X PRÉFACE DE L’AUTEUR.
antiques, & qu’ils nous ont expliqués avec tant de doctrine , ne soit pas beaucoup intéresséedans les défauts qu’on y volt, qui ne doivent être imputés qu’à des Ouvriers qu’ils ont employésà ce travail, lesquels n’ont pu savoir que par conjecture 8c par estime beaucoup de choses,pour être ou presque inaccessibles par leur hauteur, ou cachées dans la terre dont elles étoientcouvertes ; je n’aurois néanmoins jamais eu la hardiesse de paroître en public, en une qualitéaussi peu favorable qu’est celle de réformateur des Ouvrages généralement approuvés , fi jen’avois été obligé d’obéir à des Puissances, & de déférer à des approbations qui ont dû surmonter& mon inclination à ne me point produire, & la défiance que mon âge me doit raisonnablementfaire avoir dans une entreprise de cette importance.
II est donc à propos, avant que de juger de ma conduite fur sédition de cet Ouvrage, quel’on sache avec quel esprit je l’ai entrepris ; par quelle conduite il a été mis en l’état où il est,& ce qui m’a porté à le publier : car la vérité est que je ne l’avois premièrement entrepris quepour mon instruction particulière.
. Monseigneur Colbert, Surintendant des Bâtimens du Roi, pour exécuter le dessein que SaMajesté a de faire cultiver les Sciences 8c les Arts en son Royaume, avec un soin 8c par unemagnificence digne de sa grandeur, ayant établi une Académie d’Architecture dans le PalaisRoyal, où il y a des assemblées des Architectes du Roi; j’obtins en 167:2 la permission d’êtreprésent à ces conférences, où après avoir, pendant près de deux ans, profité des avantages qu’ily a d’entendre des personnes consommées dans toutes les connoiffances de P Architecture, je fus furla fin de l’année 1674, envoyé à Rome avec les Académiciens que le Roi y entretient, pour étudierP Architecture, la Peinture 8c la Sculpture. Je partis avec résolution de ne rien épargner pourmq prévaloir d’une occasion fi favorable au désir ardent que pavois tie rn’instruire, 8c me proposaid’employer dans ce voyage , toute la peine 8t toute la patience nécessaire pour venir à bout dece dessein. Je ne manquai pas de matière. D’abord nous fûmes pris des Turcs qui nous menèrentà Alger , &. nous y retinrent prisonniers pendant seize mois, d’où ayant été délivré par unéchange que le Roi fit, je ne me trouvai point encore à Rome dans la liberté que j’aurois pudesirer, pour étudier à ma manière ces excellons monumens de l’esprit 8c du savoir des Anciens,que j’avois souhaité de voir avec tant d’empreffement, 8c que j’avois intention de connoître8c d’examiner avec une exactitude qui ne m’étoit pas permise. Je voyois que pour déterrer cequi étoit caché, 8c pour approcher, comme je voulois, de ce qui étoit élevé, il me falloit fairedes dépenses, 8c me donner des peines qui étoient beaucoup au dessus de mes forces. Mon zèlenéanmoins 8c ma persévérance surmontèrent enfin toutes ces difficultés ; car j’ai trouvé le moyen,pendant seize mois que j’ai été à Rome, de dessiner moi-même tous ces anciens Edifices dontj’ai levé les plans, 8c fait les élévations 8c les profils, avec toutes les mesures que j’ai prisesexactement, ayant observé les contours des ornemens dans leur goût 8c dans les différentesmanières qui s’y remarquent. J’ai vérifié le tout plusieurs fois, pour me confirmer dans unecertitude dont je pusse répondre, ayant fait souiller ceux qui étoient enterrés , 8c fait dresserdes échelles 8c autres machines pour approcher de ceux qui étoient beaucoup élevés, afin devoir de près, 8c prendre avec Je compas les hauteurs 8c les saillies de tous les membres, tanten général qu’en particulier, jusqu’aux moindres parties.
Ayant communiqué ces dessins à Messieur* ^ í‘Académie Royale d’Architecture, lorsque j’aiété de retour, 8c à quelques autres personnes intelligentes pour les examiner, ils m’ont témoignéde les approuver assez pour me donner la confiance de les présenter à Monseigneur Colbert,qui m’ordonna de les mettre en état d’être gravés par les plus habiles de ceux qui graventl’Architecture pour le Roi, 8c d’être imprimés ; voulant que le tout fût fait aux dépens deSa Majesté, afin que rien ne manquât de fa part à la perfection de cet Ouvrage.
Dans la confrontation que je fais des mesures que j’ai prises, avec celles qui font marquéesdans les Auteurs que j’ai déja nommés , je fais deux classes de ces Auteurs ; car Palladio,Labacco 8c M. de Chambray, ont établi des mesures précises, avec lesquelles ils mesurent toutesles particules des Bâtimens qu’ils décrivent, 8c Serlio n’en donne point : c’est pourquoi j’airapporté toutes les proportions des parties des Edifices qu’il a dessinés, au diamètre qu’il donnedes colonnes, supposant que ce diamètre a été bien mesuré; 8c je compare les mesures qu’il