I
6 PRÉCIS DE L’HISTOIRE DES ARTS
n’estimait qu’une seule vertu l’honorât chez ses semblables ; mais k coup sûr ce peuple était né pour degrandes choses.
Les auteurs ont encore loué chez les Gaulois la bonté, la générosité, la fidélité à remplir leurs engagemens,une extrême franchise, et une grande frugalité, qui remplissait tous les momens où, loin des festins et de ladébauche, ils pouvaient se livrer à une vie tranquille. Ils ont aussi rendu justice k la manière généreuseavec laquelle ils exerçaient l’hospitalité. Un étranger arrivait-il dans son pays, le Gaulois le recevait,l’invitait à ses repas, partageait avec lui ses frugales provisions, et ne le questionnait sur son pays, son nom,sa famille, et le motif de son voyage, qu’après avoir pour ainsi dire acheté sa confiance. Si l’on en croit mêmele témoignage d’un auteur ( 1 ), lorsqu’un étranger voyageait dans la Gaule , les habitans étaient obligés deveiller à ce qu’il ne fût point inquiété dans sa route, et devenaient responsables de ce qui pourrait luiarriver de fâcheux. -
Mais indépendamment de ces traits généraux, qu’on peut retrouver plus ou moins altérés chez la plupartdes peuples dont la civilisation n’a pas encore modifié les mœurs et le caractère, il en est d’autres quel’on peut regarder comme particuliers aux Gaulois , et sur lesquels le dessein de notre ouvrage nousoblige d’insister. César nous fournira le premier. Il peint les Gaulois curieux à l’excès, avides denouveautés, au point, dit-il, qu’ils avaient coutume d’aborder les voyageurs sur les routes, et de lesforcer à s’arrêter pour les questionner sur ce qu’ils pouvaient avoir ouï dire ou vu de nouveau. Le peupleentourait les marchands qui arrivaient dans les villes, et les obligeait h dire d’où ils venaient et ce qu’ilsavaient appris dans les pays qu’ils avaient traversés. Le même auteur remarque encore que les Gaulois avaientune adresse et un talent admirables pour imiter ce qu’ils avaient vu faire ( 2 ). Doués d’un esprit vif, ilsfaisaient rarement usage de la ruse; mais ils montrèrent aussi plusieurs fois (3) qu’ils pouvaient l’employeraussi adroitement que bien d’autres. •
, usages. Par une suite assez naturelle de cette manière de voir qui leur faisait mettre le courage au-dessusde toutes les autres vertus, les Gaulois ne dûrent regarder comme nobles que les exercices propres à entre-tenir leurs corps dans l’habitude de la fatigue et du maniement des armes. Aussi lisons-nous qu’après la guerre,qui était leur goût principal, et, pour ainsi dire, leur état habituel, la chasse était en temps de paix leurunique occupation; le reste du temps ils le passaient dans une entière oisiveté, laissant à leurs femmes et auxvieillards le soin de cultiver les terres et de pourvoir à toutes les nécessités de la vie, qui, dans les premierstemps, se bornaient, comme on peut penser, à bien peu de chose, car un peuple demi-sauvage, adonné àune vie errante et pastorale, qui trouve toutes ses richesses dans les productions naturelles de son pays etdans les troupeaux qu’il emmenait avec lui dans ses fréquentes émigrations, ne peut avoir de grands besoins.Ils prenaient ordinairement leurs repas assis (4) par terre, ou sur des peaux de chiens ou de loups, devant destables de bois peu élevées au-dessus du sol ; leurs mets étaient servis dans des plats et des vases de terregrossiers, et dans des corbeilles faites en bois et en osier; les crânes des ennemis vaincus ou les cornes destaureaux sauvages qu’ils avaient tués, étaient pour eux les coupes les plus précieuses, parce qu’elles rappelaientl’adresse et le courage qu’ils avaient déployés à la chasse ou sur le champ de bataille. L’usage des cuillères etdes fourchettes était inconnu, et la même coupe servait alternativement à tous les assistans.
Cette simplicité de mœurs, les Gaulois la portaient dans tous les usages de la vie; la plupart d’entre euxdormaient couchés tout simplement sur la terre ou sur le gazon (5); les plus recherchés étendaient sous leurcorps un peu de paille ou des peaux de bêtes fauves. Pour leur manière de se vêtir, tout porte à croirequ’k une époque très-reculée , leurs habillemens n’ont dû consister, comme ceux de toutes les nationssauvages, et des Germains en particulier, que dans des peaux d’animaux, car on doit penser que ce n’est queplus tard qu’ils apprirent à employer la laine de leurs troupeaux, ainsi que le lin, dont la culture leur futlong-temps inconnue. Mais, par une sorte de compensation, ils se chargeaient le corps de toute espèce d’orne-mens; ils en portaient à la tête, aux bras, au cou, à la poitrine; les principaux étaient des colliers, desbracelets, et des anneaux, parure, disent les historiens, qu’ils soignaient extrêmement (6).
Les mariages, ainsi que les funérailles des Gaulois , offraient aussi des particularités piquantes, qui toutespeignent leur simplicité de mœurs sans rien nous apprendre de plus sur notre sujet. Il n’en est pas de même del’éducation de leurs enfans, qui peut mieux que tout le reste nous donner la véritable mesure du caractère
(2) Voy. Cæsar, de Bello g ail, 3 1. . cap. 22. — Diod . Sicul., 1 . 5 .—Strab., 1 . 4 -
( 5 ) Voy. Polyæn., Strat., 1 . 7, cap. 42. — Théopomp . apud Athcn.,
l.io, cap. 12. — Tit. Liv., 1. 20 , 24 - Front. Strat., h J, cap. 6.
( 4 ) Diod . Sicul., 1 . 5 . •— Strab., 1 . 4. __ Tit. Liv., I. 23 , cap. 24. —