536
CED
car ce voyageur assure que ceux-ci étaient réduits àsept, et il ne porte la quantité totale des cèdresexistans qu’à une centaine. C’est ainsi que l’impré-voyance des hommes détruit sans réparer, et anéan-tit l’ouvrage des siècles.
L’antique et majestueuse forêt de cèdres qui cou-vrait le Liban, et qui, suivant l’Ecriture , était sor-tie des mains du Créateur [CedriLibani quasplan-tavit Deus , psalrn. io 3 , v. 18 ), cette forêt célèbrea fait place à un vaste désert, et au lieu de ces ar-bres si nombreux qui étonnaient par leurs énormesdimensions, on ne trouve plus qu’un petit nombrede végétaux, souvent de faible stature et d’une vé-gétation languissante. Il fallait user avec sobriété etdiscernement de ces présens des siècles, et favoriserleur reproduction en suivant les lois indiquées parla nature ; il fallait conserver aux jeunes plants desabris contre les intempéries de l’atmosphère, en ré-servant dans de justes proportions les arbres quiprotégeaient leur enfance; mais là comme ailleurs,l’imprévoyance ou l’égoïsme a fait sentir sa funesteinfluence : on a tout abattu, et détruit à-la-fois lesproductions du temps et les espérances de l’avenir.
Le cèdre du Liban a trouvé une nouvelle patrieen Europe , où il est cultivé depuis plus de cent ans.Déjà il embellit nos parcs et nos jardins paysagers ,et on peut espérer que bientôt il enrichira nos boiset nos forêts. Les plus anciens cèdres qui soient enEurope paraissent être ceux qui, d’après Miller,ont été plantés en t 683 dans le jardin de Chelsea,près de Londres . Deux de ces arbres, selon le mêmeauteur, avaient, en 1766, c’est-à-dire quatre-vingt-trois ans après leur plantation, environ 12 pieds decirconférence à 2 pieds de terre. Nous avons , enFiance , des cèdres qui donnent des semences fertiles,et j’ai vu, dans les plantations deDuhamel,à Yrigny,de jeunes plants qui croissaient spontanément sousle grand cèdre placé en face du château. Le plus an-cien de tous ceux que nous possédons est celui quidécore si majestueusement la butte du Jardin du Roi,à Paris. Il fut apporté d’Angleterre par Bernard deJussieu , et planté en 1734. Il a aujourd’hui environ10 pieds de tour, mesuré à 4 pieds et demi de terre :on a calculé que son accroissement annuel était,moyennement, de 5 lignes de diamètre ( environ1 5 lignes de circonférence). Cet arbre n’a point uneélévation proportionnée à son diamètre, parce qu’unaccident lui ayant fait perdre sa flèche, il ne prendplus d’accroissement en hauteur.
Accroissement et longévité. — Il parait que lescèdres parviennent à un âge extraordinaire , si onen juge par leur accroissement annuel et par lediamètre de ceux qui ont été mesurés sur le montLiban . Mandrell et Pockocke en ont vu qui avaient36 pieds de tour, et dont les branches inférieuress’étendaient à 111 pieds. Corneille de Bruyn en amesuré un qui avait 5 j paumes de circonférence.Les cèdres que Pallas a observés dans la Sibérie étaient beaucoup moins gros, quoique d’un âge assezconsidérable; il a compté soixante-douze cercles con-centriques sur un cèdre de 5 pouces 4 lignes de dia-mètre , et plus de cent sur plusieurs autres qui n’a-vaient pas 3 empans de tour. Suivant ce que rap-porte Yarennes de Fenille , l’accroissement des cè-
CÈD
dres en Europe serait d’environ 7 lignes de diamètrepar an. Or, en supposant que i’accroissement an-nuel des cèdres du Liban ait été moyen entre lalenteur des cèdres de Sibérie et l’accrue rapide deceux que nous cultivons , on trouve que les pre-miers devaient avoir de neuf cents ans à mille ansd’ancienneté.
L’accroissement du cèdre en hauteur est très-lentpendant les premières années ; souvent à l’àge de septâ huit ans , il n’a pas 4 pieds d’élévation ; mais dès-lors sa tige commence à prendre un plus grand essor,et elle augmente quelquefois de plus d’un pied cha-que année , et on en a vu pousser de plus de 4 pieds.M. Desfontaines a mesuré, chez Duhamel, un cèdrede trente-trois ans, qui avait 3 g pieds d’élévation.Pallas, en parlant de ceux qu’il a observés en Sibérie ,dit qu’il est impossible de voir une plus belle crois-sance en hauteur et un plus beau jet que dans lesvieux cèdres, dont on peut à peine découvrir la cime ;mais comme cet arbre, ainsi que les pins et sapins ,ne s’élève que par le prolongement de la flèche quile termine, il cesse de croître en hauteurs! cette flècheest rompue ou détruite par quelque accident. Cet ac-cident, au surplus, tourne à l’avantage de l’accroisse-ment en grosseur et à celui des branches , en faisantrefluer la sève sur ces parties. C’est ainsi que le cèdredu Jardin du Roi, dont la flèche a été rompue, il ya environ trente-cinq ans , a pris une étendue con-sidérable; ses branches se prolongent de chaque côtédu tronc à environ 45 pieds, ce qui, compris lediamètre de l’arbre, forme une envergure de ç 3 pieds;étendue beaucoup plus considérable, proportiongardée, que celle des branches du cèdre mesuré parMandrell sur le Liban .
Culture .—- La culture du cèdre ne diffère pas es-sentiellement de celle des pins, sapins et mélèzes ;seulement elle exige un peu plus de soin dans sa jeu-nesse. Les écailles des cônes s’ouvrent très-difficile-ment , parce qu’elles sont étroitement serrées lesunes contre les autres ; mais on les sépare et on enobtient la graine par un moyen très-simple, quiconsiste à fixer le cône dans un étau et à percer l’axedans sa longueur avec une vrille , puis à le faireéclater en chassant à travers de son axe un fer pointuplus gros que le trou qu’on a percé. Souvent unebonne partie des graines sont avortées et on ne trouve,au lieu d’amande, qu’une matière résineuse ana-logue à la térébenthine.
Le cèdre se plaît dans les terrains graveleux etun peu secs; et il vient bien aussi dans les terrainshumides. Celui du Jardin du Roi, à Paris , est plantésur le penchant d’une butte élevée et dans un ter-rain composé de plâtras et de décombres. Le cèdrerésiste aux hivers rigoureux de nos climats , et il sepropage de lui-même , ainsi que je l’ai observé dansles plantations de Duhamel, et que Miller l’avaitdéjà annoncé en parlant des plantations faites enAngleterre ; cependant, il faut, dans les cultures ,l’abriter lorsqu’il estjeune, parce qu’alors il est très-sensible aux froids. On sème les graines, au commen-cement d’avril, dans des terrines ou dans des caissesremplies d’un terreau mélangé de sable et très-di-visé , et on ne les recouvre que très-légèrement :elles lèvent dans l’espace d’un mois ou six semaines,