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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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DES MONUMENS DE LA FRANCE .

simplicité et de la sagesse dans la composition des sujets, de la beauté dansles têtes des personnages, de la noblesse et du goût dans l’ajustement desdraperies.

Geoffroy-le-Bee. La gravure que nous donnons du tombeau en cuivreémaillé de Geoffroy-le-Bel, ou Plante-Genest, comte du Maine et d’Anjou , aété faite d’après un dessin original de notre collection, qui passe pour êtrecelui qui a servi à l’exécution du monument.

Ce mausolée, de deux pieds et demi de haut sur un pied et demi de large,consistait dans une simple plaque en cuivre émaillé, qu on voyait dans la nefde l’église cathédrale de Saint-Julien du Mans , attachée contre le deuxièmepilier à gauche, près du jubé. Le comte est représenté avec ses armes, barbu,le casque en tête, et vêtu de deux tuniques, une courte et une longue:celle-ci a des manches étroites qui descendent jusqu’aux poignets. Toutes deuxsont ornées de dessins variés et de bandes brodées en or, comme celles quel’on voit à la statue de Louisiv, du portail de Chartres , désignée à la planche XIIIpar le n° 8. Par-dessus la seconde tunique il porte une espèce de corsetmaillé en fer, et un manteau d’étoffe orné d’une large broderie et doubléd’hermine. De la main droite il tient son épée, de l’autre un bouclier surlequel on voit quatre lions. (Voyez la tapisserie de la reine Mathilde, plan-ches XVI et XVII; et planche XV, deux guerriers de la même époque. )

Cette figure, dessinée sur un fond de mosaïque bleu et or, occupe lemilieu d une espèce de portique formé d’un cintre et de deux colonnes,autour duquel on lit, Geoffroy-le-Bel, comte du Maine, fils de Foulques,comte d’Anjou et du Maine , qui mourut le 7 septembre Van 1 ]5o.

Tombeau d’Henri-Sanguier. Sur ce tombeau, en pierre de liais, Henri-Sanglier, archevêque de Sens , mort en n44i est représenté de grandeurnaturelle. Sa figure est gravée en intaille, et la place des traits est rempliede mastics de différentes couleurs. Le prélat, revêtu du pallium , foule auxpieds le démon, figuré par un dragon furieux ; il est coiffé de la mitre ,vêtu du rochet et de la chape; il tient sa crosse d’une main, et donne del’autre la bénédiction. De chaque côté de sa tête est un ange debout sur desnuages, tenant un encensoir. ( Voyez une ancienne peinture représentant unpape,gravée planche VII.) Autour de la tombe on lit ces mots : Henrioas,aper archiepiscopus senon. obiit an Q. a xt. tv.

Louis-le-jeune . Par son testament, Louis vu, surnommé le Jeune, mortà Paris l’an 1180, demanda que son corps fût transporté à l’abbaye de Bar-beau, qu’il avait fondée. Ses dernières volontés furent exécutées, et lareine son épouse lui éleva dans cette abbaye un mausolée sur lequel futsculptée la statue du roi, de grandeur naturelle. Le roi y est représentébarbu, revêtu de deux tuniques et de son manteau royal. Une de ses mainsest posée sur son cœur, il tient son sceptre de l’autre.

Cette statue était coloriée dans toutes ses parties, selon le goût du temps.La première tunique, à manches longues, était d un violet fonce; la seconderouge, et le manteau doublé d’hermine bleu. Le tout était orné de broderiesd’or, dont les dessins ont de la ressemblance avec celles des fîg. 7 et 8 duportail de la cathédrale de Chartres et de Geoffroy-le-Bel, gravées sur cetteplanche et sur la planche XIII. Les bottines du roi étaient écarlate, avec desbandes de drap d’or.

En 1569, Charles ix fit ouvrir le tombeau de Louis-le Jeune . On y trouvases ornemens royaux à demi-consumés ; il avait des anneaux aux doigts etune chaîne d’or au cou , que prirent le roi et les princes qui l’accom-pagnaient pour les porter, dit Mézeray, en mémoire d’un si bon et si religieuxprédécesseur. (Voyez Velly, t. 5 , p. 220.) Ce tombeau tombait en ruine; ilfut restauré en 1645 5 mais , en 1793, 1 abbaye ayant été vendue, le tombeaufut démoli entièrement, la statue brisée, et le corps du monarque fut déposédans une fosse creusée dans l’église , où il est resté jusqu’en 18*7, où il futtransféré à Saint-Denis . Il y a tout lieu de penser que la tète de la statue a étérefaite en i645, lors de la restauration du tombeau; car le roi devait être,dans le principe, représenté sans barbe, comme 1 histoire nous l’apprend. Onsait que, sous son règne, l’usage de porter la barbe cessa jusqu’au temps deFrançois I er ; et voici à quelle occasion. Les laïques seuls avaient le droit dese laisser croître la barbe: il était défendu aux prêtres de la porter. Un jourPierre Lombard, évêque de Paris , plus connut sous la dénomination demaître des sentences, alla trouver le roi dans son palais, et, après lui avoir faitdes reproches sur la cruauté qu’il avait exercée en faisant brûler trois millecinq cents Champenois dans l'église de Vitry , où ils s’étaient réfugiés, ildétermina le prince à se laisser raser le menton en expiation de son crime.Dès ce moment le peuple français, à l’imitation de son roi, des princes et des 'seigneurs de la cour, cessa de porter la barbe.

Le roi David. La figure du roi David est sculptée sur le grand portail del’église de Saint-Denis; il est vêtu de la même manière que les rois de France qu’on voit sur la porte de la même église dite des JAMois ( voyez planche XX),bâties l’une et l’autre par l’abbé Suger ; c’est-à-dire quil porte une tuniquelongue à manches larges et un manteau. 11 tient une espèce de guitare, delaquelle il tire des sons avec un archet. On remarquera que cet instrumenta six cordes ; c’est que déjà et depuis le règne de Robert, qui était lui-mêmemusicien , chantait et composait des hymnes, Guy, religieux d’Arezzo, avaitdécouvert la musique à plusieurs parties, trouvé les lignes de gamme, etemployé les six monosyllabes ut, ré, mi, fa, sol, la, pour indiquer le degrécpi’on devait donner à chaque ton. (Voyez Précis de l’histoire des arts.)

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Statues dtj tempue de Montmorillon. Le temple de Montinorillon , petiteville du département de la Vienne , connu sous le nom d 'octogone de Mont-morillon , que Montfaucon , dom Martin et plusieurs autres antiquaires ontconsidéré comme un temple des druides, ne date que du onzième siècle. On yvoit tous les caractères de l’architecture de cette époque, et particulièrement:des voûtes en ogives, genre d’architecture qui ne fut introduit en France qu’au retour des croisades. (Voyez Précis de l’histoire des arts, où ondéveloppe ce point historique.) La construction de ce petit temple, faite selonles lois de l’acoustique, est remarquable, comme l’était celle de la tour deSaiut-Martin-des-Champs à Paris , et comme l’est encore la grande salle del’Observatoire (1).

C’est dans cette église, dite Notre-Dame de Pitié, que se trouvaientles figures singulières que nous avons fait graver, et qu’on peut comparer àcelles de Clovis et de Clotilde, et à celles du portail de l’église de Chartres .(Voyez planches VI et X1IL) Nous reconnaissons le même style dans h? dessin,la même allure dans les attitudes , la même ondulation dans la chevelure etdans la barbe; nous y voyons les mêmes tresses de cheveux , qui descendentjusqu’aux genoux des femmes; les mêmes vêtemens, ainsi que la mêmemanière de travailler la pierre ; enfin le même emploi de la gradine pourrendre l’efFet des étoffes de gaze ou de crêpe brochées en soie et faufilées delames d’or. Elles ont au surplus dans l’exécution tous les caractères quidistinguent la sculpture du onzième siècle, qui n’était qu’une imitation decelle des premiers temps de la monarchie.

Montlaueon n’avait publié que huit de ces figures, les seules qui fussentconnues de son temps; mais, en démolissant un petit mur intérieur, que lesmoines avaient fait élever sans doute pour dérober la vue de figures qu’ilsregardaient comme profanes ou indécentes, on en a trouvé cinq autres, quenous donnons également. Nous avons déjà eu lieu d avancer et nous pensonsencore (1) que ces sculptures sont plus anciennes que l’edifice existant, surle portail duquel elles auraient été placées après coup; qu elles y occupaientles places destiuées aux figures des rois, des reines, des princes et des ton-dateurs du monument, selon l’usage du temps. Nous avons reconnu eneffet qu’elles datent du onzième siècle, quelles ornaient effectivement l’an-cien portail de la chapelle, où elles étaient divisées par groupes, comme lemontre la gravure; mais que, déplacées pour des réparations à une époquemoins ancienne, on les a réunies dans l’intérieur de l’église, où on les voità présent.

Maintenant, si nous cherchons les sujets que représentent ces sculptures,nous différerons de l’avis de ceux qui n’ont voulu y voir que des figures desaints; nous pensons que l’artiste, dirigé par des hommes plus savons quelui, a eu différais buts dans l’exécution de ces statues, dont on a cherchétrop loin l’explication. Sans doute on ne saurait nier que les deux figuresnues ne soient des figures allégoriques et tout-à-fait séparées des autres,tandis que toutes celles qui sont drapées forment des groupes et paraissentconcourir à rendre une seule idée, une seule action.

Fig- 1 ? 2 , 3,4 et 5. La première représente une femme nue, écheveléetenant de chaque main un crapaud qu elle nourrit de son lait. Une figured’ange, n° 2, vient ensuite. Plus loin sont deux femmes, n os 3 et 4 , groupéesensemble; elles se tiennent enlacées d’une main, et portent l’autre sur leurcœur en signe d’amitié; le voile que l’une d’elles a sur la tête caracié, iso leveuvage. Ce groupe intéressant pourrait bien représenter la visitation, c’est-à-dire la sainte Vierge et sainte Élisabeth; mais, comme les deux figures nesont pas distinguées des autres par le nimbe, nous n’osons l’affirmer. Lafigure n° 5 est vue de face et dans l’altitude du calme pariait.

La figure n° 6 représente une femme nue, comme la première, allaitantdeux serpens. Le groupe suivant est composé des figures 7,8 et q ; elles sontdrapées et barbues; 1 une tient un rouleau, une autre un livre; elles pourraientbien représenter les évangélistes. La figure 11 , jeune et sans barbe qu’onvoit au milieu du groupe suivant, nous paraît être saint Jean ; il lient un livrecomme les autres évangélistes. Les deux femmes n° s io et 12 seraient lesprincesses qui auraient participé à la fondation de l’église. La figure 3 estisolée; par ses cheveux tressés , sa ceinture longue, son surcot, tout son vête-ment enfin, elle ressemble à la figure de la reine Clotilde , planche VI, et à cédésdu portail de Chartres , planche XIII, dont nous venons de parler ; elle fouledu pied droit un monstre hideux, qui nous paraît être l’emblème du vice oudu Démon ; elle porte des gants , signe distinctif de sa haute naissance.

On peut dire en résumé que ces différens groupes représentent les fon-dateurs de l’édifice , un ange protecteur de la fondation, les quatre évangé-listes , et peut-être le bien et le mal.

PLANCHE XIX.

Vue intérieure de u’église de Cutny. Avant la fondation de l’abbaye deCluny , il existait dans ce lieu, sous les dépendances de la cathédrale deMâcon , une chapelle sous l’invocation de Marie, mère de Dieu, desserviepar une société de prêtres, dont le nombre s’augmenta tellement, qu’il fallutdans la suite bâtir un couvent pour les loger et une église pour recevoir leconcours des fidèles qui s’y rendaient de toute part. Elle fut fondée l’an giopar Guillaume .i cr , duc d’Aquitaine et comte d’Auverge. Odon fut Je premier

(1) Cette construction 11’a de rapport avec celle dont il est question que parce qu’elleporte à une distance éloignée le son de voix le plus faiblement articulé.

(a) Mémoire de l’académie ceü., t. 3, p. 18.