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au ministre ; mais ce magistrat demeurant encore quelque temps sans dire un seulmol, il tourna et retourna par plusieurs fois cet édit dans scs mains ; puis, rompant lesilence, quand il fut las de le tourner ainsi, et de le retourner : « Voilà un bel édit,monsieur, lui dit-il ; l’on obéira au roi, et vous en devez être persuadés, vous et lesautres ; mais du moins, pour ma satisfaction particulière, ne pourrais-je point espérerque vous me lissiez l'honneur de me dire dans la tète de qui sont nées tonies ces lan-ternes? » M. de Caumarlin ne put s’empêcher de rire de cette expression, et, en ayantfait rire aussi ses amis, l’affaire passa au Parlement, sans que personne eût la mêmecuriosité qu’avait eue ce magistrat (1).
L'établissement (2) dos lanternes en province (3) fut un véritable évé-nement ; ('lies donnèrent lieu à des plaisanteries de tous genres, occasionnéesprincipalement par les titres de « bmternier » et de « sous-lanternier » donton avait atfublé les malheureux auxquels cette désagréable mission incombait.
On avait fait à ce sujet une chanson dont le refrain goguenard était
celui-ci
Abaissez la lanterne,Monsieur le lantcrnicr ;
Celui qui la gouverneIl a grand mal au pied,
Et celui qui l’allume11 a gagné un rhumeA force de crier :Abaissez la lanterne,
Monsieur le lantcrnicr.
Au surplus, l’édit de juin l(i ( ,)7, pour l'établissement dos lanternes enprovince, parle ainsi des fonctions bourgeoises : « Los maires et éclievinsnommeront annuellement, ainsi qu’il se pratique en la ville de Paris , le nombred’habitants qu’ils trouveront convenable pour allumer les lanternes,
(t) L’ordonnance citée tout à l’heure et (pii est de juin 1097, s’explique ainsi sur l’établis-sement des lanternes en province : « Les intendans ordonneront aux maires et éclievins des-dites villes de s’assembler et de leur rapporter un étal de la quantité des lanternes qu il seranécessaire d’établir ».
(2) Ed. Fournier, Les Lanternes, p. 28.
(3) Ce premier succès encouragea Louis XIV à lever sur les provinces une contributionde môme sorte, à l’aide d’une création, complément de celle-ci. « Le roi, dit Dangcau,12 octobre 1099, a créé des lieutenances de police dans toutes les villes ; comme à Paris , lesmaires les achetèrent et elles seront jointes à leurs charges. Et si quelques-uns de ces mairesne voulaient ou ne pouvaient pas les acheter, on les remboursera de l’argent qu’ils aurontdonné pour être maires, et il se trouvera assez, d’acheteurs. Celte allaire vaudra au roi aumoins 4,000,000 livres » (Nouveaux Mémoires de Dangeau, Ed. Lemontey , in-8°, p. 121).