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ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE
cetle statue, grossièrement taillée, a plus de rapport avec Diane-Lucine,déesse des accouchemens, qu’avec la mère d’Horus .
On appelle communément cette statue la F ènus victorieuse de Quinipily.Le peuple de la Bretagne l’appelle GROA-IIOARNE, qui veut dire en fran-çais vieille. Suivant les anciennes traditions qui se sont conservées, on luiattribuait toutes sortes de vertus; on alla même jusqu’à dire quelle avaitfait des miracles, et que, pour guérir d’une maladie quelconque il suffisaitde se plonger dans l’eau qui coule du piédestal dans la^baignoire. Quoi qu’ilen soit, cette statue, qui porte sur son front le mot HT, allez , gravé engros caractères romains, est fort ancienne ; le style barbare, la matière et letravail grossier dont elle se compose, en sont la preuve. Suivant le dire desBretons, cette idole aurait été tirée d’un temple que Jules-César avait con-
sacré à Vènus victorieuse , après la conquête des Gaules. Selon nous , riendans cette figure ne caractérise Vénus. L’inscription relatée plus haut,comme l’espèce de bande mystérieuse ou d’étole qui couvre ses épaules etune partie de sa poitrine, et qui caractérise une fonction religieuse, nousdétermine à la considérer comme une image de Diane-Lucine, représentéelà comme déesse des accouchemens. Le mot HT, écrit pour ITE, serait ,dans cette supposition, la réponse consolante que la déesse faisait auxfemmes qui venaient lui rendre hommage et la supplier de leur être favo-rable dans la délivrance de leur fruit; ITE, disait-elle, allez en paix. Quoiqu’il en soit, cette statue antique nous paraît être la représentation d’unede ces divinités locales communes dans les Gaules . Sa hauteur est de sixpieds six pouces.
DEUXIÈME ÉPOQUE.
MONUMENS GALLO-ROMAINS.
PLANCHE If.
Palais des Thermes. De ce grand et antique palais, dont nous donnons lavue intérieure, il ne reste plus, comme on le voit, qu’une salle immense,dont la voûte est fort exhaussée; plusieurs arceaux décorent l’intérieurde cette salle. Les arcs, construits en petites pierres, sont consolidés pardes décharges en briques et en tuiles qui se répètent de distance en distance.En entrant, à droite, il y a trois grandes niches assez profondes pour avoircontenu des baignoires, et en tête du premier pilier, qui reçoit la retombéede gauche de la principale voûte, on voit une proue de vaisseau sculptéeeu relief, ainsi qu elle est dessinée sur la planche, à côté de la vue per-spective que nous donnons. Cette espèce de chapiteau a quelque rapportavec l’inscription qu’on lit sur un autel érigé à Jupiter par les Parisiens , dontil sera bientôt parlé; cela prouve aussi que le palais des Thermes a été con-struit sous les auspices de la ville de Paris , dont les armes sont un vaisseau.Cette salle, qui a cinquante pieds de longueur, cinquante-six de largeur etquarante de hauteur, est à peu près carrée. Une espèce d’avant-salle la pré-cède. Sa couverture, qui est une voûte d’arête, pourrait fournir une nouvellepreuve de la solidité des constructions romaines. Depuis un grand nombred’années elle supporte un jardin, et reçoit par conséquent les eaux pluviales etcelles qui proviennent de l’arrosement des plantes, saris qu’elle èn ait été sen-siblement altérée. La construction des murs est généralement de trois rangéesde moellons , séparées par quatre rangs de briques d’environ un pouce d’é-paisseur. Les joints qui les divisent sont également d’un pouce. Les moellons,taillés de liais très-dur, ont de quatre à six pouces de face, et environ sixpouces de queue (1). Ces murs étaient recouverts de deux couches de stucde trois , quatre et même cinq pouces d’épaisseur, dont on voit encore quel-ques restes.
La statue de Julien représente cet empereur vêtu de la toge romaine, ayantle bras droit posé sur la poitrine, et l’autre pendant. Sa barbe est touffue,ses cheveux sont courts et sa tête est ornée, à la manière orientale, d’uneespèce de diadème formé par deux rubans roulés, dans le milieu desquelsM. Visconti a vu une couronne de chêne. Il y a tout lieu de croire que celtestatue, d’une proportion peu agréable, est cependant l’ouvrage d’uusculpteur grec, qui aurait été employé par les Parisiens , pour élever cemonument à l’empereur, dont ils n’avaient qu’à se louer. La ressemblancede cette statue est constatée par les médailles de Julien , le dernier empereurde la race de Constantin . Ce monument est au Musée du Louvre.
La statue deVercingentorix, ou Vercingétorix , fut découverte vers 1774.dans les campagnes de Riom, en Auvergne ; elle est en pierre fort tendre,et d’un travail qui peut remonter au commencement de notre ère. Cettefigure , vêtue d’une longue tunique, chargée d’un large sabre attaché à.uneceinture, et ayant la tête couverte d’un bonnet élevé, assez semblable auxbonnets des Daces , dont nos bonnets de grenadiers sont une imitation,passe pour être l’image de Vercingentorix, qui défendit long-temps l’Au-vergne contre César ; mais rien n’autorise l’opinion que l’on a de cette statue,curieuse et intéressante par son vêtement, et que l’on dit conserver encorequelques traces des couleurs dont on 1 avait ornee.
Autels gaulois sculptes en pieire de Saint-Leu, et découverts dans 1 égliseNotre-Dame de Paris en 17 1 mouumens, de la plus haute importance
pour l’histoire, en faisant voir limage des differentes divinités adorées dansles Gaules , nous indiquent aussi les usages du pays. Ils ont intéressé lessavans et excité plusieurs discussions et plusieurs réfutations curieuses depart et d’autre. Les antiquaires qui ont publié les premiers des mémoiressur cette matière sont, Moreau de Mantour, Baudelot, Léibnitz et Mont-faucon : Keisler parut ensuite, réfuta plusieurs passages de différens mé-moires, et donna la préférence à celui de Baudelot. L’authenticité desmonumens dont il s’agit ici ne saurait être contestée; car une inscriptionlatine, parfaitement conservée et gravée en gros caractères romains, placéesur la face principale de l’un des autels, nous apprend le nom des dieuxqui y sont sculptés, en même temps que les faits relatifs à son érection :elle est ainsi figurée (2).
(1) Extrait du rapport fait par les commissaires nommés en 1678 par les ordres deColbert pour examiner ce monument précieux.
(a) Chaque autel est désigné sur la gravure par les chiffres arabes 1, 2, 3 et 4 ; c’est--àdire, n" 1 pour les quatre bas-reliefs du premier autel, n° 2 pour le second, n° 3 pour
Fig. 1. TIR. CAESARE
AVG. IOVI OPTVMo
maxsvmo_ ( ara ) - m.
NAVTAE PARISIACI.
PVELICE POSIERVNT.
Nous la traduisons ainsi : Tibère César ayant accepté ou pris le nomd'Auguste, les commis de la navigation du territoire de Paris , lesnautes ont consacré publiquement cet autel, en action de grâces, àJupiter très-grand et très-bon. Ce monument, selon Baudelot, peutavoir été érigé vers la fin du règne de Tibère , lorsqu’on eut appris dans lesGaules qu’il recevait enfin le titre d’Auguste , qu’il avait d’abord refusé.Nautœ se traduit ici par nautes, expression qui équivaut à négocions pareau, parce que nous 11’avons point dans notre langue de mot qui répondeprécisément à celui-là. Au reste, les nautes étaient une société de richesnégocians, qui jouissaient de grands privilèges, et qui étaient souventhonorés de charges municipales. Enfin ces commerçons faisaient voilurersur la rivière de Seine des marchandises, autant pour leur compte per-sonnel que pour celui d’autrui.
Nous avons traduit le mot Parisiaci par Parisiens , parce que César en-tendait par les Par.isii tous les originaires du pays, dont Paris était dès-lors la capitale. Le mot Parisiaci est employé dans le même sens dans leschartes de Childebert, par Grégoire de Tours , et dans les capitulaires deCharlemagne. Les Parisiens , ainsi que les autres peuples , étaient attachés àcertaines pratiques religieuses : ils en avaient sans doute une toute parti-culière dans cette occasion , ainsi que l’on peut s’en convaincre par le monu-ment même.
L’inscription du second bas-relief est le mot EVRISES. Tout y est carac-térisé , les manières et la pratique du pays ; l’air, la barbe, l’habit et les armesdes Gaulois. Quant au cercle que le premier tient à la main, nous pensons quec’est un hommage destiné à la divinité dont on sollicite les faveurs. Ces espècesde couronnes que l’on offrait étaient, comme celle-ci, portatives et détachéesde manière à pouvoir en décorer le front de la divinité après la processionet avant le sacrifice. Baudelot * dit que celte couronne était d’un métalprécieux. Nous supposerons donc quelle était d’or; car, suivant Ptoloméeet Cicéron, la Gaule regorgeait d’or; c’est de là sans doute que Manilius l’appelle la riche Gaule .
Dans le troisième bas-relief on remarque les chefs des nautes qui con-sacrent le monument.
Les figures du bas-relief suivant, dont l’inscription, SENANI YEILO, esten partie mutilée, ne paraissent avoir aucun rapport à la mythologie ou àl’histoire fabuleuse de Jupiter . Il n’y a pas d’apparence non plus qu’onait voulu sculpter une action profane sur un autel consacré à un dieu : cene peut être par conséquent qu’une cérémonie observée à la dédicace del’autel. Par l’attitude et la situation des figures, elles paraissent faireune espèce de procession suivant le rit du pays : c’était la coutume desGaulois de se tourner du côté gauche dans les cérémonies religieuses.
Si on examine l’ensemble des bas-reliefs qui composent l’autel dontnous parlons, on remarquera que toutes les figures ont entre elles uneunion de démarche, et une même allure ; ce qui peut autoriser à croirequelles sont là dans une fonction religieuse(1). On sera peu surpris de voirfigurer les chefs deletatet les prêtres des Gaules sur un seul et même monu-ment érigé à la suprême divinité adorée de la nation entière, lorsqu’on voitassez communément paraître en tête des anciennes inscriptions des Grecs oudes Romains, relatives à des décrets ou concernant l’érection de quelques mo-numens publics, les noms du peuple , du sénat ou d’autres magistrats quijouent un rôle dans la publication du décret ou dans l'érection du mo-nument dont il s’agit. On remarque que sur cet autel plusieurs per-sonnages sont sculptés sans armes, tandis que les autres sont armés; il estprobable que ce sont des druides que l’on a voulu représenter par ceux qui
le troisième, et n" 4 pour les trois du quatrième. L’un des bas-reliefs de ce quatrièmeautel ne s est pas retrouvé.
(1) On lit dans Lueain : Druides , des qu’on aura mis les armes las, vous reprendrezvos usages barbares et la coutume de vous tourner à gauche dans vos cérémoniesreligieuses.
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