Chap. II. Sect. 1 . Des Théâtres Modernes en général, SCc, 23
. peuples ( fur - tout les Grecs ) qui avoientpoussé tous les Arts utiles & agréables à un sihaut degré de perfection, n auront rien né-gligé de ce qui pouvoit servir à l’exécution& à T embellissement des jeux du Théâtre ,pour lesquels ils témoignèrent toujours tantde passion, & qu’ils n auront certainementrien souffert de médiocre dans ces jeux ;ils avoient l’esprit, 6c si j’ose le dire , lesyeux 6c les oreilles trop délicats pour. cela.
Tous les Théâtres des Grecs & des Ro-mains nétoient pas de la grandeur de ceuxdont je viens de faire la description ; quel-ques-uns n’ avoient que deux ou même qu’unrang de gradins., de forte que les plus pe-
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tits Théâtres n avoient q Ue 200 piedslargeur hors-d’oeuvre, ôc les m 0 y e ns 3peu de chose près; mais quelle qu e Et leurgrandeur , leur proportion & leur f ormegénérale étoit toujours la même, parce q Uec’étoit la feule qui convînt à ces fortesd’édisices qui se ressembloient tous, ce quiétoit d’autant plus naturel , qu’ils étoientdestinés aux mêmes usages ( 1 ).
Après avoir essayé d’esquisser le tableaude la magnificence des Grecs 6c des Ro-mains par rapport aux Théâtres , je vaismaintenant parler de ceux des Modernes,en commençant à leur origine jusqu’à pré-sent , ce qui fera l’objet de la Section suivante.
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Section Premiere.
Des Théâtres Modernes en général .
Les Théâtres des Modernes , quoiquedestinés aux mêmes usages que ceux des'Anciens, diffèrent cependant beaucoup deces derniers , tant pour la grandeur , laforme 6c la magnificence de leurs décora-tion, que pour la solidité de leur construc-tion. Ces différences qui font très-considé-xables , tiennent à plusieurs causes qu il eítbon de développer ici, afin qu’on soit mieuxà portée de distinguer les défauts des Théâtresmodernes, 6c juger des moyens dont on pour-xoit faire usage pour leur donner toute laperfection dont ils sont susceptibles, relati-vement à ì’état actuel des Gouvernementsmodernes, aux moeurs 6c aux usages reçus.
On a long-temps disputé sur l’avantager que pouvoient avoir les Théâtres anciensfur les modernes , ou ceux-ci fur les pre-miers , fans s’entendre ( comme cela n’arriveque trop souvent ), 6c sans s’être auparavantrendu compte des raisons qui avoient pu'donner lieu aux changements qui formentles différences qu’on y rencontre. QuelquesAuteurs, Admirateurs outrés de l’antiquité,ont cru qu’on ne pouvoit pas faire deThéâtres vraiment beaux , s’ils n’étoientparfaitement semblables a ceux des GrecsOU des Romains : d’autres, au contraire ,ffont vu dans ces anciens monuments ,qu’une vaine montre de magnificence 6c degrandeur, ÔC où Ion avoit sacrifié la com-modité des Acteurs ôc des Spectateurs àcette même magnificence.
Les uns ôc les autres pourraient bien s’êtretrompés, mais moins les premiers que lesderniers ; car fi les vastes Théâtres des anciensavoient été vraiment incommodes , commentce seroit-il pu faire que, pendant plus de sixsiécles, on n’eut pas fait de changement, soità la grandeur ou à la forme de ces Théâ-tres , pour en corriger les défauts ôc en aug-menter la commodité f Comment des peu-ples , dont les connoissances en tout genreétoient poussées au plus haut degré deperfection , ôc dont le goût pour les repré-sentations Théâtrales alloit jusqu à la pro-digalité , ôc si j’ose dire même jusqu à lafureur , auroient - ils persisté si long - tempsdans leur goût pour les Théâtres , s’ilsn’y eussent trouvé toute la satisfaction ôc lacommodité possibles ? C’est pourquoi jecrois qu’il ne faut attribuer les changementsquon a faits aux Théâtres , qu’à l’igno-rance des siécles modernes , ôc encore plusaux révolutions arrivées dans les Gouver-nements, dans les usages & dans les mœurs :c’est ce qu’il faut examiner.
Chez les anciens Grecs ï chaque villeétoit libre , c’est-à-dire , dépendante d’elle-feule ou d’une Métropole , qui étoit elle-même une République , où par conséquentles Citoyens conservoient l’égalité entreeux. Dans ces villes, les jeux se donnoientaux dépens des fonds publics , 6c les Ci-toyens de chaque espece avoient droit d’yaíïister , ce qui exigea des Théâtres d une
( 1 ) Le Théâtre antique de S. Germano, près du MontCaíïin , étoit de la moyenne grandeur : il avoit piedsde diamètre ; Sc celui d’Herculanum est de la plus petite
proportionde ce queThéâtres,
, e i7* pieds, ce qui est u»syarlant de la proportion des
preuve
anciens