Band 
Tome dix-huitième.
Seite
621
JPEG-Download
 

ou DELA NOUVELLE ESPAGNE, LIv. II. g21

L'Atolle, qui ſe nomme auſſi Anate, eſt une fleur rouge qui croft ſur unarbriſſeau de même nom,& qui ſert non- ſeulement au chocolat des Mexi-quains, mais à la compoſition d'une autre liqueur& à la Teinture. Ellecrott particuliérement dans la Nouvelle Eſpagne, ſur-tout aux environs deGuatimala, d'ou elle s'eſt répandue dans la Terre-ferme& dans les Iiles.L'arbriſſeau s'leve de ſept ou huit piés. On jette la fleur, comme l'in-digo, dans une citerne remplie d'eau; avec gette différence qu'elle eſt ſanstige& ſans téte, parcequ'elle ſe détache elle-même du bouton. On lalaiſſe pourrir dans Peau, ou par le ſoin qu'on prend de 1'e r, elle ſe ré-duit en ſubſtance liquide, comme Pindigo. Lorſqu'elle eft r- iſe,& qu'onen a tiré l'eau, on en fait des tourteaux& des briques, qu'on laiſſe fé-

cher au Soleil. Dampier, de qui l'on emprunte cette deſcription, a-voit vu tenter inutilement d'élever des Atolles dans quelques Planta-tions Angloiſes,& ne connoiſſoit cette teinture que dans la NouvelleEſpagne; d'ou ſortant par le Commerce, elle ſe vendoit cing ſchellings àla Jamaique(n).

LE Silveſtre eſt la graine d'un autre Arbre du Mexique, qui reſſemblebeaucoup au cochenillier. Sa fleur eſt jaune,& ſon fruit rouge. Le fruits'ouvre dans ſa maturité;& comme il eſt plein de cette graine, qui n'eſt pasmoins rouge que Jui, la moindre agitation ſuffit pour la faire tomber. LesIndiens mettent une toile ou des plats ſous rarbre,& le ſecouent. Huit oudix de ces fruits ne produiſent pas plus d'une once de graine. La teintu-re du Silveſtre eſt preſqu'égale en beauté à celle de la cochenille,& luireſſemble aſſez pour être une ſource d'erreurs: cependant elle eſt beau-coup moins eſtimée. Les Eſpagnols ont affecté ii long-tems de cacher lanaiſſance du Silveſtre& de la Cochenille, que juſqu'au tems de Dampierperſonne n'en avoit été bien inſtruit. Il regut les lumisres, qu'on donneici ſur le Silveſtre, d'un Gentilhomme Eſpagnol, dont il eut occaſion deconnoitre la bonne- foi,& qui avoit pafſè pluſieurs années dans les lieuxoOù cet Arbre crott(c).

QvorenE la Cochenille ſoit aujourd'hui mieux connue, on ne doit pas dé-robber au Mexique, la gloire de ſon origine& de ſon premier uſage. Dam-pier apprit, du même Eſpagnol, ce qu'on ignoroit avant lui, c'eſt-à-dire,que c'eſt un Inſecte, qui s'engendre dans une eſpêce de fruit. L'arbriſſeau,qui le porte, eſt armé d'épines,& d'environ cinq piés de haut. II reſſem-bleroit au Poirier piquant, ſi ſes feuilles étoient plus larges& ſon fruit plusgros. II porte des fleurs rouges au ſommet. Dans leur maturité, cesfleurs ſe renverſent ſur le fruit, qui commence alors à s'ouvrir„& le cou-vrent ſi parfaitement, que ni la pſuie, ni la roſée ne peuvent mouiller l'in-térieur. Le lendemain, ou deux jours apréès que la fleur eſt tombée, cequi la fait rõtir auſſi-têt par les ardeurs du Soleil, le fruit s'ouvre de lalargeur d'environ deux pouces,& tout y eſt plein de petits inſectes rou-ges, dont les alles ſont d'une petiteſſe curieufe. Comme ils y ſont nés,ils y mourroient faute de nourriture, ayant déja dévoré le fruit qui leur adonné la vie,& bientõt ils pourriroient dans leur enveloppe, ſi les In-

diens,2) Tome I. page 242.(0) Ibidem, page 240.

DzschrprrorvDE LA Nov-„'Anate.

Le Silveſtre.

Cochenille