiſoient un Sacrifice de quinze Eſclaves. Le ving-tième, ils en ſacrifioient cinq; trois, le ſoixantiéme;& neuf, vingt joursaprès, pour terminer la cérémonie(†).

CerrE du Mechoacan, pour les funérailles du Cacique, avoit quelquescirconſtances, d'une ſingularité extraordinaire. Lorſque ce Prince, dontla puiſſance n'étoit gueres inférieure à celle de l'Empereur du Mexique, ſeſentoit proche de la mort, ſon unique ſoin étoit de nommer, entre ſes En-

fans,(f) Gomara, ubi ſuprâ, Liv. 2, Chap. 80.1 Cccc3

DEschrTrON

DE LA Noov-

vELLE EsPA-GCNE.

Obſeques duCacique deMechoacan.