DE L’ASTRONOMIE MODERNE. i 79
principe unique pour expliquer tout ; Bacon voulut qu’on ob-servât tout avant d’expliquer , qu’on remontât par les faiís,&c qu’on sût s’arrêter avec eux. Descartes traitoit la naturecomme si elle n’eût point existé , comme s’il eût fallu la cons-truire. Bacon la considéroit comme un vaste édifice qu’il falloirentourer, pénétrer, décomposer avant de découvrir sa cons-truction , 6c de parvenir aux fondemens fur lesquels il repose.Auísi la philosophie de Bacon, bornée aux faits, subsiste encore,tandis que celle de Descartes , trop soumise à l’imagination, aété détruite. Bacon fut plus sage, Descartes fut plus hardi; maisc’est par cette hardiesse qu’il a servi l’efprit humain. Ce n’estpas le plus souvent la sagesse qui fait les révolutions ; il enfalloit une , Descartes l’a faite.
§. III.
Descartes naquit à la Haye en Touraine , le 31 Mars1596 ; il étoit fils d’un conseiller au Parlement de Bretagne,ôc d’une famille distinguée (a) : il fit d’excellentes humanités, Ôclorsque ses maîtres applaudissaient à ses progrès , il se montroitplus difficile qu’eux , 6c n’étoit pas content de lui-même. Onlui avo.it rempli la tête d’idées futiles , de mots vides de íens;il aimoic la certitude ÔC ne la trouvoit nulle part. Les mathé-matiques feules lui avoient plu, 6c le dégoût de tout le restele livra tout entier à l’algebre 6c à la géométrie. Mais quelqueestime qu’il fît de ces sciences, parcequelles offrent des véritéscertaines , il ne voyoit aucune solidité dans la considérationabstraite des nombres ÔC des lignes (b)ì elle ne pouvoit êtredigne de l’homme que par des applications à la nature. Lascience de la raison universelle lui parut seule digne d’être
(b) Ib:d. p. 64 & suÎT.
Zij
(sl) Baillée » Vie de Descartes , p. 8,