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» l’air ni du soleil que par leur cime ; ils s’élèvent,
» pour ainsi dire, à l’envi les uns des autres pour» profiter de l’air, et particulièrement del’action du» soleil qui est absolument nécessaire à la végéta-» tion des plantes.
» Au contraire , sur les bords des bois touffus,
» environnés de vagues, de landes ou de terres la-» bourables , les arbres s’inclinent et étendent leurs» branches du côté de ces terrains : on voit bien j» qu’ils sont forcés de prendre cette direction par !jo les arbres qui sont derrière eux; mais la principale 'j» raison est, comme nous venons de lqdire, qu’ils jjo cherchent l’air , et que par conséquent ils s’in-» clinent et poussent leurs branches vers le côté où jjo ils en trouvent davantage. C’est cette tendance j» vers l’endroit où ils peuvent jouir de l’air, qui» fait que les arbres plantés dans les lisières, ou» ceux qui sont isolés, poussent plus de branches jjd que ceux qui sont rassemblés en massif. Dans le jjo dernier cas , les branches les plus basses périssent j» faute de transpiration, et celles de la cime en de- I» viennent plus vigoureuses; au lieu que les bran- jjo ches des arbres isolés, pouvant jouir pleinement» du bénéfice de l’air et du soleil, s’étendent avec» force et fournissent beaucoup de bois courbes.
jo Indépendamment de cette raison physique, les» arbres qui sont produits par de vieilles souches,jd et la plupart de ceux qu’on élève de marcottes et» de boutures, ont rarement une disposition aussi» naturelle à croître bien droits que ceux qui sontjo sortis immédiatement des semences ; néanmoinsjo on aperçoit encore qu’entre ceux-ci, les uns ontjo une disposition naturelle à s’élever , pendant que» d’autres s’étendent beaucoup en branches. j>
Duhamel parle ensuite de la supériorité des boiscourbes naturels sur ceux que l’on courbe après lesavoir abattus, et il finit par dire qu’on peut avoirde bons bois courbes lorsqu’on exploitera des arbresqui auront pris cette forme dans les lisières , oulorsque les arbres sont isolés, et qu’il est persuadéque la marine en aurait en abondance et de très-bons , si, par une exacte police, on pouvait par-venir à ménager les arbres des haies ou les palis,qui sont si communs dans les pays de bocages (1).
On voit par ce qui précède , et la raison et l’ex-périence le prouvent, que ce n’est point dans l’inté-rieur des futaies pleines que l’on peut trouver leplus de ressources pour la marine , mais que c’estdans les bordures et les lisières des forêts et dans lesarbres isolés. Tous les jours on a des preuves decette vérité dans les vieilles bordures que l’on faitexploiter, et ces preuves seraient encore bien plusmultipliées, sans l’usage où l’on est dans plusieursforêts d’élaguer les bois qui bordent les routes et leschemins. Ces élagages, qui ont pour objet de con-
(1) Dans la ci-devant Bretagne et en Normandie les pro-priétés sont entourées de haies, et souvent les forêts elles-mêmes sont défendues par ces -ortes de clôtures. Combiende ressources on ménagerait à la marine , si les chênes et lesormes qui croissent sur ces haies n’étaient pas mutilés pardes élagages continuels ! Ce seraient les meilleures courbesijue I on pourrait sc procurer.
server à ces routes toute leur largeur et de les as-sainir , privent la marine de sa plus belle ressourceenbois courbes. On devrait donc les restreindre beau-coup , malgré les avantages qu’ils présentent pourla propreté des chemins, et c’est sur-tout dans lesforêts de chênes qu’on devrait en user sobrement,en n’élaguant que les branches inférieures.
Quoique les futaies pleines ne produisent pas au-tant de bois propres à la marine que les réserves iso-lées ou en bordures, on ne peut néanmoins parta-ger l’opinion de Fannelier d’Annel, qui disait po-sitivement que si tous les bois du royaume étaientattendus en massif de futaie , ils ne fourniraient pasde quoi construire un seul vaisseau. Cette erreur aété relevée par tous ceux qui ont écrit après lui, etnommément par Tellès d’Acosta, qui cite plusieursforêts réglées à cent cinquante et deux cents ans,qui fournissent de très-beaux bois de construction ,et qui ajoute que tous les bois de marine que laFrance faisait venir du royaume de Casan , en Rus-sie , étaient pris dans les forêts en massif qui bordentla droite du Volga ; qu’il en était de même de ceuxde Prusse et des autres bois qui venaient de Ham-bourg . M. Dralet cite de son côté plusieurs forêtsde haute futaie dans lesquelles les constructeurs demarine trouvent de grandes ressources , telles queles forêts de Cranon dans la ci-devant Bretagne , etcelles de Lourdes et de Quersan, dans le départe-ment des Hautes-Pyrénées . Je pourrais ajouter lesforêts de Soignes, près Bruxelles ; de Mormal, dansle département du Nord ; de Villers-Cotlerets et deCoucy, dans le département de l’Aisne ; de Senon-ches, dans celui d’Eure-et-Loir ; les forêts des bordsdu Rhin , celles des provinces illyriennes, et uneinfinité d’autres qui fournissent de belles pièces demarine. SiPannelieravaitditque lesfutaiesen massifne produisaient pas beaucoup de bois courbes, ilaurait dit une vérité incontestable ; mais le paradoxequ’il avance plus loin prouve que telle n’était passon opinion : il prétend que les arbres qui croissentensemble, et serrés les uns des autres , ne viennentjamais droits. Assurément il faudrait n’avoir aucuneidée des lois de la végétation, ou n’avoir jamais vude futaie , pour ne pas reconnaître précisément lecontraire de cette singulière assertion. En effet,n’est-ce pas dans les futaies pleines que se trouventles arbres les plus droits et les mieux filés, et parconséquent les pièces les plus longues que l’on puisseemployer dans les constructions civiles et navales?
1 S’il était besoin de prouver une vérité aussi cbns-tante, aussi générale, aussi absolue, on citerait lesimmenses forêts de la Russie , qui presque toutessont en futaie, et dont on tire les plus beaux mâtsde l’Univers ; on citerait sur-tout cellesdu royaumede Casan dont on a déjà parlé, celles des provincesde Wiatka, Irkutsk, Kiow, Kostroma, Minsk ,Nichegorod, Orel, Perm et Podolsk , d’où l’onpeut tirer annuellement des millions d’arbres pourles constructions et la mâture.
Le même auteur reproche au bois des futaiespleines d’être plus léger et plus tendre que celui desarbres sur taillis. Ce reproche est mieux fondé queles autres; mais comme il y a une foule d’ouvrages