antique, ces bas-reliefs, formant chacun une frise séparée et décorée defeuillages bien sculptés et de petites ogives découpées à jour, donnent autantde tableaux que le conte publié sur la mort de Dagobert offre de divisions.Voici un abrégé de ce récit fabuleux, tiré de l’Histoire de Saint-Denis par Félibien , p. 18.
« Un nommé Ansoalde , revenant de son ambassade de Sicile , aborda à« une petite île où vivait un vieil anachorète nommé Jean, dont la sainteté« attirait dans cette île beaucoup de monde qui venait se recommander à« ses prières. Ansoalde entra en conversation avec ce saint homme ; et, ve-« nant à parler des Gaules et du roi Dagobert , Jean lui dit qu’ayant été« sollicité de prier Dieu pour lame de ce prince, il avait vu sur la mer des« diables qui le tenaient lié sur un esquif, et le menaient en le flagellant« aux manoirs de Fulcain ; que Dagobert criait, appelait à son secours« saint Denis, saint Maurice et saint Martin, les priant de le délivrer et de« le conduire dans le sein d’Abraham . Ces saints coururent après les« diables, leur arrachèrent cette âme, et l’emmenèrent au ciel en chantant« des versets et des psaumes. •
A la première bande, c’est-à-dire celle qui vient immédiatement aprèsla statue du roi, on voit l’anachorète Jean qui, couché sur un lit, raconte àAnsoalde les aventures arrivées à l’âme de Dagobert . Un arbre marque, à lamanière des anciens, que ce qui suit n’a point de liaison avec la premièrescène. C’est ici que commence la représentation du conte. On voit sur lesflots de la mer une barque chargée de diables avec des têtes de monstres etdes pattes d’animaux ; ils tiennent lame du roi ; un d’entre eux lui ôte sacouronne, un autre conduit la barque avec une rame qu’il tient à la main,un troisième frappe sur un tambour de basque, tandis que plusieurs autrespoussent le bateau pour le faire avancer. Au-dessus on lit cette inscription :Saint Denis revèle à Jean i’anachorète que l’âme de Dagobert est ainsitourmentée. On doit remarquer que, pour représenter l’âme de Dagobert ,le sculpteur a ingénieusement supprimé la barbe et la partie qui caractérisele sexe; en cela il s’est conformé à l’opinion des anciens, qui ne donnaientaucun sexe aux âmes.
Sur la bande suivante on voit d’abord deux anges tenant, l’un un encensoir,l’autre un vase contenant de l’eau bénite ; ensuite saint Denis et saintMartin , vêtus de leurs habits épiscopaux, qui viennent sur les flots jusqu’àla barque, et arrachent l’âme de Dagobert des mains des diables, pendantque, placé dans la barque, saint Maurice, en habit de guerre, une massue àla main, frappe les démons, qu’il renverse, et dont quelques-uns tombentdans la mer la tête la première. On remarque ici que quatre des petitsfrontons sont enflammés pour représenter l’enfer vers lequel voguaientles démons. L’inscription de ce bas-relief porte : L’âme de Dagobert estdélivrée par les mérites de saint Denis , saint Martin et saint Maurice.
Dans le dernier bas-relief les trois saints tiennent lame de Dagobert debout dans son linceul ; ils sont accompagnés de plusieurs anges, et dans lehaut du cintre on voit deux autres anges qui encensent lame du roi, et lamain de Dieu ouverte pour la recevoir.
Toutes les figures des bas-reliefs du tombeau de Dagobert , de même que lesinscriptions, se détachent sur un fond mosaïque en relief formé par unmastic dur et fin, mais peu saillant, dont les dessins paraissent avoir étépoussés dans un moule. Ce genre de mosaïque, composé d’une infinité delosanges, renferme dans chacune de ses divisions un ornement varié ; on yvoit des oiseaux, des fleurs de lis , des roseaux, et beaucoup d’autres chosesd’un excellent goût et d’une composition agréable. Dans le principe, cesdétails étaient coloriés et dorés; mais le tout ayant été couvert à plusieursreprises d’une couche de peinture à l’huile, il ne reste plus de cette richessed’ornemens que quelques parties qui justifient ce qu’a écrit Guillaume deNangis sur le tombeau de Dagobert : Là verrez-vous, dit-il, au-dessus de lafigure couchée du bon roi Dagobert ce que je vous ai dict^ pourtraict etde noble oeuvre richement enluminé (1).
Arcade de l’ancienne cathédrale de Périgueüx. Périgueux est une des villesles plus anciennes de la France ; on y voit les restes d un amphithéâtre et lesvestiges d’autres monumens antiques. Lancienne ville était dune grandeétendue; elle a été ruinée en divers temps. Elle conserve encore une tourronde très-remarquable; on n’y voit ni portes ni fenêtres ; on ne pénètre dansl’intérieur que par deux grottes souterraines. On croit que cette tour, qu’onnomme dans l’endroit fa tour Vésune, était consacrée à Vénus.
La cathédrale, d’où nous avons tiré l’arcade que nous avons fait graver,est remarquable par une haute pyramide élevée sur une tour carrée enforme de clocher, et surtout par cette arcade, dont nous donnons lagravure.
Cette arcade, comme on le voit, est pointue, c’est-à-dire en ogive; elleest ornée d’un bandeau et d’une moulure richement dessinée en formede broderie, et dont le travail est d un fini précieux; elle s’appuie surdeux piliers ornés de deux colonnes, d une corniche et de deux chapiteaux,dont les dessins arabesques sont d un goût sévère et d une belle exécution.Les chapiteaux représentent deux dragons, et la corniche de gauche une lionnedont la queue se termine en volutes et en feuillages de fantaisie. Dans le
(i) Ce monument curieux et unique en son genre, que nous avons fait restaurer etplacer à l’entrée de l’église Saint-Denis, sera rendu à son premier état; c’est-à-dire que,â’après ce qui reste des anciennes décorations, nous ferons rétablir les peintures et lesdorures dont parlent Nangis et les autres historiens.
II* Atlas. _Monumens.
29
milieu de cette porte nous avons fait graver un détail plus développé dubandeau qui décore l’ogive.
Suivant l’inscription gravée sur un des piliers de l’arcade, elle aurait étéconstruite en 11 G 0 par Constantin de Jarnac. Voici cette inscription tellequelle est figurée : Constantin : de Iarnac : fecit : hoc : op D ; anno : abïncarnazionne : dm: M : C : LX: NONO : SCDA : DI6 : MAII : OBIIT : DOM N VS :IOHS : H VI VS : GCCLIG : CPS ; S6DIT : A VT GM : IN : GPATV : NOVG :ANNIS : SGPTGM : DIGBVS : MINVS :
QVI : PRESENTES : LÎT6RAS : L6GIS : €T : CONSIDERAS : IN :DGFVNCTI : NOMING : D1C : ABSOLVE ; DN6 : V6L : DS : CM :PROPRIVM : A VT : SALTGM : FID6LIVM : Le reste de l’inscription et lapartie inférieure du monument sont enterrés et couverts par le pavé del’église.
PLANCHE XXIII.
Diptyque en ivoire. — Sujets de chevalerie. La proportion et la formedes tableaux représentés ici semblent exclure l’opinion que le monumentqu’ils décorent soit un diptyque ; nous pensons qu’ils décoraient un .coffreten ivoire , qu’on était dans l’usage de remplir de bijoux , ou de quelqueautre chose à l’usage de la toilette des dames, et dont on faisait présent asa fiancée la veilie des noces. Cette espèce de corbeille de noces , dontl’usage s’est perpétué jusqu’à la fin du seizième siècle ( 1 ), était plus oumoins riche, d’une exécution plus ou moins soignée, selon la fortune decelui qui faisait le présent. Celui - ci est orné de bas-reliefs dont les su-jets paraissent avoir été tirés d’un roman de chevalerie, on sait que legoût des romans était fort répandu dans le douzième siècle et dans lessiècles suivans.
On voit sur ce coffret un roi, une reine, des princes, des chevaliers.L’artiste y a représenté un combat, des enchanteurs et une chasse. Sansnous jeter dans des conjectures hasardées sur les personnages et sur lessujets figurés sur ces bas-reliefs .nous allons en donner une simple descriptionqui nous mettra à même d’apprécier en même temps et le mérite dusculpteur, et celui du romancier.
Fig 1 . Selon toute apparence, le premier bas-relief représente le premierchant du poème. Suivant l’usage des poètes et des romanciers, les songes,les visions, les emblèmes pris dans la configuration des animaux, et surtoutdu lion, servaient à établir l’action et à conduire l'intérêt jusqu’au dénoue-jment. Le roman de la Rose n’est que le récit d’un songe. Nos aïeux repré-sentaient ordinairement par des songes les effets de l’amour; c’est précisé-ment ce que représente le bas-relief dont il s’agit.
On y voit un chevalier armé de pied en cap, tenant d’une main son épée,et son écu de l’autre; accablé par le sommeil, il est couché sur un lit rou-lant; tout ce qui l’entoure indique qu’il éprouve un songe fatigant. Il estdevant un château fort, gardé par un lion et un monstre plus redou-table encore, malgré lesquels il faut aller chercher, à la porte du château ,un cheval quil doit monter pour combattre un rival, car un héros de ro-man doit être amoureux; un nuage placé au-dessus de sa tête s’entr’ouvreet vomit sur lui une forêt de dards, de lances et d’épées. Placées au haut destours du château, une reine portant la couronne de France , sa fille etses femmes paraissent, par leur attitude, prendre intérêt à la positionpénible du chevalier. Ces épreuves signifiaient qu’un chevalier, pourobtenir sa dame, devait faire preuve de courage et d’adresse.
Les oiseaux couchés sur un arbre semblent indiquer que le héros duroman serait un prince qui aurait le droit de fauconnerie, et qui serait parconséquent du sang royal. Avant Philippe-le-Hardi , les princes remplissaientsouvent les fonctions qu’on donna ensuite aux grands-fauconniers ; ce roifut le premier qui institua cette charge.
Fig. s- Sur le petit bas-relief de gauche on voit le même chevaliercouvert de la cotte de mailles , armé de son épée et accompagné de sasuite , sortant du château pour aller combattre son rival, chevalier commelui. Au haut de la tour sont représentées la reine et la jeune princesse enprésence desquelles le combat doit avoir lieu.
Fig. 5. Deux pages sonnent la charge. Montés sur leurs coursiers, et lavisière baissée, les preux sont en présence, et le combat s’engage. On remar-quera qu’on a placé un faucon sur la tête du prince pour désigner sa qua-lité et pour exprimer sa dignité. Au-dessus de l’arène est une tribune oùl’on voit le roi et toute sa cour : le monarque se tourne du côté du vain-queur. Dans son agitation, la jeune princesse pose la main sur son cœur*et, pour désigner qu’avant d’obtenir sa main, le futur époux doit subir uneseconde épreuve, celle de la chasse, l’artiste a placé sur le poing d’un sei-gneur placé au côté du roi un faucon, et un chien dans les bras d’une desfemmes de la princesse. Le faucon désigne la chasse aux oiseaux, le chiencelle du cerf.
Fig. 4- Sur ce petit bas-relief est représentée une tour, sur laquelle onvoit le roi, et au bas, la jeune princesse et les dames de la cour qui vontau-devant du vainqueur.
(1) Nous avons vu plusieurs de ces coffrets de mariage peints par Masaccio, Pérugin ,Raphaël , Luini, Piètre de Cortone, et d’autres maîtres italiens. M. Artaux en possédaitde très-précieux dans sa belle collection de tableaux italiens, des maîtres qui ont précédéRaphàël.
8