Les peuples de l’Afrique , auxquels la paresse semble avoir été donnée pour seul plaisir, sont restés engourdissous leur ciel brûlant, sans rien produire et sans tirer parti d’une terre assez fertile en quelques endroits. Sobrespar suite de leur climat, n’ayant besoin ni de vêtements ni d’habitations, ils se nourrissent de ce que la natureaccorde sans travail, et n’ont pas l’énergie de cultiver ce qui pourrait satisfaire leurs goûts; à peine savent-ilsfabriquer des armes, et cette industrie, la première de toutes, leur est apportée par les descendants des Arabes.Il n’est donc pas étonnant que la navigation soit restée chez eux dans une nullité complète : leurs pirogues ne sontque des arbres creusés; elles sont dénuées de toutes les additions ingénieuses usitées partout ailleurs, et ne peuventêtre employées que dans les rivières ou dans les baies de leurs côtes.
Aux embouchures des fleuves qui se jettent dans le golfe de Guinée , on voit des pirogues assez grandes,longues, légères et insubmersibles, sans aucune partie de fer. Les nègres déploient beaucoup d’adresse aux passagesdes barres et manœuvrent bien avec la pagaie, mais ils emploient rarement la voile, parce que ces bateaux sonttrop étroits : leur forme irrégulière dépend de l’arbre dans lequel on les a taillés, et les voyageurs ne les ontpas jugés dignes d’attention; nous n’avons pu trouver de document dans aucune relation, et nous sommesréduit, pour cette vaste etendue de côtes, à ne donner que celui de la petite île de Gorée , près du Sénégal . (PL i ;fîg. i, 2 et 3.)
Le corps, formé d’une seule pièce, est élancé aux extrémités et grossièrement arrondi ; pour ne pas conserverde nœuds dans son épaisseur, on les contourne, ce qui forme des saillies ou des creux. Chaque côté est ex-haussé par une fargue liée au corps avec des amarrages plats qui percent l’un et l’autre et embrassent une couched’étoupes recouverte, en dehors et en dedans, par des cordes. Vers l’avant, les deux planches se lient à une troi-sième transversale, appuyée sur une autre, mise à plat, qui bouche la partie saillante : la voile est toujours fortpetite et sans forme déterminée.
La côte orientale de l’Afrique , et surtout l’île de Madagascar , ont des baies où l’on fait usage de pii’oguesassez gi’andes, dont l’une, vue aux Seychelles , a pu être mesurée. (PL i ,fg. 4 et 5.) Elle est aussi d’une seulepièce, et, afin de pouvoir consei’ver partout au bois l’épaisseur convenable, les Madégasses emploient un moyenaussi simple que sûr : après lui avoir donné la forme qu’elle doit avoir et terminé tout l’extérieur, ils font detrès-petits trous, placés à o m ,i ou o m ,2 les uns des autres, dont la profondeur égale l’épaisseur que doit