18 o HISTOIRE
d’être cultivée, comme l’arbre dont les autres sciences ne fontque les branches. Cette liaison qu’il appercevoit entr’ellcs ,la source unique où son imagination voyoit leur naissance ,lui valut une premiere application, qui fut le plus beau fruitde son génie , Lc le fondement le plus ferme de fa gloire ; c’estcelle de l’algebre à la géométrie , il unit les deux sciences ,comme Colomb avoir uni les deux mondes. L’algcbre, renduemoins intellectuelle , fut rapprochée de la physique par fesrapports avec les dimensions de la matière, avec les corps quifont des objets sensibles. Cet ouvrage donne à Defcartes desdroits incontestables fur les progrès que nous avons faits depuislui : des facilités y font préparées pour les recherches futures;Sc cette premiere application d’une science à l’autre , a été lasource de toutes les applications de la géométrie à la physique,
§. I V.
Cependant il fut égaré par la géométrie, qui est la certi-tude même; il fut égaré par un enchaînement des choses qu’ilosa pressentir, Sc qu’il crut pouvoir atteindre ; mais cetensemble de la nature furpasibit Lc fa portée , Sc même lanôtre ; nous le voyons mieux que lui, fans y toucher encore ;nous avons joint plus d’anneaux , mais la chaîne entiere nouséchappe. II vit que la géométrie , partie de quelques axiomeslîmples Sc évidens , s’avançoit toujours en enchaînant, enaccumulant vérités fur vérités ; la marche, la méthode desgéomètres lui parut applicable à tout : il considéra la naturecomme une grande unité, comme un tout vaste , mais com-posé de parties liées ; il crut qu’il fuffifoit de la saisir par unde ses points, pour s’élancer jufqu’à fes extrémités, pour péné-trer jusques dans fes profondeurs. II auroit eu raison s’il fe succontenté d’annoncer ce que pourroit peut-être un jour le génie >