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Tome premier.
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là , qu’à 3 lieues à la ronde de la ville de Saint-Claude , on ne trouve plus une seule cepée , tandisqu’autrefois le buis croissait jusqu’aux portes de laville-

33 La consommation du buis est prodigieuse danscette ville et dans ses environs. Chaque paysan em-ploie toute la saison de l’hiver à tourner , et chacuna son genre, dont il ne s’écarte pas : l’un fait desgrains de chapelet; l’autre, des sifflets; celui-ci, desboutons; celui-là, des cannelles pour tirer le vin ,des cuillers , des fourchettes, des tabatières , despeignes, des poivrières, etc. Le broussin est fortrecherché , sur-tout pour les tabatières, parce qu’ilest bien marbré et veiné. Voici comment la natureparvient à former cette marbrure. Par les coupesréitérées , les fibres deS souches se îroisent dans tousles sens, ce qui fait que ce buis n’a plus de fil. Il sefend, par cette raison, bien plus difficilement et ac-quiert beaucoup plus de dureté. Or, l’avantage dubois de buis , dont les fibres sont croisées , est lemême que celui des ormes, nommés tortillards ,préféré par les charrons , et que l’on paie deux foisplus cher. Jl en est ainsi du chêne et des érables tor-tueux ; on les préfère pour le tour et pour les pan-neaux de menuiserie. A Saint - Claude même , lestourneurs préfèrent les broussins du Dauphiné , etc’est de leur beauté , de leur grain et de leur mar-brure que les tabatières de buis de Grenoble ontacquis une si grande réputation.

33 Le bois de tige est fort rare. Il n’y a de véri-table buis de tige qu’autant qu’il est venu de graine.Celui-ci a un avantage sur le broussin même pourles tabatières, c’est que lorsqu’il est coupé trans-versalement , il offre une belle étoile et très-régu-lière. Cette étoile est si marquée , qu’il n’est paspossible de se tromper, à la vue, entre le bois de tigeet le broussin.

33 Lorsque l’on veut faire de belles pièces , on faittremper le buis pendant vingt-quatre heures dansde l’eau très-fraîche et très-pure, et en sortant decette eau fraîche, on le fait bouillir pendant quelquetemps. Lorsqu’on le sort de ce bouillon, on le metaussitôt dans du sable, ou de la cendre , ou du son ,enfin dans un lieu quelconque où l’air ne pénètrepas. Cette pièce y reste pendant plusieurs semainesdans un endroit sec et à l’ombre.

33 Quand le buis est déjeté, on le porte sur une ta-ble bien unie, où il reste exposé à la pluie ; aprèscela, on le retire et-on le charge de quelque poids.

>3 Le bois de buis est excellent pour le chauffage,et ses cendres admirables pour les lessives. Il faut,pour le service des fours à chaux et des autres ma-nufactures où l’on consomme beaucoup de bois ,près de moitié moins de fagots de celui-ci que detout autre bois.

33 Les feuilles et les autres .pousses du buis ser-vent à la litière des troupeaux et du bétail, et ellesdeviennent un très-bon engrais. On les fait encorepourrir dans les fossés, le long des chemins et deschamps. Cet engrais est moins bon que celui du buisqui a servi à la litière ; malgré cela, on doit le mul-tiplier autant que possible. 33

Le buis est d’un jaune pâle , d’un tissu très-fin,très-serré et compacte ; il n’a point de moëlle et ne

se gerce point; il pèse par pied cube, vert, 8o livres7 onc., et sec 68 livres 12 onc. Si on en met unmorceau dans l’eau, il va au fond.

Ce bois et l’ébène étaient regardés par les ancienscomme les plus pesans : Spississima exomni mate-rie, ideo etgravissima judicatur chenus et buxus...Neutra in aquis fluitat. Plin. liv. XVI, chap. XL.Varenne de renifle a compté, au moyen de la loupe ,deux cent vingt et une couches annuelles sur unbrin de 5 po. 5 lig. à son grand diamètre , et de 4po. 6 lig. à son petit diamètre; on n’y distinguaitpoint d’aubier. Ainsi cette tige, d’environ 16 po.

3 lig. de tour , avait plus de deux siècles.

Le bois et les feuilles de buis ont une saveuramère et une odeur qui ne plaît pas à tout le mon-de. Leur décoction est purgative à forte dose , etsudorifique à petite dose. On en retire une huileempyreumatique, dont on fait usage contre les mauxde dents , la gale et autres maladies, mais sans unsuccès bien constaté.

Le buis, soit la variété en arbre, soit le petit buis,est très-employé pour la décoration des jardins etdes parcs d’agrément. Tout le monde connaît lesjolies bordures toujours vertes que l’on lait avecle petit buis, et l’effet pittoresque du grand buisqu’on abandonne à lui-même duns les jardins pay-sagers. Ce dernier jette de longues branches pen-dantes de côté et d’autre, et présente, au milieu del’hiver, une verdure qui contraste avec l’aspect tristede la nature.

On dit qu’aucun animal ne mange la graine niles feuilles de buis , et que dans l’Orient, lorsqueles chameaux , pressés par la faim, en broutent lessommités, ils périssent promptement.

Quoique le buis arborescent qui se trouve dansnos forêts , y croisse très-lentement et ne donne desproduits qu’à un âge fort avancé, on ne doit pasen négliger la culture et la conservation , notam-ment dans le midi de la France , où les bonnesqualités de ce bois s’améliorent sous les rapports del’intensité de la couleur, de la contexture et delà pe-santeur , et où d’ailleurs il croît plus abondamment.

BUISSERIE. On nomme ainsi une sorte de boisde merrain, propre à faire des muids et autresouvrages de tonnellerie.

BUISSON. Ce mot signifiait originairement uneclôture de jardin faite en buis, ensuite ou s’en estservi pour désigner une haie , un hallier , une touffed’arbrisseaux sauvages et épineux.

Buisson , se prend aussi pour un bois de peu d’é-tendue, et il se dit par opposition à forêt. L’ordon-nance de 1669 et les réglemens qui l’ont précédée,emploient souvent ce mot pour désigner les boisqui ont le moins d’étendue : « Défendons , dit l’art.4 dutit. XXXII de cette ordonnance, à toutes per-sonnes de chasser à feu , et d’entrer ou demeurerde nuit dans nos forêts , bois et buissons en dé-pendant , etc. 33

Il existe encore , sur-tout aux environs de Paris ,des bois qui ont retenu le nom de buissons , telsque les buissons de Verrières, les buissons dépendantde la forêt de Villers-Co'erets, les buissons détachésde la forêt de Halatte, etc. ; mais c’est sur-tout envénerie qu’on se sert de ce mot.