36
NOTICE RAISONNÉE ET DESCRIPTIVE
parce qu’il en présente 1 ’effet. On teint les pièces de verres qui servent auxdraperies et aux accessoires avec des oxydes métalliques (i). Les carnations etles ombres se font avec des oxydes de fer. Tels sont, en général, les vitrauxde la cathédrale de Chartres, ceux de l’église de -Saint-Denis, de la Sainte-Chapelle de Paris , etc.
Les vitraux de Chartres datent du treizième siècle comme les autres, maisils passent pour être les mieux exécutés de l’époque dont il s’agit. Celui quenous avons gravé représente Ferninand III, fils d’Alfonse IX , né l’an 1200,parvenu à la couronne de Castille, par l’abdication de la reine Bérengère samère, en 1217, et à celle de Léon, par la mort de son père en 1 2Z0 ; c’étaitun grand homme de guerre et un sage souverain. Il arma contre les Maures,et leur prit successivement Cdrdoue, Murcie, Séville, Xérès, Cadix , Saint-Lucar, et mourut en 125 2, s’occupant du projet de conquérir le royaumede Maroc .
Philippe III était cousin-germain de saint Louis, et, comme lui, il fut misau nombre des saints, en 1617, par le pape Clément X . Il est représenté ici,au centre d’une espèce de rosace, à cheval et armé de pied en cap, tenantd’une main son bouclier, et de l’autre un petit drapeau aux armes de Cas-tille : il est accompagné d’un chien, symbole de la fidélité, et faisant allu-sion à l’excellence de son caractère. 'Les ornemens qui accompagnent ce ta-bleau , dont l’effet est frappant par la vivacité des couleurs, sont des dessinsarabesques d’une composition très-variée.
Vitrail du choeur de Notre-Dame de Chartres . Plus qu’aucune autre pein-ture sur verre, ce tableau, par sa composition , a de l’analogie avec le genremosaïque. (Voir, dans le Précis historique, ce que nous avons dit de lamosaïque. ) C’est un arabesque formé de losange et d’une grande quantitéd’écus de forme ovale. Les détails intérieurs, dont les dessins légers sontunis adroitement aux différens tons de couleurs du tableau, présentent unevariété d’objets fort agréables à l’œil.
Pavé mosaïque. Ce pavé, qui suit cette seconde peinture sur verre, et quenous avons tirée du chevet de l’église Saint-Denis, bâti sous la régence del’abbé Suger , vient à l’appui de ce que nous avons dit de la peinture surverre comparée à la mosaïque. 11 est formé de pièces de rapport en verre eten émail, ayant la forme de petits dez qui sont rapprochés et retenus dansun mastic ou dans un ciment. Ce pavé, curieux, représente un lion, une si-rène , des oiseaux, des griffons et d’autres animaux fantastiques.
Sergens d'armes , sculpture en creux. Ces deux pierres , gravées en creux,représentent la fondation du monastère de Sainte-Catherine-du-Yal-des-Éco-coliers, à l’occasion de la victoire remportée au pont de Bovines, le 25 juil-let 1214, par les sergens d’armes (2). On y voit les religieux du monastère;saint Louis, avec ses habits royaux, et quatre principaux officiers de cettetroupe, qui fut instituée par Philippe-Auguste pour sa garde spéciale, etpour assurer sa personne contre les entreprises de Ehissessin, dit le Vieuxde la montagne, ou le prince des assassins ( 3 ) : c’étaient les gardes-du-corpsdu roi. Ils étaient tous gentilshommes ; et, au lieu que tous les autres officesfinissaient par le décès du roi, les offices de sergens d’armes étaient à vie.
( Voir Bouteiller, Ducange , etc.)
Lorsqu’ils étaient de garde le jour, ils portaient la masse et l’épée, et étaientarmés de toutes pièces, à l’exception du haume, qu’ils ne prenaient que pourcombattre. Pendant la nuit, ils avaient un pourpoint court, fourré, ayantdes manches larges et découpées : par-dessus un manteau également fourré,qui se boutonnait sur la poitrine. La coiffure ordinaire de cette troupe royaleétait une toque, un simple bonnet ou un chaperon. Voici les inscriptionsqui sont gravées sur ces deux pierres historiques et curieuses.
Première inscription : A la prière des sergens d’armes, monsieur saint
(1) Les couleurs faites avec les oxydes métalliques s’incorporent dans le verre par l’ac-tion du feu; celles qui sont tirées du fer ne s’y incorporent pas, mais on les fixe dessusle verre en passant chaque pièce sous la moufle. Voici quelles sont les couleurs suscep-tibles de s’incorporer dans le verre.
Le cobalt sert pour le bleu clair ou foncé. Les différentes nuances de rouge, de brun,de brun-marron, se font avec des oxydes de fer portés à différens degrés. Le brun-rougeou le pourpre-brun se fait avec de la chaux de cuivre. Le vert s’obtient aussi du cuivredissous par des acides végétaux ou par d autres acides, mais précipités avec de 1 alcalifixe. Les verres de couleur pourpre se teignent avec de la chaux d’or. Les chaux d argentsont aussi colorantes, et donnent le jaune d or, qui se fait également avec de la chaux deplomb uni à l’antimoine. Le violet s’obtient de la manganèse. Lès chaux d’étain produi-sent un beau blanc de lait.
(2) La maison de Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, ou plutôt de ta Culture , fondéepar saint Louis, en 122g, pour les religieux du Val-des-Écoliers, était située au Marais,près de la rue qui porte encore le nom de Culture-Sainte-Catherine. Les historiensdisent que saint Louis fonda cette maison à la sollicitation des archers de sa garde,alors connus sous le titre de sergens d’armes. Messieurs les archers y établirent une con-frérie sous Charles V , en i 3 r, 6 .
( 3 ) Après les croisades, J a Palestine fut ravagée par un prince de la famille des Arsa-cides, nommé Ehissessin, dont les Français, dit Voltaire , ont composé le mot assassin.On le nommait le prince des assassins. Cet homme, maître de douze villes autour deTyr, avait un vaste palais au milieu des montagnes : c’est là qu’il élevait un grand nombrede jeunes gens à obéir aveuglément à ses ordres. Il était l’ennemi des rois; il allumaitdans le cœur de ses jeunes élèves les passions les plus impétueuses, les enivrait deplaisirs et de toutes les espèces de débauches; et, après les avoir mis dans cet étatd exaltation, il les armait d un poignard, et leur ordonnait d’assassiner les rois qui avaientle malheur de lui porter ombrage ou de lui déplaire.
Loys fonda cette église , et y mist la première pierre : ce fut pour lajoie de la vittoire qui fut au pont de Bovines l’an M. CC. et XIIII.
Deuxième inscription : Les sergens d’armes pour le temps gardoientledit pont , et vouèrent que si Dieu leur donnoit vittoire , ils fonderaientune église en l’honneur de Madame sainte Katherine. Et ainsi fut-il.( Ces deux pierres, que l’on a vu pendant plusieurs années au musée de larue des Petits-Augustins, sont maintenant dans l’église souterraine de Saint-Denis , avec les monumens du treizième siècle. )
Peinture d’un manuscrit du douzième siècle. Les Iconomaques; qui s’oppo-sèrent à l’exposition des images dans les églises et dans l’intérieur des cloî-tres, sous les règnes de Louis-le-Jeune et de Philippe-Auguste , furent lesennemis les plus redoutables des artistes. La peinture employée à l’ornementdes manuscrits, ainsi que la sculpture propre à enrichir les reliquaires, lesdyptiques, les bijoux des dames ou les meubles, ne furent pas, toutefois,complètement interdites ; et c’est dans les cloîtres mêmes que s’exécutaient laplupart de ces choses, que l’on peut regarder comme autant de chefs-d’œuvre , si on considère l’époque où elles se firent. Les manuscrits surtoutétaient d’une richesse extraordinaire ; outre les petits tableaux peints mis à latête des chapitres de l’ouvrage, on trouve encore des sujets intéressans danschaque lettre majuscule.
La lettre majuscule que l’on voit ici est un O , au milieu duquel on a peintla religion assise sur un trône, tenant d’une main un sceptre et de l’autre lelivre des évangiles; elle est coiffée d’une tour, pour caractériser son univer-salité. Cette peinture, d’un style sévère, faite sur un fond d’or bruni, a en-core de la fraîcheur et de l’éclat. Pour bien connaître les usages et les cou-tumes du douzième siècle, il faut avoir recours à ces beaux manuscrits, dontla plus riche collection se conserve à la bibliothèque du Roi.
Mître de soie blanche ornée d’un dessin a l’encre de la Chine . Cette mîtrequi se trouve dans notre collection particulière, date du douzième siècle. C’estune de ces pièces sans broderies et sans dorures qui se firent dans l’esprit de laréforme rigoureuse introduite dans les nouvelles règles monastiques parsaint Bernard et par Abeilard, par saint Dominique et par saint Françoisd’Assises. Elle est faite d’un tissu de soie blanche, sur lequel on a dessiné etlavé à l’encre de la Chine , d’un côté, le jugement dernier, et de l’autre uncalvaire. Sur les aîles ou les bandes qui descendent de chaque côté de lamître, on a dessiné des figures d’anges dans des niches ornées de dessins go-thiques ( 4 ).
Dyptique en ivoire. Cette espèce de coffret octogone et en ivoire, du dou-zième siècle, n’est pas sans intérêt, quoiqu’il s’en trouve assez fréquemmentdans le commerce. La sculpture de ces petits meubles de toilette n’est pasrégulièrement belle ; les sujets qu’on y voit sont souvent défigurés par des ana-chronismes, par les scènes fantastiques qu’on y introduit, et surtout parl’inexactitude des costumes, qui sont toujours ceux en usage à l’époque oùle bijou a été fait, quoique le sujet traité soit grec, romain ou hébreux .
Sur celui que nous avons gravé, pour en donner une idée et en faire con-naître la forme, on voit au moins autant d’animaux que de personnages ; cequi peut faire supposer que le sujet est de l’invention du sculpteur, ou qu’il aété puisé dans un roman, et que ce meuble était destiné à une fiancée pourprésent de noces. Le futur, selon l’usage reçu , y enfermait les objets deparure et les bijoux qu’il offrait à la demoiselle qu’il devait épouser.
Chaise et lit tirés du portail de Notre-Dame de Chartres . Ces deux meu-bles , intéressans à connaître par rapport à leur forme, se trouvent faire partied’un bas-relief qui représente l’accouchement de la Yierge Marie, étenduedans son lit, la tête appuyée sur sa main droite, et le bras gauche en de-hors, et enveloppée de sa couverture, suivant un usage qui s’observe encorede nos jours.
Instrumens de musique tirés du portail de l’église de Saint-Denis . Ces instru-mens curieux sont deux espèces de guitares et trois harpes portatives. Laguittare, qui a deux corps, n’a que trois cordes, l’autre en a cinq. Une desharpes a huit cordes, une autre six, et la troisième cinq. Les musiciensqui se trouvèrent à l’entrée de Louis YIII dans Paris après son sacre étaientdes harpistes , des joueurs de vielle , de psalterions, de sistre et des tambours.Les poètes les plus célèbres d’alors accompagnaient les musiciens et chan-taient des odes à sa louange.
PLANCHE XXIX.
Coffre en ivoire a douze faces, représentant lhistoire de Joseph et deDavid. Ce coffre, en ivoire, est du douzième siècle ; il représente sur troisbandes les principaux événemens de l’histoire de Joseph et de celle de David.Chaque sujet, qui est sculpté dans un arc, était accompagné d’une inscrip-tion grecque peinte en rouge, dont la majeure partie a disparu. Pour faireconnaître complètement ce coffre, nous avons dessiné le devant et le der-rière , que nous avons fait graver en deux parties.
L’histoire abrégée de David se trouve dans la dernière bande des deux par-
(4) Voyez Précis historique , ce que nous avons dit de l’esprit de réforme dans les orne-mens d’église.