Band 
Tome troisième.
Seite
303
JPEG-Download
 

J A R

assez ce qu’on a voulu repré-senter. Le persil, par exemple,peut être employé avantageu-sement pour cet effet.

On tient toujours au lieu donton vient, dit Lafontaine. Uncuisinier du premier ordre, s’ilfaut en croire Pope, avait em-belli sa campagne d’un dîner*el qu’on en sert à la cérémo-nie a’un couronnement. Ce phi-losophe célèbre critique vive-ment ce goût singulier qui pa-raît s’éloigner de la nature, etpar zèle pour ceux qui sont cu-rieux de cette sorte de merveihles, il en fait un catalogue très-

f ilaisant : on voit entre autres’arclie de Noé en houx, dontles côtés sont en assez mauvaisétat faute d’eau ; un Saint-Geor-ges en buis, dont le bras n’estpas tout-à-fait assez long, maisqui pourra tuer le dragon aumois d’avril prochain; une reineElisabeth en tilleul, tirant unpeu sur les pâles couleurs, maisa cela prèscroissantà merveille;une vieille fille d’honneur enbois vermoulu; plusieurs grandspoètes modernes un peu gâtés;un cochon de haie vive, devenuporc-épic pour avoir été laisséà la pluie pendant une semaine;un verrat de lavande, avec dela sauge qui pousse dans sonventre ; deux vierges en sapinsprodigieusement avancées, etc.

Au reste, il est cependantdesimitations auxquelles fart peutatteindre sans paraître ridicule.Nous avons vu des morceauxd’archilecture,des théâtres exé-tés en charmille avec le plusgrand succès , et dont le coup-d’ceil faisait un très-bel effet.

J A‘R 303.

Nous ne parlerons des jardinsanglais , que pour insérer icides réflexions très-judicieuse*de M. Sarrazin de Montferrier,ingénieur :

« L'architectnrè rurale , dit-il , paraît avoir perdu beaucoupde son ancien lustre , depuisqu’011 a exclusivement adoptéle sj'stême des jardins anglais.Ce système agréable dans sonorigine, est bien dégénéré entreles mains de nos jardiniers. Ilsont cru assimiler l’art de la plan-tation à celui de la peinture , enfaisant de grands tableaux surde petits espaces. Peu versésdans la perspective,ilsontima-giné que l’illusion de 20 lieuesde pays , produite sur une toilede 20 pouces , pouvait égale-ment serisquer surun terrein de20 toises, et ils ont construit lemonde en raccourci , mais telle-ment en raccourci et si mal or-donné . qu’il ressemble plutôtaux ruines et aux égotits d’unpetit coin du monde , qu’à untableau agréable et riant de lacampagne. Cette vérité devienttranscendante à l’aspect de nosjardins modernes. On n’y voitpar-tout que des petits sentierstortueux, coupés par des ravinsinutiles , creusés simplementpour avoir occasion d’y jeter unpont de bois ; des' ruines facticesdans des lieux ou l’on ne peutpas même supposer qu’il aitexisté des monumens ; des grot-tes , des mazures , des buissons ,des puits , des trappes , des casse-cols entassés sans ordre , sansnécessité , sans utilité ; assem-blage informe, bien plus dan-gereux qu’agréable à la vue.