MÉMOIRES ET PAMPHLETS CONTRE EE GAZ
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mon étonnement de trouver les rues labourées de sillons profonds et fétides, dontquelques parties sont à peine recouvertes de pavés inégaux, et à travers lesquellesl’esprit préoccupé de périls en périls n’a pas même le loisir de poursuivre une rimeou de s’arrêter sur un hémistiche !
Le docteur, à demi-roix. — C’est le gaz hydrogène.
L’ami. — Comme ce fâcheux désagrément se renouvelle partout, je prends lasecrète résolution de borner mes promenades aux boulevards. Vous savez combienj’ai toujours aimé celle riante ceinture d’arbres qui nous lient lieu, jusqu'à un certainpoint, des squares de Londres , et qui prête à la sombre monotonie de nos rues l’attraitséduisant do la verdure. Concevez mon chagrin : l’automne n’était pas commencé,et la plupart de nos grands ormes étaient déjà dépouillés de leurs ombrages ! Quedis-je? ils ne s’en couronneront [tins, et on croirait qu’une contagion mortelle a des-séché leurs racines et flétri leurs rameaux.
Le docteur . — C’est le gaz hydrogène.
L’ami. — L’heure du dîner arrive, elle est même un peu passée, et bien m’ena pris. Quand j’arrive chez mon restaurateur ordinaire, au Palais-Royal, pondant queje jette les yeux sur la carte, une explosion épouvantable brise les lustres, lcsquin-quels, les glaces, les boiseries, et jonche des débris des solives, des poutres et du pla-fond, la salle, heureusement vide, où j’allais choisir une place.
Le docteur. — C’est le gaz hydrogène.
L’ami. — Après un dîner lestement improvisé chez Pestel, je prends lo chemin demon théâtre favori par le passage Feydeau, où la Providence me préserve d’un nou-veau danger, ,1e me dérobe presque miraculeusement à la chute d’un corps de maçon-nerie destiné à contenir je no sais quel appareil.
Le docteur. — C’est lo gaz hydrogène.
L’ami. — de ne fais qu’une courte station au café pour prendre un verre d’eausucrée, que je porte à ma bouche as r ec une heureuse lenteur, et dont l’évaporationdélélère trahit par hasard les propriétés homicides. Celle eau, produit d’une sourceconnue par sa salubrité, avait été corrompue par le brisement accidentel d’un conduitqui voilure, je ne sais pour quel usage, un air méphitique et empoisonné.
Le docteur. — C’est le gaz hydrogène.
L’ami. — Enfin, jo rentre assez tristement chez moi, en évitant avec soin lesfossés putrides que l’on creuse partout sous mes pas, mais à demi consolé de l’ennuid’un jour pénible parla ferme résolution de partir de Paris le lendemain, si je puisparvenir à vendre, dans la journée, mon petit champ de colza do Franche-Comté etma petite maisonnette du faubourg Poissonnière. Quelle fatalité a voulu que toutesmes propriétés, dont la valeur était déjà presque indivisible, subissent, en si peu dejours, cinquante pour cent do rabais...
Toutefois, malgré les écrits des littérateurs, la protestation des indus-triels et les calculs des savants, le gaz finit par triompher d’une manièreéclatant!'.