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toyens; car co n’csl point en ouvrier, mais en artiste, que Mouton s'acquitte de sesfonctions, ('/est par inspiration qu’il agit; il allume par vocation, comme d’autresécrivent, sculptent ou dessinent. Le réverbère est son dieu, et l’huile son élément.
C’est sous M. To urtil-Segrain, entrepreneur d’éclairage de la ville de Paris , queMouton a commencé ses premières armes, ou plutôt ses premières mèches; aussi lenom de ce spéculateur vient-il fréquemment à la mémoire du disciple, c’est l’accom-pagnement obligé de toutes ses conversations. Mouton se rappelle M. Tourlil comme unvieux soldat garde la mémoire de son drapeau eL de son général. C’est qu’il faut direaussi que ce nom porte avec lui un souvenir de la marche progressive de l’éclairage ;c’est à M. Tourtil que l’on a dû le nouveau système de réverbères qui a remplacé ceslanternes à quatre faces dans lesquelles brûlaient des chandelles à double mèche.
Dans mon enfance, dit Mouton dans son langage technique, je prévoyais qu’unjour viendrait où le colza ferait son /'en. Eu vérité, ajoute-t-il, Paris méritait d’êlremieux éclairé qu’il ne l’était. Les prévisions du jeune allumeur ne tardèrent pas à se
réaliser, et ce fut le plus beau jour de sa vie quecelui où il vil un réverbère à bec balancer ses feuxsur la corde en guirlande. Depuis ce temps, unservice régulier s’est organisé, les améliorations sesont succédé plus ou moins rapidement; le Con-sulat, l’Empire, la Restauration ont fait varier lemodèle du récipient lumineux ; la forme des lanter-nes a changé presque aussi souvent que la cocardede nos soldats; eniin le réverbère, franchissant lesépoques des révolutions qui souvent l’ont mutilé,est, arrivé en I8.‘?d, où nous h' voyons s’appuyersur une chaîne de laiton qui remplace la corde, etprojeter quatre langues de llannne à travers uneenveloppe de glace, taillée, à facettes sexangu-laires....
Au signal donné, 249 sylphes légers auxquels je coupe les ailes, que nous appel-lerons simplement, en style bourgeois, des allumeurs, partent des divers points quel’entreprise d’éclairage a établis comme entrepôts, et en 4.’i minutes cinq mille troiscent vingt-deux réverbères se trouvent allumés. Le prix du bail étant payé par heureet par bec, d’une minute de différence peut venir une perte ou un boni. De là le besoinde vigilance de part et d’autre. La police fait ses marches et contremarches : Dieu fasse que ses fonds ne passent jamais qu’à ceux qui inspectent les réverbères.
Mais suivons Mouton dans sa tournée. Au crépuscule du soir, il sort de l’en-trepôt de la rue Caillou au moment où le contremaître a donné le signal. Le vieilallumeur n’a plus, comme il le dit, ses jambes de seize ans, ses bras ont aussi perdude leur force; musculaire, et le vieillard pourrait difficilement soutenir le panier deplomb où sont enfermés les instruments de sa profession. Heureusement l’espritindustriel de Mouton est venu à son aide : il s’esL construit une petite voilure à laquelleil confie son bagage, et parcourt ainsi tout le territoire qu’il est chargé d’éclairer.
Ln soir, il rentre pâle et défait, le désespoir est sur ses traits, des larmes sillon-nent les rides de ses joues; c’était lors de la fameuse révolution de Juillet, la mitraille
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DES LANTERNES.
(D’après le « Journal fur Kahrik ».)