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sont désarmés ; et en donnant au mot senani sa véritable interprétation ,vieillard, seigneur, ou sénateur, il n’y a plus de doute, sur son appli-cation, puisqu’il s’agit d’une cérémonie. publique qui avait rapport àl’empereur , et où nous ne douions pas que fussent admis ceux qui étaientregardés comme chefs de la religion.
Fig. 2. Le premier bas-relief du second autel représente Jupiter barbu ,à la celtique , ce qui démontre qu’il a été érigé et sculpté dans le pays. Lemot IOVIS qu’on lit au-dessus de la figure est le nom celtique de ce dieu,avec une terminaison romaine, car les Celtes ne disaient que J ou.Baudelot prétend que le Jupiter gaulois que l’on a figuré ici pose la maindroite sur la tête d’un homme en petit, à demi-nu , qu’il croit être la repré-sentation de celui qui a érigé l’autel, qui se met sous la protection de cedieu. Nous avons examiné le monument avec attention, et nous n’y avons pasvu le petit homme dont parle Baudelot ; nous nous sommes convaincu quele maître des dieux s’appuyait sur un aigle dont les ailes sont déployées, de-bout, et dressé près de lui. On doit dire, à l’avantage du savant dont nousparlons, que le temps a singulièrement ravagé cette partie du bas-relief;et que, peu exercé dans l’art du dessin, il a pu être trompé par l’indécisiondes formes qui restent, et qu’il a cru pouvoir s’autoriser , dans son opinion ,de quelques types de médailles romaines.
Le Jupiter tonnant des Grecs et des Romains était révéré des Gauloissous le nom de Taranis. Dans la Mythologie celtique l’Edda lui fait com-battre, sous le nom de Thor , un énorme serpent qui lance son venin contrelu i; mais le dieu le renverse d’un coup de massue. Les Teutons appelaientJupiter Tonder , et les Bretons Tanar. C’est encore le même Jupiter quifigure-sur les autels parisiens . Comme nous l’avons dit, il est debout etcouvert en partie du pallium grec ; d’une main, il tient son foudre, et del’autre une lance à la manière gauloise .
Le dieu Mars paraît sur le deuxième bas-relief, sous le nom d’ESVS,nom gravé, comme les autres au-dessus de la tête de la figure. II estreprésenté cueillant le gui de chêne , ou la plante par excellence, dite mer-veMeuse. Le gui était tellement révéré des Gaulois , qu’ils le considéraientcomme un spécifique contre toutes, les maladies. C’est pour celte raison.qu’ils l’appelaient guérit-tout.
Le dieu Mars ou Esus est représenté ici ayant la moitié du corps nu ; lereste est couvert d’une tunique courte qui descend jusqu’aux genoux. Tite-Live , dans la description qu’il donne de la bataille de Cannes , dit formelle-ment que les Gaulois combattaient nus, depuis le nombril jusqu’à la tête.On lit encore dans Polybe que les Gaulois Belges combattaient tout nus. Lemême auteur ajoute qu’ils ne se dépouillaient ainsi de leurs vêtemens qu’unjour de bataille. Il est donc probable que c’est là le motif qui a déterminé lesculpteur à figurer sur ce monument le dieu de la guerre , comme unGaulois prêt à combattre, c’est-à-dire nu. L’abbé Le Bœuf confirme cetteopinion; car on lit dans son ouvrage sur les Antiquités qu’il y avait àParis, dans le palais de Louis le Débonnaire , quelques statues antiques,entre autres, une statue de Tétricus , reconnu empereur des Gaules en 268;qui représentait cet empereur à cheval, presque nu , portant à son côtéun carquois garni de flèches dorees.
On remarque dans le troisième bas-relief l’inscription suivante,TARVOS TRIGARANÜS. Un taureau et trois grues perchées sur son dosforment la composition du monument. Ce taureau est représenté dans uneespèce de bois, d’où s’élèvent des arbres de part et d’autre. Le chêne étaitconsacré à Jupiter. Cet arbre majestueux était révéré des anciens comme ill’était des Gaulois. On se rappellera qu’à Dodone les chênes rendaient desoracles au nom de Jupiter Dodonien, parce que, disait-on , les ministres deson culte se tenaient cachés dans des arbres creux. Nous avons aussi de cesexemples dans le culte druidique. Le dieu-taureau que l’on voit ici n’a pourtoute suite que trois oiseaux ; l’un est sur sa tête, un autre est sur le milieude son corps, et le troisième est sur sa croupe. L’inscription qui est auhaut de la pierre consiste en deux mots, tarvos trigaranus , c’est-à-dire
TAUREAU A TROIS GRUES.
Le quatrième bas-relief de 1 autel représente Vulcain vêtu d’une tuniquecourte; il est coiffé d’un bonnet de forgeron, ayant à sa main une paire detenailles et un marteau à sa ceinture. Le mot VOLCANVS écrit en groscaractères, sur la frise et au-dessus de la tête du dieu, ne laisse aucundoute sur le personnage représenté.
Fig- 3 . Les deux premiers bas-reliefs de cet autel représentent CastoretPollux, ce qui est indiqué par l’inscription CASTOR, qui se lit sur lepremier. L’autre inscription est effacée. Comme on le voit par la gravure,les fils de Jupiter et de Léda, protecteurs de la navigation , sont au nombredes dieux que l’on a sculptés sur l’antique monument de Paris . On repré-sente ordinairement les deux frères armés et montés sur un cheval blanc,coiffés d’une espèce de bonnet phrygien, signe caractéristique de la libertédont ils jouissaient. Ici ils sont figurés à pied, armés chacun d’une lance,et tenant un cheval par la bride. Horace a dit en parlant de Castor et Polhix :les Tyndaridcs sont une constellation brillante gui retire les vaisseauxbrisés du fond de la mer.
Le bas-relief du troisième autel, chargé de l’inscription CERNVNNOS,représente le dieu Pan, portant deux espèces de cornes assez semblables àcelles du daim. La représentation singulière d’un dieu qui nous était in-connu, et l’inscription celtique avec une terminaison grecque, nous firent
penser que cette figure pouvait être celle de Pan, protecteur des forêts, danslesquelles les druides opéraient leurs mystères et sacrifiaient à leurs dieux.Nous pourrions aussi supposer que ce dieu devait être invoqué particuliè-rement des Gaulois avant d’aller à la chasse des bêtes fauves, exercice pourlequel ils avaient beaucoup de goût. Néanmoins toutes les opinions ne sontpas les mêmes sur ce point. Beaudelot explique le mot cernunnos par kerou cher, qui veut dire bon ou excellent, et par nunnos, maître ou père ;ce qui signifierait maître du lieu, ou bon et excellent père (1). Félibien ,dans sa description de Paris, prétend que les cornes données à Cernunnos sont un symbole des forces et du courage que donne le vin et les autresliqueurs fermentées.
Tout en respectant les diverses opinions des savans qui ont parlé de cessculptures antiques, nous sommes fondé, d après nos observations, à re-connaître Pan ou Sylvain dans ce personnage, puisqu’on voit Bacchus avecses attributs ordinaires figurer à la suite de celui-ci. D’ailleurs, on a vudans une autre partie du même monument, des figures marchant en ordrede cérémonie, que l’inscription senani gravée au-dessus de leurs tètesnous a fait considérer comme les vieillards, les sénateurs ou les notablesde la ville de Paris (2), présidant à la consécration des autels votifs, dontl'érection leur avait été confiée par le corps de ville, monurnens sur lesquelsils auraient été chargés de faire représenter les divinités protectrices ducommerce que les Parisiens faisaient sur la rivière de Seine . Les petitsanneaux d’or passés dans les cornes du dieu, genre d’offrandes en usage
dans les Gaules , semblent en faire foi.
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Sur un autre bas-relief du même autel, on voit l’Hercule gaulois, arméd’une massue , et dans l’attitude de frapper un serpent qui se dresse contrelui. Au-dessus du vainqueur de l’hydre, on lit: SEVI... RL... OS.... On croitque les deux dernières lettres de celte inscription sont les restes d 'Oymios,nom que les Grecs donnaient à l’Hercule gaulois. Ce nom, si on le traduit,peut signifier ductor, guide, conducteur , qualité quon donnait indistinc-tement à Hercule et Apollon-Musagète, ou conducteur des Muses.
Les Germains rendaient aussi des hommages divins à Hercule . Ils luiavaient spécialement consacré une de leurs forêts , comme firent lesFrancs, qui en sont descendus. D’après cela, on ne peut douter que ce mo-nument ne soit un hommage public rendu par les «Parisiens à Hercule protecteur de la navigation, et l’une des divinités particulières du pays.
Fig. 4. Les trois bas-reliefs du quatrième autel complètent le monumentle plus curieux qui soit à Paris , puisqu’il est en quelque sorte le tableaucomplet de la mythologie gauloise , et qu’il retrace les mœurs et les usagesdes anciens Parisiens .
Quoique les sculptures en soient fort mutilées ( 5 ), on aperçoit dansle premier bas - relief. deux personnages armés remplissant les mêmesfonctions que les magistrats désigués dans le second bas-relief du premierautel par l’épithète de senani. L’un est armé et vêtu à la romaine,ayant le manteau militaire, la tête couverte d’un casque, et le bras droitappuyé sur sa lance : l’autre est un jeune homme vêtu d’une longuerobe, semblable à la stola ; il paraît avoir le bras droit nu, et garni d’unbracelet dans sa partie supérieure. Suivant Strabon , cet ornement , sous lenom d e bracelet, était en usage chez les Gaulois, qui le portaient soit aubras, soit au poignet.
La seconde face de ce quatrième autel fait voir Vénus et Bacchus.Bacchus n’est reconnaissable que par la grappe de raisin qu’il tient àla main. Pour les attributions et les idées qu’on attachait au dieu duvin dans les Gaules , nous renverrons nos lecteurs à la description du pre-mier bas-relief du troisième autel caractérisé par le dieu Cernunnos , quel’on croit être le Bacchus gaulois. Vénus, qui fait partie de ce bas-relief, estfigurée par une femme nue, qui n’a qu’un bout de sa robe sur le bras gauche,et qui de 1 autre paraît relever le voile qui lui couvrait le visage. Ainsi Vénus,déesse des grâces et des amours, embellit de ses formes agréables l’autel del’antique Lutèce. Les Parisiens lui adressaient des vœux pour la prospé-rité de leur commerce.
Enfin sur le dernier bas-relief du quatrième autel on a sculpté deuxfigures qui paraissent être deux divinités. La première est tellement dé-gradée , qu on ne saurait la reconnaître. Le reste d’un caducée et le bonnetailé ou le pétase qui couvre la tête de la seconde indiquent assez quellereprésente le dieu Mercure.
Il est certain que le culte de Mercure s’est répandu sous des noms diffé-
(1) Voyez les mémoires de l’académie des inscriptions , t. ô.
M. Johanneau (t. 1 " des mémoires de l’académie celtique) dit qu’au lieu de cernunnosil faudrait lire kernounnos , comme prononçaient les Latins, mot qui vient du celtiquekebnOvnn, qui signifie cornes de taureau. Dans ce cas-là, dit-il, le nom de kernounnos ,répondrait à tauricornis , nom latin de Bacchus, et a tauroceros , nom grec identique dumême dieu. Leibnitz , qui a écrit aussi sur ce monument, trouve le nom de Bacchusdans le mot cernunnos, parce que, dit-il, keiien ou cuern, en vieux celtique aussi-bienqu’en hébreu , et HpRN en langue germanique, signifient des cornes.
(2) Sénat des Gaules. Voyez Abrégé des révolutions de l’ancien gouvernement français ,par Thouret , p. 3 et suivantes
( 3 ) Nous donnons ici les figures telles qu’elles se présentent à la vue, et nous n’avonspas cru devoir suppléer aux dégradations qu’elles ont éprouvées, dans la crainte decommettre des erreurs; et si nous les décrivons, c’est que, pour les yeux exercés, lesformes et les attributs qui caractérisent chaque personnage sont encore visibles. Il existeun cinquième autel que nous n avons pas fait graver, attendu qu’il 11e représenteplus qu’une pierre carrée, sur laquelle est un seul torse, trop fruste pour être dessiné.