Essais fur le Toisé % &a. .124
De tous les ouvrages des Arts méchaniques employés à ía construction desédifices, la Menuiserie est la partie de ces mêmes Arcs, où à quantité égals dematière ou de valeur de la chose employée, il y a plus de main-d’œuvre Lde perte de matière , A où, par une singularité qu on ne sauroit expliquer- l acoutume accorde moins de dédommagement à sOuvrier, ou, pour mieux dire ,à l’Entrepreneur, à qui on ne paye exactement que 1* ouvrage apparent, fanss’embarraíïer du déchet 8c de la perte du bois, occasionnés par la forme ou lagrandeur des ouvrages, ou même des parties qui, souvent, íe trouvent dou-bles d’épaisieur, ou enclavées les unes dans les autres ; pendant qffaux autresArts, comme la Maçonnerie, la Charpenterie , la Couverture, &c, il y a desusages établis pour indemniser les Entrepreneurs des pertes que leur causent ledéchet de la matière, 8c la difficulté de ía main-d’œuvre.
La raison d’une coutume aussi bizarre, ne peut guere être sondée que sur lamultiplicité des ouvrages de Menuiserie, 8c sur les différences que peuventapporter le choix des matières, 8c encore plus le plus ou moins de façon qu’ily a à ces différents ouvrages , & le plus ou moins de perfection avec laquelleils font traités, ce qui-.aurait demandé de la parc des Appréciateurs, uneexpérience consommée de cet Art, Sc un détail immense , pour mettre1 chaque efpece d’ouvrage un prix qui lui fût convenable ; ce qui a fait qu ona beaucoup mieux aimé, pour éviter tous ces détails, donner à chaque efpeced’ouvrage un prix à peu-près convenable du plus au moins, & cela en raisond’une grandeur convenue, comme des Toises superficielles, des Toises cou-rantes , 8cc.
Cette maniéré dapprécier & de mesurer les ouvrages de Menuiserie , a celade commode , ( íùr-tout lors de la façon 8c de la vérification des Mémoires , )cTépargner beaucoup de temps , tant à l’Entrepreneur qu au Vérificateur ; maisaussi quel mai n en a-t-il pas résulté ? Que de procès entre les Bourgeois 8c lesEntrepreneurs, 8c entre ces derniers 8c leurs Ouvriers, depuis que, pour lemalheur de l’humanité 8c la destruction des Arts, la coutume de faire tra-vailler les Ouvriers à leur tâche s’est introduite ( * ) i Ce n’est pas que je veuille
frais de Communauté, le revenu deTargent qu’ila donné pour acquérir le titre de Maître, letemps qu’il faut qu’il attende pour être payé deses ouvrages, les pertes qu’il est souvent exposéà faire, & qu’il fait effectivement, frisure desoutils, &C. &ç. &c. Par ce seul exemple, onpourra juger du reste de l’Ouvrage & de la sincé-rité de l’Auteur, qui, à la vérité , étoit Entrepreneur des Bâtiments du Roi, où les ouvragesse font au rabais , mais où les Entrepreneurscomptent souvent leur gain par leurs pertes, cequi, je crois, n’a pas besoin d’autre explication.
(*)La plupart des Maîtres & des CompagnonsMenuisiers , ne feront sûrement pas de mon avisfur cet article , qui n’en fera pas pour cela moinsvrai. Les premiers , c’est-à-dire , les Maîtres ,préfèrent de faire travailler à la tâche , parceque, disent-ils, leur ouvrage est mieux fait, &
qu’i! leur coûte moins cher de façon: ce qui estexactement vrai quant à ce second article ; carpour le premier, il souffre plus de difficulté,comme je íe prouverai ci-après.
Les Compagnons préfèrent de travailler à leurtâche , parce qu’ils sont, disent-ils, plus libres,Sc qu’ils gagnent davantage ques’ils travailloiencà la journée : ce qui est vrai d’un sens, & faux dePáutre ; car en gagnant davantage, en sont-ilsplus riches ? C’est ce qu’il faut examiner.
Dans l’état actuel des choses , on ne sauroitnier qu’un Ouvrier adroit, Sc à qui la nature aaccordé la santé Sc la force du corps , ne gagnela moitié & même le double de plus que ceuxqui travaillent à la journée, selon la nature desouvrages ; mais quel profit le plus grand nom-bre tire-t-il de ces prétendus avantages ? Très-peu; parce que ne se sentaní pas gênés pour