4i8 X. Entretien fur les Viesde leurs Ouvrages. C’est en voyant cesOuvrages que je vous ai entretenu de tou-tes les patries de la Peinture, & que jcvous ai parlé des qualitez neceílàires à for-mer un íçavant Peintre. Ainsi vous pou-vez fçavoir à présent que pour bien jugerd’un tableau ôc du génie de celui qui i’afait, il faut regarder d'abord quelle est l'In-vention de ce tableau ; si elle est: nouvelle,noble , & agréable. La Disposition d u su-jet vous fera connoîrre si l’Ouvrier a du ju-gement > & s’il y a de l’ordre dans ses pen-sées. C’est dans le Delsein que le Peintrefait paroître la force de son esprit, (à sci-ence, & le fruit de ses études. Par le des.sein il donne de la proportion , de la grâ-ce , & de la majesté à ses figures; il enmarque toutes les beaurez; il exprime lesdifferentes actions du corps, Lc les diversmouvemens de l’ame. Enfin le dessein estcomme la base & le fondement de toutesles autres parties.
Quelque beauté de coloris qu’un Pein-tre donne à son Ouvrage, quelque amitiéde couleurs qu'il observe pour le rendreaimable & plaisant à la vûë; quelquesjours & quelques lumières qu’il y répandepour l’éclairer ; de quelques ombres dontil tâche de le fortifier & d’en relever 1 e-clat, si tout cela n’est soutenu du dessein ,il n’y a rien, pour beau 6c riche qu’il soit.