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ANALYSE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE
Fig. 5,6, 7 et 8. Les bas-reliefs suivans, au nombre de quatre, quenous considérons comme le troisième chant du poème , représentent desincidens qui viennent traverser les espérances du chevalier et prolongerl’intérêt. Fig. 5, deux géans, sous la figure et les formes hideuses d’un sa-tyre, ou d’un homme velu , cornu et barbu, enlèvent la jeune princesse duhaut de la tour. Un combat s’engage entre le chevalier et le chef desgéans; celui-ci est armé d”une massue, qu’il tient levée sur la tête de laprincesse : le chevalier lui porte un coup de lance et le repousse. Fig. 6,devenu maître de ces monstres , il les enchaîne, délivre sa dame de leursmains, et, fig. 7, la place à côté de lui sur son coursier. Fig. 8 , le cheva-lier , descendu de cheval, présente à la princesse la chaîne avec laquelle elleconduit les trois monstres dans la prison du château, dont elle tient la clefà la main. La reine reparaît ensuite au haut de la tour, ayant près d elle levainqueur en habit ordinaire , un faucon sur le poing.
Voilà les bas-reliefs qui couvrent la première face du coffret.
Fig. 9, 10, 11 et 12. Ces quatre bas-reliefs représentent la chasse au cerfet les préparatifs de la chasse au vol. Fig. 9, Un piqueur à cheval faitsonner son olyphant pour annoncer le moment du départ. Fig. 10, deschasseurs à cheval, à la tête desquels est en habit de chasse le preux che-valier , poursuivent vigoureusement un cerf pressé par les chiens, et atteintà la cuisse d’un coup de lance que lui porte le chevalier. Fig. 11, l’animal,aux abois , n’est cependant pas renversé du coup, et il se précipite dans unefontaine, où il reçoit le coup mortel.Fig. 12, De retour de la chasse, le che-valier est prêt à entrer dans le château ; il tient à la main la tête du cerf,dont il fait hommage à la reine et à sa dame, qui paraissent au haut de latour.
Ici se terminent les sujets sculptés sur le coffret, sujets d’autant plus in-téressans que, outre le talent de l’artiste et le mérite de l’inventeur du poème,ils présentent un ensemble de costumes civils et militaires parfaitementexacts.
Ce monument a été l’objet d’un mémoire présenté en 1745 à l’académiedes inscriptions , par M. Levesque de La Ravalière, qui fixe l’époque de sonexécution au règne de Louis-le-Gros . Nous ne partageons pas cette opinion ;la sculpture, la peinture, et en général les arts dépendans du dessein, seressentaient encore , au temps où vivait Louis-le-Gros , de cette rudessed’exécution qui caractérise nos monumens du premier style, tandis qu’iln’en est pas de même ici ; mais, comme les costumes ont peu changé depuisLouis-le-Gros jusqu’au règne de saint Louis, M. Levesque, et depuis, M. Mail-lot, ont pu facilement se tromper sur la date à assigner à ce monument, quenous classons parmi ceux du douzième siècle (1).
Orfèvrerie. Ces quatres pièces d’orfèvrerie sont tirées du trésor de l’abbéSuger .
La fig. a est une gondole faite d’un seul morceau de jade et garni en or•émaillé. Ce morceau précieux fut recueilli, suivant Félibien (2), par l’abbéSuger , qui paya soixante marcs d’argent pour le retirer des mains de ceux.à qui le roi Louis vi l’avait engagé pour dix ans.
La fig. b est une espèce de jatte avec pied-ouche en agate onix, garnie enor et ornée de pierres précieuses.
Fig. c et d. Calice et patène dont l’abbé Suger se servait pour dire lamesse. La coupe du calice est une agate orientale, avec des gaudrons enrelief très-bien travaillés ; il est orné d’une bordure en vermeil garnie depierres précieuses d’un grand prix. Le pied-ouche qui porte la coupe, etsur lequel on lit l’inscription Sugerius abbas , de même que les anses, sont•aussi en vermeil garni de pierreries. La patène est d’un seul morceau dejaspe vert sanguin, semée de petits dauphins d’or, avec une bordure d’orchargée de pierres de couleur de différentes espèces.
Robert de Normandie combattant un chef de turcs. — Prise d’Antioche .Ces deux tableaux sont thés de 1 église royale de Saint-Denis , où était repré-sentée en entier, sur verre, la première croisade en dix tableaux, placés àl’extrémité du rond-point, derrière le grand autel. De^es dix tableaux , exé-cutés en 114° P ar ordre de labbe Suger , dont chacun porte une inscrip-tion , nous avons fait graver les deux qui nous ont paru les plus inté-ressons.
Robert de Normandie combattant un chef de Turcs. Suivant l’histoire,Robert se jeta au milieu des escadrons ennemis et renversa un des chefs desTurcs. Le comte est figuré ici a cheval, armé de pied en cap, couvert de lacotte de mailles, portant la lance d’une main et le bouclier de l’autre ; ilperce au cou un autre guerrier, qui est un chef des infidèles. Derrièrelui est un autre croisé qui tient une lance garnie d’une flamme ou g on fa-non , sur laquelle sont dessinées trois croix.
Prise d Antioche . La ville est prise par escalade ; on voit deux échellesappliquées contre une grosse tour, à l’aide desquelles montent à l’assauttrois croisés armés de toutes pièces et couverts de leurs cottes de mailles,ces valeureux guerriers pourraient bien être Godefroi de Bouillon , Robert,comte de Flandre, et Robert, duc de Normandie , qui firent preuve d’une
(1) Voyez Mém. de Lévesque, t. 18 des Mém. de l’acad. des inscript. Voyez aussi ladescription qu’en donne Maillot, des costumes des anciens peuples, t. 5, p. 77 et suiv.
grande valeur dans cette occasion. Plusieurs des ennemis, figurés sur le hautde la tour, s’opposent aux efforts des assaillons; l’un tient son arc bandé;un autre oppose son bouclier à ceux qui montent, tandis qu’un des leurs,placé dans une autre tour , embouche son olyphant pour réveiller les sol-dats turcs plongés dans le sommeil. Un grand mur, au haut duquel on voitun croissant, envçloppe les deux tours.
Il est facile de faire ici la différence du costume et des armes des com-battans. Les croisés, couverts de cottes de mailles qui descendent jusqu’auxgenoux, portent des casques pointus connus sous le nom de cabassets, etsur lesquels on aperçoit une petite croix. Ils ne se servent que de la lanceet du bouclier, tandis que les infidèles ont en outre des arcs et des flèches.On voit aussi de quoi se composait alors l’enharnachement des chevaux debataille.
Alain Fergent . Cette figure est tirée d’un tableau qui appartenait àl’abbaye de Redon en Bretagne (1); elle représente un duc de Bretagne ,l’un des premiers et des principaux croisés, mort en 1120. Le duc est vêtud’un habillement qui a beaucoup de rapport avec ceux que portent encoreaujourd’hui les Orientaux; ce qui peut faire supposer que quelques chefsdes croisés avaient adopté le costume des Sarrasins et des Turcs qu’ils com-battaient.
Ce vêtement consiste en une grande robe moirée et tissue d’or, garnie defourrures, et en un bonnet à poil, d’où tombe un grand voile semblable auxschals que portent de nos jours les dames françaises.
Dans la description qu’Albert, chanoine d’Aix-la-Chapelle , donne desvêtemens que portaient Godefroi de Bouillon et les autres seigneurs français quand ils se présentèrent devant l’empereur Alexis Comnène , il dit qu’ilsparurent en grande splendeur, portant un long vêtement d’un tissu d’orgarni d’hermine, de marthe, de gris et de vair, vêtement à l’usage desprinces français. ( Voyez Joinville , p. 317. )
Monnaies de Louis vi et de Louis vii . Fig. 1 et 2. Suivant Leblanc, on nesait auquel des deux princes on doit attribuer ces deux monnaies.
La première est d’or fin, et pèse soixante-seize grains ; on suppose quec’est le sol ou le franc d’or, appelé aussi franc ou flomn (2) : c’est la plusancienne monnaie d’or de la troisième race, et la plus belle et la mieuxmonnayée de toutes celles qui nous restent. Autour de l’écu, semé de fleursde lis et entouré d’un ornement octaèdre, on lit : LVDOVICVS DEI GRA-CIA FRANCORVM REX. De l’autre côté, sont quatre fleurs de lis placéesdans les angles d’une croix, dont les branches sont aussi terminées par unefleur de lis, et la légende suivante : XPC. VINCI T. EXPC. REGNAT. XPC.IMPERAT. Foulcher rapporte que ce furent les mots prononcés par l’ar-mée chrétienne dans une bataille contre les Sarrasins, sous le règne de Phi-lippe i er , et que depuis ce temps on les a toujours fait graver sur nos mon-naies, et plus particulièrement sur celles d’or.
La fig. 2, également monnaie d’or, est un florin ainsi appelé de Florence ,nom de la ville où furent fabriquées les premières de ces pièces. D’uncôté on voit une fleur de lis ornée de feuillages , qui couvre la totalité de
la monnaie, avec cette légende : LVDOVIC. FRA . R.; de l’autre, un saint
Jean-Baptiste vêtu, comme le serait le roi, d’une tunique longue et d’unmanteau , tenant d’une main un sceptre, et de l’autre une boule surmontéed’une petite croix, et pour légende ces mots : S. JOANNES. Saint Jean-Baptiste est le patron de la ville de Florence (3).
Fig. 3. Cette pièce a été frappée à Pontoise , suivant la légende qui d’uncôté entoure une croix simple : PONTIS ARCASTI. De l’autre côté se des-sine un ornement formé par deux lettres ensolivées , avec cette légende :LODQVICVS REX.
Fig. 4- Cette pièce de monnaie a été fabriquée à Ëtampes , où nos roisavaient un palais, et où l’on battait encore monnaie en 125a ; car saint Louisfit don aux Templiers de trente livres en monnaie d’Étampes. Trigintabibras monetœ stampensis , lit-on dans le Trésor des chartes. D’un côté onvoit une croix simple, et pour légende STAMPIS CASTELLVM; sur l’autreface une espèce de monogramme, avec le nom du roi : LODOVICVS REX.
La fig. 5 porte d’un côté une croix simple et deux C en opposition avecle nom du roi, comme la précédente ; au revers deux croix épatées et deuxO avec la légende EDANTE CASTELLVM, qui est le nom d’un lieu in-connu.
Fig. 6. Denier d’arqent fabriqué à Château-Landon . D’un côté on litle nom du roi autour de plusieurs emblèmes, dont l’un ressemble à unecrosse d évêque ou à un bâton augurai. Au revers est une grande croix et
(1) Le dessin de cette figure se voit à la Biliothèque du Roi, portefeuille de Gaignières ,ou nous 1 avons copiée.
(2) Leblanc, Traité historique des monnaies de France, p- 154-
(3) « Les uns croient que cette monnaie fut appelée florin à cause de la ville de« Florence , où elle prit son origine; les autres, à cause de la fleur de lis, dont elle porte« la figure. Quoi qu’il en soit, cette monnaie a été fort célèbre dans toute l’Europe, et« il n’y a guère de souverains qui n’en aient fait frapper sous cette figure. On donna« même le nom de florin à toutes les monnaies d’or, quoiqu’elles fussent différentes de« celle-ci. Vilain dit que les premiers florins qui furent faits à Florence étaient d’or fin,« et qu’il y en avait huit à l’once. Celui du roi Louis ( gravé ici ) est plus faible de huit« grains, puisqu’il ne pèse que deux deniers, seize grains. On lit : On fit en France de« cette monnaie jusque sous le règne de Charles v , époque où elle fut défendue. » (Leblanc,Hist. des monnaies de France , p i65. )