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Tome dix-huitième.
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606
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GCNE.

606 DESCRIPTION DUMEXIDUE,

tentent un jour de ſecouer le joug. GCage eſt perſuadé que têt ou tardcette ſeule diviſion fera perdre une ſi belle Conquête à l'Eſpagne. II eſtauſſi aifé, dit-il, de ſoulever les Créoles que les Indiens. Il leur a ſouvententendu dire qu'ils aimeroient mieux ſe voir ſoumis à tout autre Pouvoir,qu'à celui de Eſpagne. IIs ont regretté que les Hollandois ne ſe fuſſentpoint arrétés à Truxillo, lorſqu'ils prirent cette Ville, ou qu'ils n'euſſentpoint pénetré dans le Pays(1). Ceſt à cette mortelle animoſité, que leméme Voyageur attribue la fameuſe révolte de Mexico contre le Comte deGelves, Viceroi de la Nouvelle Eſpagne(m). Les Créoles ſe joignirentaux Indiens,& paroiſſoient déterminés à détruire le Gouvernement Eſpa-gnol, s'ils n'euſſent été retenus par lautorité des Prêtres.

Ce mépris de tout ce qui n'eſt pas venu d'Eſpagne s'eſt répandu juſ-qu'à'Egliſe. Rarement un Prêétre Créole eſt pourvu d'un Canonicat,&bien moins d'un Evéché. Dans les Couvens mêmes, on s'eſt long-temsefforcé d'abbaiſſer les Créoles qu'on y avoit regus, de peur que par le mé-rite ou le nombre ils ne'emportaſſent ſur les véritables Eſpagnols. Quoi-qu'on ne püt ſe diſpenſer d'en admettre quelques-uns, tous les SuperieursStoient envoyés d'Eſpagne. Cependant, peu d'années avant les obſerva-tions de Gage, les Créoles avoient pris laſcendant, dans pluſieurs Pro-vinces,& s'étoient tellement multipliés, qu'ils avoient abſolument re-fuſé de recevoir les Religieux qui venoient de l'Europe. Dans la Pro-vince de Mexique, qui a des Jacobins, des Auguſtins, des Cordeliers,des Carmes, des Peres de la Merci& des Jeſuites, il n'y a que les Je-ſuites& les Carmes qui ayent conſervé la ſupériorité aux Européens,en faiſant venir annuellement d'Eſpagne deux ou trois recrues de leurOrdre. La derniére, que Gage vit arriver pour les Religieux de laMerci, vécut en ſi mauvaiſe intelligence avec les Créoles, qu'à'élec-tion de leur Provincial commun, ils en vinrent aux mains, préets às'entretuer ſi le Viceroi ne ſe füt rendu à leur Aſſemblée,& n'en eütmis quelques- uns dans les chaines. Les Créoles l'emportérent à la fin,par la pluralité des ſuffrages;& juſqu'à préſent ils ont rejetté tout cequi leur eſt venu d'Eſpagne, ſous prétexte que ne manquant point deSujets de leur Nation, ils n'ont pas beſoin de ſecours étranger. On leslaiſſe paiſibles dans la poſſeſſion de cette liberté; parce qu'avec beaucoupde ſoumiſſion pour le Pape, ils envoient à Rome autant de préſens que lesEſpagnols.

DANs la Province de Guaxaca, on ne regoit aucun Miſſionnaire d'Eſ-pagne. Les Jacobins ſont ceux qui ont réſiſté le plus long- tems auxCréoles. Cette querelle Monaſtique n'étoit pas terminée du tems de Ga-ge. Les deux Partis plaidoient encore à Rome;& celui des Eſpagnolsalleguoit, avec beaucoup de chaleur& de vérité, que la Religion ſouf-froit beaucoup dans la Province, depuis que les Miſfſionnaires de l'Europey Stoient rejettés.

DANs FAudience de Guatimala, qui eſt d'une fort grande étendue,

puiſqu'elle

(1) Part. I. Chap. I.(m) Ibid. Chap. 24.& ſuiv.