Traité de la Conflruaion des Théâtres , SCc. Part. L’
A Paris , les succès des Confrères de laPassion , exciteront l’émulation des Clercsde la Bazoche ou du Palais ; mais commeils étoient génés par le privilège exclusif deces derniers , ils inventèrent une autre efpecede Spectacle, connue fous le nom de Mora-lités , qui étoient les vertus & les vices per-sonnifiés. Les Bazochiens ne jouoient quetrois fois l’an & aux fêtes publiques : ilsinventèrent par la fuite des farces, efpecesde pieces satiriques , qui par la fuite dégé-nèrent en libelles diffamatoires, ce qui fitquelquefois interdire ce Spectacle. En 1437,après la rentrée de Charles VII à Paris , leParlement leur permit de jouer des farces& sottises ; mais il leur enjoignit d’en ban-nir la licence.
Le Spectacle de la Bazoche fut encoresupprimé jusqu’en 14517 , fin du régné deChartes VllI; mais Louis XII les réhabilita,& leur permit de jouer fur la Table de mar-bre d u Palais ; auparavant ils ne jouoientqu’au Châtelet ou dans des maisons parti-culières.
Ce même Prince ( Louis XII ) favorisa
aussi beaucoup les Enfants fans-fòuct; c’étoit
une Société qui s’étoit formée à. Paris fous
le régné de Charles VI, vers Pan 1 3 8 8 ; le
cKef Ja. SotI^t 4 íô nommníf //> Pl'LnCÔ
des Sots , & les pieces qu 11s juuuicm ,
tifes. Bâbord ces sottises étoient des efpecesde satyres & des peintures naïves & enjouéesdes folies humaines, & des avantures bi fartesqui arrivoient dans la ville. Par la fuite,ces pieces devinrent licencieuses , & ce nefut qu un assemblage de grossièretés & d’ob-scénités, &, qui pis est, de libelles diffama-toires.
Les Enfants sans-souci se mêloient (ainsique les Comédiens de la Grece & de l’an-cienne Rome) de traiter des affaires d’Etat,comme on en vit un exemple le Mardi-gras de l’année 1511, où ils donnerent auxHalles ( leurs Théâtres ordinaires ) une pieceoù le Pape Jules II, qui alors étoit enguerre avec Louis XII , fut joué fous lenom de Prince des Sots , accompagné deMare sotte , qu'ils vouloient faire passer pour1 Eglise , en faisant allusion aux fureurs dece Pontife, ôt aux vaines prétentions de laCour de Rome fur le temporel des Rois.
Les Enfants sans-fouci furent suppriméspar Arrêt du Parlement de 1 $ 4 8 ; ou du moinsils étoient tellement tombés dans le mépris,qu’on n’en entendit plus parler depuis. Ilsjouoient fur des Théâtres élevés en public,&. avoìent une maison a eux appartenante,
sise rue Darnetal, qu’on nommoit la Maisondes Sots attendants. Les autres villes duRoyaume a voient des Sociétés à peu-prèssemblables à celle des Enfants fans - souci.Dès le trézieme siécle , il s’étoit formé àDijon une Société, appellée Mere folle ou
5 Infanterie Dijonnoife : les personnages decette Société , déguisés en Vignerons, &montés fur des charriots , ainsi que lesActeurs de Thespis, chantoient des chan-sons & des satyres fur les moeurs de leurtemps, & difoient mêmes des injures auxpassants ; d’où est venu le proverbe dire unecharretée ct injures.
Cette Société étoit composée de toutesfortes de personnes ; on y voyoit des Bour-geois, des Magistrats & même des Evêques:elle subsista jufqu'en i<? 3 o , oh Louis XIIIla supprima.
Le Spectacle des Confrères de la Passion,n’eut pas toujours le même succès : dès letemps du Théâtre de la Trinité , on com-mençoit dé j a à s’en lasser , ce qui obligeales Confrères de la Passion à inviter lesEnfants sans-souci de se joindre à eux, pourégayer leurs Spectacles , & par ce moyenrappeller les Spectateurs. Ce nouveau mé-lange fut nommé le Jeu des Pois pilés , &amusa durant quelques temps ; mais la Na-
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monstrueux de dévotion & d indécence ré-volta les gens sensés, de forte que , lors-qu’iís eurent fait construire le nouveau Théâ-tre de l’Hôtel de Bourgogne, en 15-48 , leParlement confirma leurs privilèges ; maisen même-temps leur défendit de jouer à l’a-venir aucunes pieces de piété ; leur don-nant d’ailleurs la liberté de jouer toutes for-tes de pieces profanes , pourvu quellesfussent licites & honnêtes.
Les Confrères de la* Passion jouèrent deces dernieres pieces environ pendant 30années, après lesquelles, soit scrupule ou in-capacité , ils résolurent de louer leur salle
6 leurs privilèges à une troupe de Comé-diens arrivés de Province , ce qu’ils firentl’année 1588 : cette nouvelle troupe pritalors le nom de troupe de l’Hôtel de Bour~gogne.
Ce qui fit le plus de tort aux Spectaclesde l’Hôtel de Bourgogne, fut la naissance dela bonne Comédie en Europe. Ce fut en Italieque ce Spectacle fut renouvelle d68 ancienspar le Cardinal Bibiena, qui, en 1482, com-posa la Comédie de la Calaudra. Trente ansaprès, c’est-à-dire en 15 i 4 j la premiere Tra-gédie moderne fut composée par l'Archevêqus