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Monumens des arts libéraux, mécaniques et industriels de la France, depuis les gaulois jusqu'au règne de François Ier : 45 planches, contenant plus de 800 sujets, dessinés et gravés au trait par les plus habiles artistes en ce genre : présentant une suite non interrompue de monumens d'architecture, de sculpture et de peinture; de monnaies, médailles, meubles, armes et armures; costumes civils, religieux et militaires; machines, inventions utiles, etc., etc. ... / par ... Alexandre Lenoir
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DES MONUMENS DE LA FRANCE

auprès de Marie la mission que Dieu lui a donnée. De l’autre côté, lasainte Vierge, également debout, exprime sa soumission à la volonté du Sei-gneur. L’action des deux personnages est indiquée par les mots qui sontpeints sur chaque volet : Ave, Maria grâcia plena, se lit sur celui où sevoit l’ange, et Ecce ancilla Domini sur l’autre.

Suivant Millin, la peinture du milieu représenterait Moïse en adorationdevant le buisson ardent; et, au lieu de peindre Dieu le Père, on auraitfiguré la Vierge tenant dans ses bras l’enfant Jésus. Moïse , au milieu de sontroupeau, et assis sur un tertre , témoigne son étonnement ; par humilité, ilse découvre et se déchausse, suivant un usage reçu parmi les juifs. Le buissonsur lequel la Vierge est assise est entouré de plusieurs lampes ardentes, etun ange, debout, au nom du Seigneur, entretient Moïse sur la mission qu’ilva remplir en Égypte .

Millin suppose que cet anachronisme de la représentation de la Vierge àla place de Moïse appartient.à l’esprit du temps où le tableau a été fait. Ce-pendant , comme le tableau paraît avoir été consacré à la Vierge, nous pour-rions supposer que le roi Réné a eu l’intention de peindre la vision qu’Isaïe ,fils d’Amos, eut sur la naissance de Jésus-Christ , prédiction qu’il publia àJérusalem sept cent quatre-vingt-cinq ans avant l’ère chrétienne, sous le règned’Ozias . Il s’exprimait ainsi : il sortira de la tige de Jessé une branche quidoit porter la plus brillante des fleurs. Comme une rose, elle sort du milieudes épines. En effet, pour représenter la généalogie de la Vierge, on figureun arbre dont la racine prend naissance des pieds même de Jessé (1).

Sur le volet qui est à la droite de ce tableau, on voit le roi Réné enprière et à genoux devant son prie-dieu : un tapis de velours, sur lequel estbrodé l’écusson du roi, écartelé de Sicile, d’Arragon, de Bar et de Lorraine ,couvre ce prie-dieu. Quoique le roi soit représenté dans un âge avancé , onadmire la vérité de ce portrait ainsi que la vivacité de ses yeux, où se pei-gnent son esprit et la bonté de son caractère. Derrière lui sont les trois saintsprotecteurs de l’Anjou et de la Provence. La Madeleine tient le vase qu’elleavait rempli de parfums pour les répandre sur les pieds de Jésus chez lePharisien. Saint Antoine, vêtu d’une robe de religieux, est près d’elle; ils’appuie sur une béquille, ou plutôt sur un tau grec. Saint Maurice, deboutcomme les autres, le casque en tête et couvert d’une riche armure, est placédevant saint Antoinê.

Il y a aussi quatre figures sur le volet gauche. Jeanne de Laval , secondefemme de Réné, est à genoux comme lui, les mains jointes, devant un prie-dieu : il l’avait épousée en i 455 ; elle mourut après lui, en i4g8, sans lui avoirdonné d’enfans. Les armes de Montmorency et de Bretagne sont brodées sur letapis de velours qui couvre le prie-dieu. La première des trois figures deboutque l’on voit derrière Jeanne de Laval est saint Jean l’évangéliste ; la seconde,sainte Catherine, et ensuite saint Nicolas, évêque de Myre . Ce prélat est vêtude ses habits sacerdotaux, et on voit à ses pieds, selon l’usage , un baquet con-tenant trois enfans. En général, ce tableau, dont on admire le coloris et le faireprécieux, présente beaucoup de vérité dans les expressions et d’exactitude dans

les détails.

PLANCHE XLV ET DERNIERE.

Plan, détails et élévation du tombeau de Louis XII . A la suite de l’ar-.chitecture sarracénique, on vit paraître une architecture semi- lombarde,semi-arabesque, dont l’emploi ne fut pas de longue durée , et à laquelle ondonna le nom d 'architecture de la renaissance. Le tombeau de Louis XII est un modèle parfait de ce genre mixte , qui, sous le règne de François I er .fut remplacé par un goût plus épuré, dont Palladio avait donné des exem-ples en Italie . Ce monument funèbre, le plus considérable qui avait encoreparu, fait époque dans l’histoire de l’architecture française . Il est totalementen marbre blanc , orné de sculptures, de figures et de bas-reliefs. Son exé-cution fut ordonnée par François I er ., à l’instant où il monta sur le trône,c’est-à-dire en 1 5 1 5 . Ainsi le premier soin du roi de France , auquel ondonna le titre glorieux de restaurateur des lettres et des arts } fut de rem-plir un devoir de piété et de reconnaissance envers le roi son prédéces-

Louis XII, né le 27 juin 1462 , d’abord duc d’Orléans et de Valais , est sa-cré roi de France , le 27 mai i 49 8 » P uis duc de Brcta S ne P ar son second ma-

(1) Isaïe, fils d’Amos, est le même que Jessé; voyez Isaïe , chap. XI, v. 1. « C’est pour-quoi le Seigneur vous donnera lui-même un prodige. Une vierge concevra, et elle enfan-tera un fils qui sera appelé Emanuel ( ce qui veut dire : Dieu avec nous). » Isaïe , chap. VII,

v. 14. .

« Et toutes les montagnes qui auront été sarclées et cultivées ne craindront point les

ronces et les épines , mais elles serviront de pâturage aux bœufs, et les troupeaux y vien-dront en foule. » Isaïe , idem, v. 25 . ,

Selon nous, c’est la prédiction d’Isaïe que le roi Réné a eu l’intention de peindre, etnon pas le buisson ardent de Moïse ; cette façon de s’exprimer en peinture appartient aussià l’esprit de son siècle. Ce qui confirme encore notre opinion à l’égard du sujet que j’in-dique , c’est que l’enfant Jésus tient à sa main un miroir qui réfléchit son image et cellede sa mère. D’ailleurs on aperçoit Jérusalem dans le fond du tableau, et on ne voyait pascette ville de la montagne du désert (Horeb ), où Dieu se montra à Moïse .

Deux inscriptions latines qui nous paraissent postérieures au temps où le tableau a étéfait, et qui sont peintes en caractères romains, entre la frise et la bordure, ont pu trom-per Millin sur le véritable sujet de cette peinture ; elles sont tirées du livre de la sagesse.Voici celle de la frise : Qui me inveniet, invemet vitam et haunet salutem à Domino,sœpi. Celle du bas de la bordure est ainsi conçue : Rubum quem viderat Moyses incom-bustum , conservatam agnovimvs tuam laudabilem virginitatem , sancta Dei ge~nitrix.

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riage avec la duchesse Anne, veuve de Charles VIII , et enfin investi duduché de Milan le 14 juin 1507. Il mourut à l’âge de 52 ans, regretté desgrands et des petits, le 1 er janvier -1 5 1 5 , d’un excès d’amour avec Marie d’An-gleterre , sœur de Henri YIII, qu’il avait épousée en troisième noces, le 9octobre 1 5 1 4 *

Ce n’est point au roi de France à venger les querelles du duc d’Orléans, répondit Louis XII a Louis de la Trémouille, qui l’avait fait son pri-sonnier à la bataille de Saint-Aubin ,_et qui craignait le ressentiment du nou-veau roi.

Ce monarque, bon, affable, juste et bienfaisant, protégeait les lettres etles arts; la musique, qu’il affectionnait singulièrement, charmait ses loisirs, ilse plaisait à l’entendre ; et s’il n’eut pas été disgracié de la nature du côté dela voix, qu’il avait très-faible et peu flexible, il se serait souvent amusé à tenir,sa partie dans les concerts qui se donnaient à la cour. Ayant fait venir de laFlandre un célèbre musicien, appelé Josquin Desprès , il le nomma son maîtrede Chapelle, étudia avec lui, et parvint à chanter un air que le maître avaitcomposé pour son élève.

L’amour de Louis XII pour son peuple s’étendit jusqu’à l’avenir. SiLouis XII, remarque Voltaire, ne fut ni un grand-héros ni un grand politi-que, il eut la gloire plus précieuse d’être un bon roi, et sa mémoire sera tou-jours en bénédiction à la postérité. A sa mort il emporta les regrets des fran-çais , qui le qualifièrent du titre bien mérité de Père du peuple. Notre bonroi Louis XII est mort, disaient en pleurant les Parisiens de toutes les clas-ses, qui conduisaient volontairement son convoi à l’église de Saint-Denis .

On peut considérer le tombeau de Louis XII comme le premier monu-ment qui ait montré en France le plus de perfection dans ce qu’on appellearchitecture arabesque. Sa forme est celle d’une châsse, et les effigiesdu roi et de la reine Anne de Bretagne , représentés couches, y semblentplacées comme dans un sanctuaire. Les détails qui en font 1 ornement sontd’un goût si excellent et d’une exécution si délicate et si perfectionnée,qu on voudrait le voir sous verre pour le mieux conserver. Ce tombeau portedans son soubassement près de vingt pieds de long, sur neuf de large etdix de haut. La partie principale, ou le corps du monument, est divisée endouze petits arcs, soutenus par des pilastres isolés, chargés sur les quatrefaces d’arabesques d’un goût exquis, qui sont posés sur autant de piédestaux.Les bases des pilastres sont attiques, et les chapitaux composés de volutes,de feuillages et de plusieurs ornemens de fantaisie; aucun des chapitauxn’est semblable à l’autre, selon l’usage ordinairement pratiqué dans cettearchitecture. La même variété existe dans les ornemens , ainsi que dans lesarabesques qui décorent les pilastres. (Voir les détails sur la même planche.)

Comme on le voit, les socles qui supportent les pilastres arabesques de cemonument sont ornés de divers sujets plus ou moins riches. Sur l’un des pi-lastres est gravé le millésime suivant : M.D.XVIII; sans doute qu’il indique ladate de l’érection du monument.

Entre les pilastres, et sous chaque arcade, qui forment autant de niches,sont assises des figures d environ trois pieds, représentant les douze apôtres,portant chacun 1 instrument de sa profession ou celui de son martyre. Cesfigures, ronde-bosses , t rappellent le grandiose du style de Michel Ange , etmontrent le plus grand caractère , soit par les attitudes , soit par la sévé-rité des expressions et le jet des draperies. Au milieu du mausolée, on voitun beau sarcophage richement orné, soutenu par des consoles arabesquesdécoupées à jour, et sur lequel sont représentées les figures colossales nueset couchées du roi et de la reine. Louis XII et Anne de Bretagne y sontétendus comme sur un lit, et dans l’état de roideur de la mort.

Ces figures, effrayantes de vérité, produisent un si grand effet, surtout cellede la reine, dont la tête est renversée et la belle chevelure éparse, qu’un in-dividu , qui venait de perdre sa femme, et qui la voyait pour la premièrefois au Musée des Petits-Augustins, où elle était alors, se jetant en désespérésur ce marbre, s’écria en fondant en larmes et en s’évanouissant : Ah Dieu !voilà comme était ma pauvre femme au moment de sa mort !

Les ouvertures qui sont marquées au bas-ventre de ces statues indiquel’embaumement des deux corps, usage consacré aux rois de temps immémo-rial ; ce n’est pas la putréfaction que l’on a exprimé, ainsi que 1 ont dit quel-ques écrivains ; ils ont pris le fil qui réunit les lèvres de 1 ouverture pour desvers. Ce détail, trop exact peut-être, fixe nos idées sur l’intention du sculp-teur, qui a voulu représenter le roi et la reine tels qu ils étaient dans leur cer -cueil. On était dans 1 usage de mouler les rois, les reines, les princes et lesprincesses après la mort, pour les copier plus facilement et les faire ressem-blans sur les mausolées. Afin de montrer le roi et la reine tels qu’ils étaientavant leur mort, le même artiste les a sculptés vêtus en habits de cour et decérémonie, à genoux et en prière, pour être placés sur la corniche, au-dessusdu mausolée. Le tout est posé sur un soubassement formant socle, sur lesangles duquel sont posées quatre figures colossales, représentant la Prudence ,la Force, la Justice et la Tempérance (1). Ce même soubassement est orné dequatre grands bas-reliefs figurant les batailles données en Italie par les Fran-

(1) Lors delà restauration de ce monument dans l’église Saint-Denis, oùil a été restitué,après avoir été exposé vingt-sept ans au musée de la rue des Petits-Augustins, on a crudevoir supprimer ces quatre figures de mauvais goût , qui nuisant à la disposition architec-turale du monument, ne faisaient que l’écraser et le rendre désagréable à l’œil. On les aplacées près de l’entrée du chœur sur des piédestaux. Les mutilations considérables quel’on remarque sur quelques-unes des figures des apôtres sont du temps des guerres dereligion; ce serait à tort qu'on en accuserait les révolutionnaires de 1793.

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