DES MONUMENS
encore un canal, près duquel on entend, en prêtant l’oreille, un murmurequ’on dit être celui des eaux qui coulent sous terre. C’est dans cette église quese trouvaient les six statues que nous donnons ici.
Les noms des figures de femmes n M 1 et 2, et des deux figures d’hommesn os 3 et 4, nous sont inconnus; ce sont sans doute des bienfaiteurs de l’église. Lesfigures n° 5 et fi représentent le comte Guillaume ix , duc de Guyenne et comtede Poitou, qui s’était emparé de Toulouse et d’une partie du Languedoc ,avec la comtesse sa femme.
Les deux femmes figures 1 et 2 sont habillées à peu près de la même manière ;l’une porte une tunique longue à manches serrées dans la partie supérieure,et dont les extrémités, très-larges, sont arrêtées par un nœud de ruban versle milieu du bras. Par-dessus ce premier vêtement en est un second semblableau péplum des femmes grecques, qui se termine circulairement. Le tout estrecouvert d’un troisième vêtement a manches ouvertes et festonnées autour del’ouverture. Sa coiffure en cercle ressemble par-devant au bord d’un chapeauqui serait relevé pour laisser le front à découvert; par-derrière un voiletombe sur ses épaules. L’autre figure, vêtue d’une espèce de corset à manches,boutonné par-devant, paraît retenir avec ses mains le haut d’une tuniquequ’on passerait par-dessus le premier vêtement. A son bonnet est attachée uneguimpe qui descend jusqu’à la naissance de la gorge.
Les deux statues d’hommes, figures 3 et 4, ont un costume religieux. Le pre-mier, vêtu d’une longue robe retenue au milieu du corps par une ceinture decuir, est coiffé d’un bonnet d’où pend un grand voile semblable à ceux queportent les prêtres grecs, dont au surplus tout le costume a du rapport aveccelui-ci. Par-dessus la même robe, le second porte une espèce de tuniquecourte à manches larges, également serrée avec une ceinture de cuir. Le voilequ’il a sur la tête paraît être attaché à son bonnet, que nous supposons êtrede feutre noir. Tous les deux sont barbus.
Fig. 5 . On reconnaît le comte de Toulouse et de Poitou à sa couronne ,sous laquelle il porte une espèce de calotte à oreilles qui lui couvre entière-ment la tête , et à l’épée qu’il tient à la main. Ses cheveux sont courts et sabarbe touffue. Il est vêtu d’une longue tunique dont les manches serréesdescendent jusqu’aux poignets, et par-dessus d’une espèce de casaque àmanches larges, dont le collet rabattu est brodé : cette casaque ne descendque jusqu’aux genoux. La comtesse, n° 6, tient un cœur de la main droite;mais on ne sait ce qu’a voulu figurer le sculpteur dans la gauche. Au sur-plus , son costume mérite d’être remarqué. Elle porte une tunique longue,assez large par le bas pour former des plis très-amples, qui montent jus-qu’au haut du cou de manière à dessiner la gorge, où elle se ferme pardes boutons. Par-dessus est une espèce de casaque ouverte par-devant jusqu’àla ceinture, et serrant la taille à l’aide d’un lacet, avec des manches sem-blables à celles d’une chemise d’homme, au milieu desquelles est un lacetorné de perles. Un bonnet orné d’un ruban brodé cache sa chevelure et lui
couvre entièrement la tête.
Nous ne garantissons pas la vérité historique des costumes de ces statues,dont l’exécution est postérieure au temps où vivaient les personnages quellesreprésentent; on pourrait peut-être les attribuer à Nicolas Bachelier, célèbresculpteur et architecte, surnommé le Michel-Ange toulousain (1), quiflorissait en i 5 oo.
L’abbé Sucer , vitrail de l’église Saint-Denis. On sait que 1 abbé Suger mitla plus grande somptuosité dans la décoration de son église. Si on consultel’histoire latine et manuscrite de son gouvernement, on y trouvera au long ledétail des dépenses qu’il fit pour les vitraux et le luxe qu’il mit à leurexécution. Il avait recherché , y est-il dit, avec beaucoup de soin « des« faiseurs de vitres et des compositeurs de verre de matières très-exquises, à« savoir de saphirs en très-grande abondance, qu’ils ont pulvérisés et fondus« parmi le verre pour lui donner la couleur d’azur » ; ce qui le ravissaitvéritablement, ajoute le père Doublet, de qui nous empruntons cette tra-duction. « Il avait fait venir, continue le savant bénédictin, les plus subtils« maîtres pour faire les vitres peintes depuis la chapelle de la Sainte-Vierge « dans le chevet jusqu’à celles qui sont au-dessus de la porte d’entrée de
« l’église (2). »
Suger avait mis à la tête de celte grande entreprise un maître de 1 arttrès-expert, et établi des religieux pour surveiller les travaux et les ouvriers ,et leilr fournir au fur et à mesure les matières précieuses dont les vitres sontcomposées.
(«) Il avaitété élève de Michel-Ange. On lui rendit à Toulouse les plus grands honneurs ,et son portrait fut placé dans la galerie du Capitole, au nombre dé ceux des hommesillustres.
(a) Suivant dom Bouquet, Suger appela des peintres, des orfèvres et des vitriers dediverses contrées pour l’embellissement de l’église de Saint-Denis . Ascitis melioribusquos invenire polui de diversis partibus pictoribus ..... per piures auri fabros lotba-
ringos . vitrearum magistrorum de diversis nationibus manu exquisitâ depingi
fecimus. (Suger , de administ. suâ.—Apud D. Bouquet, t. 12, P- 9 6 > 97 > 99 et 101.)Comme on le voit, suivant le témoignage de Suger lui-même, d employa des artistesfrançais et lorrains aux travaux de son église. « 11 doit paraître certain, dit M. Émeric« David (Disc. hist. sur la peint, moderne, p. 219), que tous ces artistes étaient Français ,« Allemands et Italiens. Si Suger eût appelé des artistes grecs, il n’aurait pas manqué de« le dire ; cependant il est quelques tableaux peints sur verre à Saint-Denis dont la« composition sévère, le style grandiose et le dessin ferme annoncent des principes de« l’école grecque, où s’étaient formés les peintres français et italiens. »
On ne peut clouter que l’abbé Suger n’ait donné des saphirs, puisqu’il ledit lui-même; mais nous pensons que dans cette circonstance il a été ladupe des peintres qu’il a employés ; chose d’autant plus facile à croirequ’on sait qu’ils se cachaient pour travailler, et prétendaient faire un secretde l’art de peindre sur verre; car le saphir n’est pas fusible; il s’évapore aufeu comme le diamant, et ne peut par conséquent servir à la composition duverre. Il est vrai que la couleur bleue des vitres de Saint-Denis est si belle,qu’elle a l’éclat du saphir; ce qui lui fit donner le nom de saphirine; maispersonne n’ignore que cette couleur est le produit du cobalt, comme le rougepourpré et le jaune doré sont le produit des chaux d’or et d’argent. Nousl’avons bien remarque, les bleus saphinsés des vitres de Saint-Denis sontdes émauxsaillans,coulés et fixés sur le verre au moyen du feu, comme celase voit sur les anciennes porcelaines du Japon . L’exécution en a été d’autantplus aisée que les pièces de verre sont extrêmement petites.
La figure de l’abbé Suger , tirée de ces peintures sur verre, est une espècede grisaille, c’est-à-dire que c’est un trait simplement dessiné sur le verreavec un oxyde de fer, comme le sont généralement toutes les ombres quel’on fixe sur le verre en le passant au feu, mais qui ne s’y incorporent pas ;les carnations, pointillées ou hachées comme le serait un dessin, faites parle même procédé, sont extrêmement légères. Suger est représenté couchédans la posture d’un bienheureux. Sa crosse est près de lui; sou vêtement estd’un blanc léger, sans doute le produit d’une chaux d’étain. Au-dessus de ceportrait précieux on lit ces mots , Sugerius abbas.
Raimond iv , et Guillaume iv , comte de Toulouse . La première représenteRaimond de Saint-Gilles en costume de guerre; il porte une cotte de mailles ,une cotte d’armes, des brassards et des cuissards ; il a aux jambes une espècede pantalon de peau de daim ; la croix figurée sur sa cotte d’armes indiquequ’ils’est croisé; il est coiffé d’une cornette nouée sur l’oreille. Guillaume, vêtucomme le précédent, porte la main gauche sur la garde de sou épée, et tientune hallebarde de la droite; il a la tête nue, et porte, comme Raimond, unecroix sur sa cotte d’armes (1). L’un et l’autre sont barbus.
Pavé de l’église de Saint - Denis , gravé en creux. Ce pavé est uneespèce de mosaïque, dont les dessins, d’un excellent goût, sont taillés encreux assez profondément sur une pierre de liais très-fine et très-dure etremplis d’un mastic de différentes couleurs, composé de résine et depoix. Cette pierre servait de pavement à l’une des chapelles qui sont à lagauche du chevet de l'église. Les dessins forment une espèce de calendriercomposé des douze mois de l’année et des signes du zodiaque, dont il ne resteplus que le sagittaire.
Le centre du pavé est séparé des sujets représentés par une espèce demosaïque formant arabesque. On y voit des losanges, dans le centre desquelsest un lion. Tout à l’entour de cette mosaïque règne un cadre dans lequel sedessinent treize médaillons agréablement entourés de feuillages. Dans le pre-mier médaillon est représenté le mois de janvier : on voit un homme assisprenant un repas. Février est figuré par un homme qui se chauffe à sonfoyer ; mars par un autre personnage qui émonde un arbre; avril par deuxjumeaux qui se donnent la main ; mai par un seigneur à cheval partant pour lachasse avec un faucon sur le poing ;juin par un homme qui fauche un pré;juillet, un homme scie le blé; août, un bateur en grange; septembre, unhomme ensemence son champ; octobre , la vendange; novembre, la rentréedes vins; et décembre, un marchand de porcs qui conduit son troupeau aumarché. Le sagittaire est figuré sur le dernier médaillon. Le cadre qui enve-loppe le tout se compose de deux petites colonnades à jour formées en ogive,d’une figure d’homme à tête de coq, vêtue d’une tunique courte ; enfin d’undessin arabesque divisé en plusieurs compartimens ornés de fleurs, d’oiseaux,de chiens et d'autres animaux (2).
Tau , ou béquille en bois et en ivoire ( 3 ). Ce monument curieux, que nousavons fait graver sous deux aspects, est en buis. Un lion debout lui sert depoignée : 1 animal est posé sur un socle dans lequel sont incrustés plusieurspetits médaillons en ivoire. Plus bas on voit le pape accompagné de troisévêques à genoux, sculptés en relief et en ivoire, et placés sous quatre petitsportails d église très-bien travaillés : le tout est posé sur une base circulaireornée de dix masques composés dans le style antique, et pris dans la mêmemasse de buis. Ce tau est chargé de plusieurs inscriptions, aussi sculptées enrelief, et figurées comme sur la gravure : dans la partie supérieure ou lit,lex Dei vera est, omne malignum; dans la partie inférieure, per crucishoc signum fugiat. De petites incrustations en verre de couleur, placées avecbeaucoup d’art, concourent à la perfection et à la beauté de ce petit meuble. Lacanne qui forme son prolongement, ou la partie inférieure du tau, égalementen buis, cannelée dans toute sa longueur et terminée par un ornement en ivoire,est, quoique d’un goût fort simple, aussi soignée que la partie supérieure.
Chapiteaux de l’église d’Issoire . Ces chapiteaux datent-du dixième siècle;ils sont tous de la nef de 1 abbaye Saint-Austremoine, a Issoire en Auvergne .Leur composition singulière mérite d’être remarquée.
(0 Ées croisés recevaient de la main d un prêtre ou de quelque autre ecclésiastique unecroix d’étoffe rouge, qu’ils plaçaient sur leur chaperon ou sur l’épaule gauche. (VoyezRechercâ. sur tes costumes, etc., par J. Maillot et Martin, t. 3 , p. 70.)
(2) La partie non dessinée est celle qu’occupait l’autel. Ce pavé curieux, que nous avonssauvé du pillage de -1793, a été rendu à l’église de Saint-Denis .
( 3 ) Ce monument curieux fait partie des pièces de notre cabinet.