OU DELA NOUVELLE ESPAGNE, Lrv. II. 605meurent-ils pas moins Idolàtres. Les Créoles ne ſont pas mieux inſtruits:mais ils ſont ignorans ſans honte,& les idées qu'ils ont des choſes divines& humaines font également ridicules. Si l'on y joint l’ardeur du climat,qui leur brüle ſouvent le cerveau, on dira d'eux, fans injuſtice, qu'ils n'ontpreſque pas le ſens commun(hb). II leur eſt défendu d'avoir des Livres;& dans toute la Nouvelle Eſpagne on en voit três peu d'autres que desHeures, des Miſfels& des Breviaires(i). Un Créole, qui meurt, croitſon ame en füreté lorfqu'il a laiſſé de groſſes ſommes à'Egliſe. SesCréanciers& ſes Parens ſont ſouvent oubliés,& la plus grande partie desbiens paſſent toujours aux Couvens. Enfin le déſordre eſt ſi général;&ſes racines, qui ſont la ſenſualité, l'avarice& lignorance, ont acquis tantde force depuis deux ſiécles, que tout le pouvoir des Hommes n'y pou-vant apporter de reméède,& la nature même du mal ne permettant pointd'en eſperer du Ciel, il ne faut pas douter que les affaires des Eſpagnols,dans cette grande partie de leurs Etabliſſemens, ne ſoient menacées deleur ruine().
ENrRE les raiſons de cette extréme décadence, il faut auſſi compter lahaine qui ſubſiſte depuis long-tems entre les Eſpagnols venus de l'Europe& les Créoles. Elle vient, à ceux-ci, du chagrin qu’'ils ont de ſe voir ex-clus de toutes ſortes d'Emplois. IIl eſt inoui qu'on prenne parmi eux desGouverneurs& des Juges. Quoiqu'il s'y trouve des Cortez, des Girons,des Alvarados, des Guzmans, c'eſt-à-dire, des Familles réellement deſcen-dues de tous ces grands Capitaines, ils font regardés des vrais Eſpagnolscomme à demi Indiens, par conſéquent à demi Barbares,& incapablesdes ſoins du Gouvernement. D'un autre côté ceux, qui arrivent d'Eſ-pagne, ne reconnoiſſant point leurs uſages& leurs go0ts dans les Créoles,s'attachent de plus en plus à cette opinion,& perſiſtent non-ſeulement à leséloigner de toutes les Charges publiques, mais à redouter leur nombre, quipeut faire appréhender qu'avec de juſtes ſujets de reſſentiment, ils ne
ten-
Dans leur entretien, comme dans leurs
ſages Voyageurs en rendent le même te-
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„ habits, nous ne vimes que la plus mon- moignage. Voyez divers traits de Carreri„ daine vanite. Après ſouper, ils nous dans la Deſcription de Mexico;& ſur-tout le„ propoſérent de jouer aux cartes& aux troiſiéme Chapitre de Correal.
„ dez. La plüúpart de nous refuſérent; les(b) Correal, Chap. I11.
„ uns faute d'argent,& les autres pour ne(i) Le hafard, raconte Correal, fit tom-„ favoir pas le jeu; mais deux ſe laiſſerent ber, un jour, les Métamorphoſes d'Ovide„ſföduire. Nous eumes le loiſir, une par-· entre les mains d'un Créole. II remit ce Li-„tie de la nuit, de faire réflexion ſur cette vre à un Religieux, qui ne l'entendoit pas„ maniére de vivre; car plus le jeu conti- mieux,& qui fit croire aux Habitæ de la„ nuoit, plus le ſcandale augmentoit, tant Ville que c'étoit une Bible Angloiſe. Sa„ par la boiſſon, que les juremens, les mo- preuve étoit les figures de chaque Métamor-„queries& les riſées Ce fut la que je phoſe, qu'il leur montroit, en difant; voillà„ commençai de reconnoitre la manière de comme ces Chiens adorent le Diable qui„vie de tous les Eccléſiaſtiques du Pays. les change en Bêtes. Enfuite la prétendue„ Elle fait voir clairement que l'amour de Bible fut jettée dans un feu, qu'on alluma„'argent, de la vaine gloire, du pouvoir exprées;& le Religieux fit un grand diſ-„& de P'autorité qu'ils ont ſur les pauvres cours, qui conſiſtoit à remercier Saint Fran-.„ Indiens, eſt plutêt la fin& le but où ils Sgois de cette heureuſe découverte. Correal,‚viſent, que l'amour& l'avancement de la Chap. I1.
„ Zloire de Dieu'. Ibid. Chap. 9. Les plus(¼) Fidem.
Gg883
DEscRIPTrON
DE LA Nov-
VELLE EspA-GNE.