ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE
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placent le gouvernail et servent à le diriger. Au milieu, près du mât , onaperçoit une chambre pour les passagers; elle a la forme d’une église , cecpii autorise à croire qu’elle servait aussi au service divin. La quille s’élargitgraduellement de l’arrière à l’avant, et se termine en pointe pour mieuxf'endi'e l’eau.
PLANCHE XII.
Louis-le-Débonnaire . Toutes les statues qu’on voit sur celte planche sontremarquables par la vérité des formes et des draperies , ainsi que par lasimplicité du travail. Elles ont été refaites sur d’anciens modèles sous lerègne de la reine Blanche et le ministère de Suger , lors de la restauration del’église de Saint-Denis . La première, sculptée en pierre, de grandeur natu-relle , ornait le tombeau de Louis-le-Débonnaire , enterré dans l’église Saint-Arnoult de Metz. Sa longue robe et son sceptre sont remarquables. La robe ,semblable à celle des lévites chez les Hébreux , est brodée au cou, aux poignetset au bas. On ne connaît que deux autres statues des rois de France avec unsceptre orné de feuillages, comme celui-ci, celle de Childebert du portailde Saint-Gcrmain-des-Prés, et celle de Louis-le-Jeune , dont nous parleronsplus tard.
Louis et Carloman , deux statues en pierre de grandeur naturelle. Ellessont à Saint-Denis , où elles décorent les tombeaux des deux frères. Ellesdatent du douzième siècle.
Eudes. Cette statue date de la même époque, et se voit au même endroitque les deux précédentes.
Louis d’outremer . Cette statue se voyait à la droite du maître-autel del’église de lleims, où fut enterré le prince. Il tient à la main son sceptre,terminé par une pomme de pin. L’habit, la chaussure et la composition dela statue , tout se ressent du temps barbare où elle a été érigée.
Lotiiaire. Cette statue faisait le pendant de la précédente. La couronne duroi n’est qu’un cercle orné de quelques fleurs. Il est vêtu d’une funique etd’une chlamyde brodée sur les bords. Aux pieds du roi on voit un hommeassis sur la première estrade, dans l’attitude d’un serviteur qui l’auraithaussé.
Hugues Capet. Statue en pierre de grandeur naturelle , posée à Saint-Denis près celle du même prince dont nous avons déjà parlé.
Robert. Même dimension , même vêtement , même date d’exécution.L’auteur de la vie de Robert nous apprend que ce roi portait la barbecourte, ce qui s’accorde bien avec ce que nous voyons ici. Celte statue est àSaint-Denis .
Constance. La statue de Constance, femme de Robert , de même propor-tion et de même matière que les piécédentes , est aussi à Saint-Denis ; elleest vêtue de l’habillement royal, et porte le voile de veuve.
Henri T r . Cette statue , en tout semblable aux autres, est également à Saint-Denis ,
Sceaux des rois de France depuis Pépin jusqu’à Henri i cr . Fig. i. Pépin estici sans barbe ; 1 inscription Pepinns imperator semblerait indiquer qu’ilait quelquefois pris le titre d’empereur , ce dont l’histoire ne fait cependantnulle mention. — Fig. 2. Ici Charlemagne 11e prend que le titre de roi desFrançais : l’inscription peut se traduire ainsi, Christ, protégez Charles,roides Français. — Fig. 5 , autre sceau de Charlemagne . Sur celui-ci il prend letitre d’empereur. — Fig. 4 > troisième sceau de Charlemagne . L’empereurest couronné de lauriers. — Fig. 5 et 6 , deux sceaux de Louis-le-Débonnaire .L’inscription de la première est la même que celle de la fig. 2 ; celle de laseconde est tellement effacée quelle n’est plus lisible. — Fig. 7, sceau du roiEudes . Le buste du roi est ajusté à la manière des anciens. — Fig. 8, sceaude Louis iv, dit d’Outremer. Le roi est représenté avec une couronne radiale,ce qui ne se voit qu’aux statues des rois de la cathédrale de Chartres . L’a-brégé du nom du roi est ainsi écrit, HLVZ, pour Hludovicus . — Fig. 9,sceau de Clotaire , fils de Louis iv. La forme de sa couronne est singulière ;d’une main il tient son sceptre et de 1 autre une lance.—Fig. 10 et 11, sceauxde Hugues Capet et de Robert . L un et 1 autre tiennent d’une main le bâton dejustice, et de l’autre un globe. Ces deux sceaux sont d’un travail extrêmementgrossier. — Fig 12, sceau d’Henri T r . Le roi tient d’une main une lleur delis, et de l’autre la haste , que nous avons vue dans les mains de Charles-le-Chauve et de Lothairc, planches XI et XII.
PLANCHE XIII.
Statues tirées du portail de l’église Notre-Dame de Chartres . On voit dans1 histoire de l’église de Chartres (1) qu’apres avoir été pillée et incendiée parles Normands en 858 , réparée par l’évêque Gilbert, et incendiée de nouveauen 962, suivant les uns, ou en 970 , selon les autres, elle lut enfin frappéepar la foudre en septembre 1020, sous l’épiscopat de Fulbert . Le triste étatauquel se trouvait réduite celte église attira l’attention de plusieurs princeset grands seigneurs, qui, à l’instigation du savant évêque, rivalisèrent dezèle pour concourir à sa reconstruction. Des sommes considérables furentfournies par les rois de France , de Danemarck, d’Angleterre (2); le comte
(1) Rouillant, Histoire de l’église de Chartres , première partie, p. ) 5 o.
(2) De là sans doute l’opinion populaire que l’église de Chartres a été bâtie par lesAnglais . Nous prouverons plus tard que cela n’est pas.
de Chartres, Eudes; Richard, duc de Normandie; Guillaume, duc d’Aqui-taine , et beaucoup d’autres ; mais la réédification de l’édifice ne fut totale-ment achevée qu’après la mort de Fulbert , arrivée au mois d’avril 1028, cequi fixe sa fondation d’une manière précise au commencement du onzièmesiècle : nous disons sa fondation, car les travaux exécutés alors pouvaienten effet plutôt passer pour une construction nouvelle que pour une simplerestauration.
Le grand portail dé l’église se compose de trois portes dessinées en ogive,et formant autant de portiques séparés. Celle du milieu est distinguée desautres par le nom de Porte-royale. Tout le portail est orné de vingt-unefigures de grandeur plus qu’humaine.
Monlfaucon, qui a fait graver plusieurs de ces figures, mais d’une manièreinexacte (Monarchie franc., t. 1, p. 57), et même tous ceux qui ontparlé de l’église de Chartres , en font remonter l’exécution au temps de lapremière race. Elles représentent, disent-ils, des personnages inconnus.Voilà deux points à discuter, et d’abord le temps de l’exécution; celui-làune fois décidé doit nous aider à découvrir l’autre.
Lorsqu’on a rebâti l’église de Chartres , dit Montfaucon, on appliqua auportail les anciennes figures que l’on avait conservées; « Si le frontispice deChartres n’est pas de la première église , on y aura apparemment transportéles statues des rois et des saints qui étaient de cette même église, comme 011a fait à la cathédrale de Paris . » Un autre motif de leur jugement, c’est queles figures que nous donnons n 03 2,6 et 8 sont recouvertes du nimbe. Nousconviendrons encore, si l’on veut, que ces statues, dont les vêtemens sontd’une richesse et d’une beauté étonnante , se sentent du style et du goûtoriental, qui régnaient dans les arts sous les rois de la première race ; qu ellesont une ressemblance singulière par l’ajustement des draperies et par leursattitudes avec les figures de Clovis et de Clotilde (voyez planche VI ) ; qu’ony voit des couronnes et de longues tresses de cheveux, comme à ces der-nières, des tuniques et des chlamydes chargées de broderies parfaite-ment semblables; et cependant, loin d’adopter le sentiment des savansqui nous ont précédé, nous croyons que toutes ces figures et celles quenous avons fait graver datent du onzième siècle, et non de la premièrerace. Plusieurs raisons nous portent à penser ainsi. D’abord il est plusnaturel de penser que ces statues datent de la dernière restauration , etqu’elles représentent toutes les personnes qui ont contribué par leurs bien-faits, soit à la fondation primitive de l’église , soit aux restaurations faitesen 858 ou en 1020. Et un examen attentif du monument nous a confirmédans cette opinion : i° nous avons retrouvé en effet dans la sculpture duportail de l’église de Chartres une parfaite ressemblance avec celle du portailde Saint-Denis , désigné sous le nom de porte des Valois, bâti par l’abbéSuger , et avec les statues du petit portail de Notre-Dame de Paris du côtéde l’archevêché; 2° le style des draperies et des ornemens, ainsi que le goûtdu dessin du onzième siècle ; 3° enfin les colonnes arabesques, sculptées àjour et ornées de figures d’enfans et d’animaux, sont parfaitement semblablesà celles du portail Saint-Denis , que nous avons fait graver, et dont il sera faitmention plus tard. Chaque figure porte sur une console, et est accompagnéede deux colonnes de cette espèce.
Par suite de la manière de voir des mêmes auteurs, toutes ces figures re-présenteraient des personnages inconnus; mais, au lieu d’en rapporter l’exé-cution à la première race, quon la fixe à l’époque que nous indiquons,tout s’explique et vient donner une nouvelle force aux présomptions quimilitent en faveur de notre opinion (1). On croit pouvoir affirmer qu’exceptésix de ces figures , dont trois, debout, représentent des saints , trois autresrenversées , le reste sont les personnages qui ont contribué à la fondation ouaux diverses réparations de l’église ; car on peut remarquer que les fig. 2,5,6, 7 et 8, tiennent des livres ou des rouleaux de papier ou de parchemin, ce quine peut désigner que les fondateurs ou les bienfaiteurs de l’église. En sup-posant ce point historique constant, nous croyons que les figures de laporte principale ou royale, représenteraient les premiers fondateurs de[église ; celles de la porte du côté droit, ceux qui auraient contribué à sarestauration sous l’épiscopat de Gilbert; et enfin celles de la porte à gauche,les rois, les reines, les princes et les princesses qui ont secondé les effortsde Fulbert en 1020. Ainsi Robert-le-Pieux , qui occupait alors le trône deFrance, figurerait au milieu de Constance d’Arles et d’Adélaïde de France sa fille. (Voyez les fig. 4 et 5.) Comme nous n’avons gravé qu’une partie desfigures , nous nous occuperons plus particulièrement de celles que nousdonnons séparément, sans toutefois les désigner positivement.
Porte royale. Sur la porte du milieu à droite, on voit Clovis, Clotilde (2),Childebert et Ultrogothe sa femme (5) . désignée par le n° 2.
(1) S’il est vrai que les église sbâties dans les 6.% 7.' et 8.” siècles étaient en bois, etcouvertes de chaume; il est sûr qu’elles n’étaient pas ornées de statues. C’est de cettemanière que Clovis fit bâtir l’église cathédrale de Strasbourg , vers le commencement du6.' siècle. Voy . Essai hist. de la cathédrale de Strasbourg , par l’abbé Grandier, 1. p,
(2) L’église de Chartres , brûlée en 858, n’avait été bâtie vraisemblablement qu’avecl’agrément de Clovis , sur l’ancienne crypte ou souterrain qui subsiste encore, et danslequel on célébrait lés mystères de notre religion lorsque le culte chrétien n’était pasencore permis. Ainsi il n’est pas étonnant de voir la statue de Clovis et celle de Clotilde orner la principale porte ; d’ailleurs les églises étaient censées sous la garde des rois ; etc’était un droit commun aux fondateurs et aux saints à qui elles étaient dédiées d’avoirleurs statues placées sur quelques parties de l’édifice-
(3) Childebert publia une charte qui ordonnait la destruction des idoles et des figuresconsacrées au démon dans tonte l’étendue de son royaume. [Voy. Yély, t, î/p. 88.)