OU DE LA NOUVELLE ESPAGNE, Lrv. II. 587
bles dans les loix& les uſages. La Religion étoit l'unique point ſur lequelil parott que la politique des Empereurs, plutòt que le penchant des Peu-ples ou la perſuaſion, étoit parvenue à faire régner l'uniformité. A l'e-gard des ſucceſſions, par exemple, dans la Capitale& tout le Pays de ſonreſſort, elles ſuivoient les dégrés du ſang. Le Fils ainé entroit dans tousles droits de ſon Pêre, lorſqu'il étoit capable de les maintenir. Autrementle ſecond Fils prenoit ſa place;& sil n'y avoit point d'autre maâle, C'e-toient les Neveux qui ſe voyoient appellés à'héritage. Au défaut de Ne-veux, on appelloit les Fréres du Pêre. S'il n'en reſtoit point, ſur-tout en-tre les Seigneurs qui jouiſſoient de quelque Gouvernement par le droit deleur naiſſance, tous les Vaſſaux avoient recours à la voie de'élection, pourfaire tomber leur choix ſur le plus digne; dans vopinion que l'intérêt pu-blic devoit l'emporter ſur les droits d'une parenté fort cloignée. Dans lePays de Tlaſcala, de Guacoxingo& de Cholula, on ſuivoit la même réè-gle, avec cette différence, que celui qu'on ſubſtituoit au véritable ſang étoirſoumis à de rigoureuſes épreuves. II devoit s'expoſer, dans la Place pu-blique, à toutes les injures qu'on jugeoit à propos de lui faire eſſuyer,&les ſouffrir ſans aucune marque d'impatience. Enſuite il étoit mené auTemple, pour y paſſer quelque tems en pénitence. Tous ſes exercicesStoient contraires à ceux de la vie commune. II ſortoit du Temple, lorſ-qu'on y venoit pour les Sacrifices; il mangeoit à des heures qui n'etoientpas celles du Public; il veilloit dans le tems deſtiné au ſommeil; il dor-moit lorſqu'il falloit veiller;& pendant qu'il étoit endormi, on venoit lepiquer avec des poingons, en„ui difant;„gveille-toi, ſonge qu'il faut„ que tu prennes ſoin de tes Vaſſaux,& que''Office dont tu t'ès chargé„ne te permet pas de dormir“. Aprés ces penibles cérémonies, on lui pré-paroit un grand feſtin; mais pour le tems qu'il ſe devoit faire, on comp-toit tous les jours, depuis celui de ſa naiſſance,& l'on choiſiſfoit un im-pair, parce que tous les nombres pairs étoient de mauvais augure. SesConvives étoient nommeés par les Prêtres. Si quelqu'un d'entr'eux s'excu-ſoit, on n'en apportoit pas moins ſon ſiéege. On le mettoit à la place qu'ildevoit tenir, avec les vivres qu'il devoit fournir& ſon préſent. Le nou-vel Héritier faiſoit au ſiége les mêmes careſſes& les mêmes remercimensqu'il auroit dü faire au Convive. Lorſque la table étoit ſervie, on ſe ren-doit au Temple voiſin, ſans faire attention ſi les mets pouvoient ſe refroi-dir;& THéritier recevoit'inveſtiture de tous ſes droits. Le feſtin com-mengoit enſuite.& finiſſoit par des chants& des danſes. Les Seigneursde Chiapa devoient paſſer par diverſes Charges ſubalternes, avant que d'en-trer en poſſeſſion du rang pour lequel ils étoient nés ou choiſis. Dans laProvince de Guatimala, les Héritiers de naiſſance ou d'élection étoientobligés de faire des priéres& des jeqnes. Les plus dévêts dormoient lespiés en croix, pour ſe fatiguer juſques dans le tems dua ſommeil().gi le Mort laiſſoit un Héritier trop jeune, on lui donnoit pour Tuteurun de ſes plus proches Parens; ou s'il mavoit perſonne dans ſa Famil-le, qui meritât cette confiance, on éeliſoit un des plus ſages gq;’ du
Mort
(2) Herrera, Déc. 3. Liv. 4. Chap. 15.Eeee 2
DeschrprronF
DE LA Nov.
VEI.LE EsPAGNE