CHAI 1 (Il) 1T K U X — XVIII e SIÈCLE
A peine ces lampes avaient-elles fait leur apparition qu’elles étaient déjàconnues dans le commerce sous le nom du plagiaire; ainsi, dès le mois defévrier 1781), nous voyons tigurer, parmi les articles composant le fonds dusieur 11... mis aux enchères en la salle des ventes du Palais-Royal, deslampes à la Quinquet.
(les deux larrons qui s’étaient entendus pour dépouiller le médecingenevois, voulurent, chacun de son côté, se faire passer pour le véritableinventeur. Lange prétendait que cette découverte était le fruit de ses veilles,tandis que Quinquet se déclarait le seul inventeur de ce système comme onpeut le voir du reste par l’annonce suivant»' tirée des Tablettes de renomméede 178U:
Les lampes économiques, à cheminée (le verre et à courant d’air, vulgairementappelées lampe à la Quinquet, de l'invention de M. Quinquet, maître en pharmacie à laHalle, en concurrence avec M. Lange, distillateur ordinaire du Roi, et auteur des huilesépurées et mèches économiques, rue du Potil-Pont.
L’était Quinquel (!) dont l’officine était établit' dans le quartier des Halles,rue du Marché-aux-I’oirées, vis-à-vis de la rue de la Lossounerie(2), et qui faisaitbeaucoup de bruit avec ses ” ’ s de « crème de tartre dissoluble ». Quinquelcomprit toute l’importance de la découverte du savant genevois; il voulut à toutprix eu faire jouir sans retard, et le public et lui-même pur occasion. 11 se mitdonc à fréquenter la maison de Réveillon où Argand s’était logé avec son amiMontgollier. Il (3) entoura de ses obsessions le physicien de Lenève et essaya
(1) Ed. Fournier, Le Vieux Neuf, I. I, p. 111.
(2) En l’an IV, une boutique de pharmacien, avec son nom sur l'enseigne, existait encoreau plus bel endroit du Marché aux Poirées. V. Goncourt, la Société française pendant leDirectoire [V aris, E. Denlu, 18î>5, in-8“, p. tll).
(Il) En 1785, lui aussi il écrivit dans l’intérôt de la vérité et du mérite d’Argand unepetite brochure de cinquante-sept pages, in-8“, intitulée: Découverte des lampes à courant d'airet à cylindre, dans laquelle tous ces faits sont exprimés. Sur son exemplaire, Abeille avaitcollé celte note: « Mémoire que,j'ai fait pour la défense d’Argand (pii en est le véritable et uniqueinventeur. J’ai été témoin chez M. Réveillon des adresses et souplesses de MM. Quinquel etLange pour lui arracher son secret » (Quérard, France littéraire, l. I, au mai Abeille).
La. brochure fut malheureusement couverte par le tapage des réclames que faisaitQuinquet. Voyant cela, Abeille parla, lit parler, et si haut que la vérité tinil par être en-tendue. Elle arriva jusqu’à l’Académie des sciences , où il fut décidé que la lampe à courantd’air, improprement et injustement appelée Quinquet dans le monde vulgaire, s'appelleraitlampe d'Argand dans le monde savant.