OU DE LA NOUVELLE ESPAGNE, Lrv. I1. 637
tumeurs& des abſcês. Elle arréte les vomiſſemens. Pilée, au poids de deuxdragmes, elle adoucis les douleurs qui viennent des maux véneriens; elleevacue toutes les humeurs nuifibles; appliquée fur les yeux, elle remédieaux inflammations. Eufin elle tue la vermine(x).
LEs Naturaliſtes Eſpagnols prennent le Pebuam de Mechoacan pour laPlante que Dioſcoride nomme Ariſtoloche Clematide,& prétendent que ſi elle é-toit plus connue, on n'eſtimeroit pas tant le China& la Salſepareille; par-cequ elle a des propriétés fort ſupérieures. C'eſt une eſpece de Volubilis,dont les feuilles ont la forme d'un cœur, mais ſont fort petites. Ses fleurspurpurines ne ſont pas différentes de celles des autres Ariſtoloches. Sa ra-cine eſt longue, épaiſſe,& couverte d'une peau rougeâtre. C'eſt d'ellequ'on fait ufage. Elle eſt dcre, odorante, ſeche& chaude au troiſiéme de-gré. En décoction,& preparée comme le china& la ſalſepareille, elleguerit le mal vénerien. On lui attribue quantité d'autres vertus,& les In-diens la comptent entre leurs plus merveilleuſes Plantes.
La racine purgative de Mechoacan étant aujourd'hui fort connue, ſonorigine& ſa deſcription n'en paroftront que plus curieuſes. Les Indiens decette Province la nomment Tachuache, les Mexiquains Tlantlaquacuitlapille,& d'autres Nations Puſquam. Ils'en trouve trois eſpèces, dont on regardedeux comme le maàle& la femelle. Leur forme& leurs qualités ſont les mè-mes. Elles ont une racine longue& épaiſſe, de laquelle il fort une eſpêcede lait. La ſeconde pouſſe des tiges fort menues, avec de petites feuillesen forme de cœur,& des fleurs rouges& longuettes, qui donnent pourfruits une ſorte de petits melons(⁷), couverts d'une peau blanche,& rem-plis de petites ſemences blanches& plates, avec de petits filamens ſembla-bles à ceux du coton, qui ne ſe rompent point aiſément. La racine eſt ſe-che& chaude au quatriéme degré,& d un goũt brülant; ce que pluſieursNaturaliſtes n'ont point obſervé. Elle purge toutes les humeurs, fur-toutda pituite. La doſe eſt une dragme& demie, ou deux au plus, dans du vinou du bouillon, ou dans un œuf frais. Quelques-uns emploient ſon ſuc aulieu de ſcammonée, dont ils la croyent une eſpeéce. IIs en font, avec duſucre, des tabléttes auxquelles ils attribuent d'excellens effests. D'autresréeduiſent en poudre ſix dragmes de la racine, qu'ils font macerer pendantune nuit dans ſix onces d eau,& donnent cette eau, bien paſſée. Enfin d'au-tres mêlent à la même ean, une once de ſirop de Matlatztic, ou de Salſepa-reille, ou de feuilles de Sené.
Là troiſiéme eſpece crott particuliérement dans les terres noires& pier-reuſes. Sa racine eſt moins épaiſſe. Il n'en faut que deux dragmes, pourcompoſer, avec vingt dragmes de ſucre, ou de Tzautli, ou de Tragacanthe(z),un électuaire qui purge doucement la bile& le flegme,& qui Femporte ſurtoutes les drogues qui nous viennent des Indes. On fait aufſi, de ſa dé-coction, un ſirop dont trois onces purgent merveilleuſement les mêmes hu-meurs. La racine doit avoir eu le tems de ſecher, pendant toute une an
née:
(x*.) Ximenes, ubi ſuprà;& Monardes, faute d'impreſſion, au lieu de Peponi.dans les Exotiques de Cluſius, Chap. 16.(z) Ceſt ce qu'on nomme vulgairement(y) Hy a Pepino, qu'on prend pour une Comme adragante.
Le Tlantla-quacuitlapil-le, ou Racinepurgative deMechoacan.