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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE

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3 , nef formée par douze piliers ; elle est divisée en deux parties par troismarches qui la traversent en totalité; 9 et io, chapelles où sont placées lestombeaux d’Henri 11 et de Louis xn; 11, chapelle où se voit le beau et ma-gnifique mausolée de François i er ( 1 ); 12, les six chapelles des bas-côtés, tenantà la nef; 1 3 , ouvertures donnant dans la nouvelle église ; il \, plan de la nou-velle église ordonnée par Bonaparte , qui voulait en faire la paroisse de laville : celte petite église a été commencée par M. Célerier, qui en avaitconcu le plan , et qui eut le bon esprit de se conformer au style de l’ancienne,à laquelle elle est contiguë : M. Debret en dirige aujourd’hui les travaux ;\ 5 , ancien porche à gauche, et à droite en entrant ; on voit les tombeaux deDagobert i cr et de la reine Nanthilde sa femme. (Voyez planche XXII.)

L’église Saint-Denis est une de plus belles qui ait été bâtie dans le goût quel’on appelle gothique : nous la classons au nombre des édifices sarrasinsdu second style. (Voyez ce qui est dit dans le Précis historique de cegenre d’architecture, improprement appelée gothique. ) La distributionintérieure de cet édifice est noble et majestueuse. La colonnade du cheveta quelque chose de grand et de pittoresque qui charme la vue ; 1 élévationhardie des voûtes, la forme ogive de leurs cintres ; le nombre et la légèretédes colonnes des galeries supérieures qui tournent sans interruption autourde la nef, du chœur et du chevet; la variété des chapiteaux et des orne-mens, tout cela est véritablement grand, et inspire le recueillement et lapiété.

En résumé, la construction de l'église de Saint-Denis se rapporte à plu-sieurs époques ; la crypte, ou l’église souterraine, date de 775; ce qui a étébâti par Suger , de 11/|0; et les reprises , les restaurations des voûtes, du che-vet, et les travées du chœur, de ia 3 i. Ces ouvrages furent exécutés sous lagestion de l’abbé Eudes Clément, par ordre de la reine Blanche, selon Gui -laume de Nangis et le moine anonyme, auteur cl’une chronique de saintDenis. Le premier dit que les restaurations ne furent tout-à-fait achevéesqu’en 1270, par les soins de Mathieu de Vendôme , régent du royaume du-rant la seconde croisade de saint Louis ; le second en recule même lepoquejusqu’en 1281, sous le règne de Philippe-le-Bel. En i 3 y 5 , Charles v fit con-struire de nouvelles chapelles et restaurer une partie de l’église ; ainsi l’étatactuel de cette basilique présente dans son ensemble cinq époques remar-quables de l’architecture du moyen âge (2).

La sacristie, d’une belle ordonnance , est décorée d’une boiserie magni-fique en chêne dans le goût corinthien, formant colonnade; de deux croiséesdemi-circulaires garnies de verres de couleur. On y voit dix tableaux denos meilleurs peintres, dont les sujets sont pris dans les faits historiques del’église Saint-Denis. Parmi ces tableaux on distingue ceux de MM. Gros, Guérin,Mesniers, Garnier et Monsiau .

Élévation principale de l’église de Saint-Denis . La façade principalede cette église est d’un aspect froid, mais sévère, où se trouvent toutes lesmarques d’une immuable solidité. Elle se compose de trois portes. Celle dumilieu est un plain-cintre ; les deux latérales en ogive surbaissées, qu’on doitconsidérer comme un des premiers exemples en France de l’introduction desarcs ogives; de deux tours, dont l’une est surmontée d’une flèche pyramidaleornée de plusieurs petites pyramides portées par des colonnes et des arcspercés à jour. La hauteur du grand clocher est de deux cent soixante-dix-septpieds; celle de la tour basse, de cent quatre-vingts; dans sa base, la façade aen totalité cent quatre pieds de largeur.

Pour la construction du grand portail et des tours, Fébilien et tous ceuxqui ont écrit sur l’église de Saint-Denis s’accordent à dire que l’abbé Suger fil abattre un gros portique sombre et obscur construit par Charlemagne . Sicela est, ce portique ne serait qu’une espèce d’arcade qui aurait lié et main-tenu deux tours qu’il était d’usage de placer en avant de l’église et en têtedu terrain ( 3 ) qui en dépendait, ainsi que nous l’avons observé sur l’abbayede Cluny . On commença par bâtir des tours , et ce ne fut que plus tard quel’on construisit les flèches et les clochers au-dessus des plates-formes ; c’estde là sans doute qu on voit a certaines églises deux tours, une sans flèche,et l’autre avec une flèche. (Voyez la cathédrale de Strasbourg et beaucoupd’autres églises du même genre. ) Les tours furent bâlies d’abord vis-à-visl’entrée de l’église, puis à côté de cette entrée (nous avons beaucoup d’exemplesde cet usage antique) ; mais, comme il en résultait un manque de symétrie,on bâtit dans la suite une tour de chaque côté de l’entrée.

L’abbé Suger voulut que les portes extérieures de son église fussent dé-corées de bronzes et de dorures ( 4 )- Le grand portail de Saint-Denis est décoré

(1) Ces beaux monumens, que l’on a vus pendant plusieurs années au musée des Petits-Augustins, et ilont il sera fait mention plus tard, ont été replacés et restaurés avec beau-coup de soin.

(3) Pour plus de renseignemens, voyez Histoire de Saint-Denis de Félibien ; Histoirede l’abbaye de Saint-Denis par Jacques Doublet ; Description historique de l’églisede Saint-Denis par M. Gilbert, Paris , iSi 5 , in-8°.

( 3 ) Ce terrain servait ordinairement de cimetière, comme c’est encore l’usage dans lescampagnes ; et nous en avons la preuve par les cercueils en pierre et les ossemens que l’ona découverts le 9 septembre 1811 dans les fouilles faites dans l’intérieur de l’église au pieddu porche.,

( 4 ) Éélibien ( Histoire de Saint-Denis ) dit que l’abbé lui-même est figuré sur le portailavec sa crosse et dans la même posture qu’on lui a donnée sur les vitreaux qu’il a faitpeindre à l’église haute. ( Y oyez planche XXI et XXIII. ) Il y a apparence que la figure de

de sculptures d’un goût sévère et assez bien exécutées. Au-dessus, et sur lesmontans des portes on voit plusieurs sujets du nouveau Testament ; Dieu lepère y est figuré assis, la tête appuyée sur un nimbe : Jésus-Christ au milieudes anges et des saints , qui garnissent les voussures, et qui sont censéschanter les louanges du Seigneur, car plusieurs tiennent des instrumens etdes livres ouverts : on y voit aussi la résurrection générale, les vierges sages etles vierges folles. On peut penser que, selon le goût de son temps, Suger avaitfait peindre et dorer toutes les figures, dont il reste encore des parties assez!bien conservées.

Les deux portails latéraux de cette façade sont ornés de plusieurs sculp-tures représentant la vie et le martyre de saint Denis et de ses compagnons.Sur les montans de la porte, du côté du clocher le plus élevé, se trouve unesuite de bas-reliefs formant des tableaux séparés par un encadrement, etreprésentant dix mois de l’année figurés par les signes du zodiaque, rangésen colonnes les uns sur les autres : ces tableaux forment des espèces depilastres sur lesquels les signes sont ainsi rangés. Première colonne , laviérge , le taureau, le bélier, les poissons et le Verseau; deuxième colonne ,les gémeaux', la balance, le cancer, le sagittaire et le capricorne. On remar-quera que ces signes ne sont pas placés dans leur ordre, et que le lion etle scorpion manquent. Les cinq autres bas-reliefs de chaque colonne sontautant de tableaux fantastiques dessinés dans le goût arabesque.

Sur l’autre porte latérale, des pilastres semblables représentent les travauxde la campagne ou de l’intérieur des maisons pour les douze mois de l’annéecorrespondans aux signes du zodiaque. Ces sculptures sont composées etajustées avec beaucoup d’adresse dans des ornemens circulaires, et sontsupérieures à celles de la porte de gauche, si on les considère sous le rapportde l’ajustement, de la richesse et du dessin. Il faut obsei’ver aussi que, dans ladistribution des tableaux qui composent ce second calendrier , le sculpteurifia pas suivi non plus l’ordre de la succession des travaux et des mois ; voicidans quel ordre ils sont placés. Première colonne, n°* 1 et 2, la moissonfigurée en deux tableaux ; dans le premier un homme coupe le blé, unautre homme le bat en grange dans le second. N° 3 , la vendange : un hommeà cheval sur un tonneau, rempli par un autre avec un vase. N° l\, la récoltedu gland, figurée par un personnage qui abat ce fruit, que mangent despourceaux placés au pied de l’arbre. N° 5 , un boucher tue et découpe desporcs. N° 6, l’hiver; il est figuré par un vieillard assis à table auprès dufeu. Seconde colonne , n° 7, un homme fauchant un pré. N° 8, un voyageur etson cheval, un bourdon à la main, désigne le temps de l’année où se font lespèlerinages. N° 9, un paysan plante de la vigne. N° 10, la taille des arbresest figurée par deux hommes tenant chacun une serpette à la main dans lemoment du travail; l’un d’eux est coiffé du cucullus, espèce de capuchondont se servaient les Gaulois. (Voyez planche V.) N° 11, une mère instruit sa filledans les soins du ménage. N° 12, le mois de janvier est exprimé par une es-pèce de Janus drapé à la manière antique, qui par son geste paraît annon-cer aux habitans de deux maisons, entre lesquelles il est placé, le renouvel-lement de l’année et le retour du printemps. ( Voyez lettre de M. Gentil,Journal de France, 6 avril 1789, les Mémoires sur les bas-reliefs deNotre-Dame , par M. Baurie de Saint-Vincent, Magasin encyclopédique,septembre i 8 j 5 , et les mémoires de l'académie, de 1788.)

Portail de 'l’église de Saint-Denis ( côté du nord). Outre le grand portailqu’on voit à la façade principale, dont on admire la solidité de la construc-tion et la richesse dans les ornemens, Suger en fit construire deux autres dechaque côté de l’église, l’un au nord, l’autre au midi. Le dernier a été détruitdans le commencement du dernier siècle pour construire la salle du trésor (1).Celui du côté du nord, que nous donnons ici, est parfaitement conservé. Ilse compose d’un grand arc en ogive, divisé en trois bandes, au centre du-quel est un grand bas-relief; de pilastres , de renfoncemens ornés de statuescolossales, et d’un pilier placé au centre de la porte, orné d’une statue de laVierge.

Le bas-relief du centre, divisé en deux parties , représente des sujets prisde la vie privée de Saint-Denis ; le supplice de ce saint évêque et de ses com-pagnons. La sculpture de ce portail est remarquable ; celle des montans for-mant pilastres de chaque côté de la porte est d un goût exquis , d un excel-lent dessin, et d’une parfaite exécution.

Les figures colossales placées ici représentent six rois de la troisième race ,Hugues Capet, Robert, Henri i cr , Philippe, Louis-le-Gros et Louis-le-Jeune .Les petites figures adossées sur les trois divisions du grand arc, au nombrede trente, représentent les rois qui ont régné jusqu’au moment de la con-struction de l’édifice ; en sorte que l’ensemble du portail présente une suitede trente-six rois de France .

PLANCHE XXL

Statues tirées de l’église de Saint-Sernin a Toulouse . Cette église est fortancienne, et d’un effet majestueux dans son intérieur. On croit qu’elle a étébâtie sur pilotis au milieu d’un lac ; dans le chœur, du côté de l’évangile , est

Suger, dont parle Félibien , a été enlevée depuis qu’il a publié son livre; car rien sur cesportes ne rappelle le célèbre abbé.

(1) On peut se faire une idée des sculptures qui les décoraient par les figures que Mont-faucon a fait graver. ( Monarc . française , t. 1 • ) Ge savant en parle comme les ayant vues.