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Des canaux de navigation, et spécialement du Canal de Languedoc / par ... de la Lande
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PIECES ORIGINALES

RELATIVES AU CANAL DE LANGUEDOC.

X et t de M. le Cardinal de Joyeuse au Roi Henri quatrième, sur la jonâion desdeux Mers j, en Vannée i 5 y 8 . Mjs, de la Bibl, -du Roi , fond du Roi 8 ^ 5 y. 43 ,& Dupuy 88. pag. 338.

S IRE,

u a n d jeus lhonneur de prendre congé de Votre Majesté, Elle me dit Sc commanda expres-sément de lui donner avis de ce que je pourrois apprendre fur le sujet du Canal deau , qui lui aété proposé de faire pour joindre les deux Mers. Aussi ne faillis-je point denvoyer incontinentpar un homme exprès, la dépêche de Votre Majesté , que M. du Fresne me fit tenir par le sieurLoys de Foix, que je prie instamment de venir vers moi, afin que nous vous puissions donnerquelque éclaircissement fur un oeuvre si important que celui- ; il me manda quil étoit enchemin pour vous aller trouver , & qu il feroit entendre à Votre Majesté ce quil favoit & avoicjugé ce pouvoir faire-dessus. Métant aussi souvenu quun nommé Pierre Reneau , Maître Nive-îeur de la ville de Salon de Crau en Provence, mavoit dit autrefois que son maître appelle Grappone,avoit fait le dessein de ce Canal, & Pavoit proposé à la Reine, Mere du Roi. Croyant quilen peut avoir quelque mémoire, je renvoyai querre, & outre cela je ne faillis den parler àtous ceux que jai pensé en pouvoir apprendre quelque chose, mais je nai trouvé personne quimen ait parlé avec tant dassurance Sc de suffisance que je desirerois, pour en écrire solidementà Votre Majesté. Toutesfois, Sire, je ne laisserai de Vous en faire entendre ce peu que jen aipu apprendre, pour juger-dessus ce que je Vous en dirai.

Tous ceux avec qui jai conféré de cette affaire, jugent quil faut que les bateaux qui viendrontde Bordeaux, aillent de la rivière de Garonne dans celle de lAude qui passe à Carcassonne , Scva dans la Mer Méditerranée. Pour ce faire, il se présente une difficulté, qui est que de quatorzelieues ou environ de pays, dont il faudroit que le Canal fùt, il y en a six ou sept , jusquà unlieu appellé les pierres de Nauroufe qui vont en montant, Sc tous les vaisseaux qui font en cetespace descendent dedans la Garonne. Par ainsi il feroit impossible de faire monter ladite rivièrede Garonne jusque-; mais ledit maître Reneau qui sentend aux mesures, répond quil peutremédier à cela, en prenant le Canal non de la rivière de Garonne, mais de celle de lAriègequi est une belle Sc grande riviere, qui entre dedans la Garonne à. deux lieues au-dessus de Tou-louse , & vient de plus haut Sc tellement haut, quil croit quon pourra aisément conduire unCanal jusques auxdites pierres de Nauroufe, Sc étant j il ny a plus de difficulté.

Mais il restoit encore celle- de faire aller les ruisseaux de la Garonne dans le Canal de lAriègequi feroit plus haut, il répond ainsi quil se peut aisément faire par le moyen dun autre Canalqui ne durera quune lieue, & prendra depuis le château de Saint Michel, étant arrivé toutauprès de lautre, il assure de faire monter les bateaux par le moyen dune écluse : ce qui estassez croyable à ceux qui ont été sur le Canal qui va de Venise à Padoue, qui vous diront queles bateaux montent bien plus haut par le moyen dune tour quon ferme , que ceux qui aurontici à monter. Par ainsi, S1 r e , ledit Maître & les autres à qui jai parlé, jugent P oeuvre fort faisable.

Jai désiré savoir de quelle hauteur & largeur il faudroit que le Canal fût, combien il faudroirquil eût deau , combien de poids il porteroit, combien il pourroit coûter, Sc en quel tempsil pourroit être fait.

Sire, il ny a pas de gens en ce pays si entendus en ces affaires, qui puissent ni doivent juger-dun si grand oeuvre que celui-, Sc moins Vous en oserai-je dire aucune chose sur le jugement ;mais sachant que Votre Majesté prenoit plaisir den ouir parler, je prendrai la hardiesse de luiconter ce quils en discourent & les fondemens quils en prennent.

Ils pensent quil suffiroit que le Canal eût dix canes de large Sc une cane de haut . Sc quayant'six pieds de haute eau, il pourrroit porter des bateaux plats chargés de mille quintaux. Pource quil coûteroit, on juge à vue de pays quil ne sauroit pas revenir à plus de six cent mille écus ,& fondent leur opinion en ce quune cane en toute carure lon jette la terre fur les bordscoûte vingt fols, & celle il faut porter la terre comme ici, en coûteroit près de quarante.Par ainsi une cane de Canal qui en auroit dix de large coûteroit vingt livres à faire : or onfait état que quatre mille canes font une lieue de pays, qui reviendroit donc environ à vingt-cinqmille écus pour lieue ; or sil faut que ce conduit soit grand de quinze lieues, comme lon estime tant.pour le principal que celui qui viendroit de Garonne, ce feroit environ de quatre cents mille écus.

Outre cela on fait état quil faudroit bien deux cents mille écus pour les rochers qui se trouve-ront en plusieurs endroits /qui coûteroient plus à couper, pour les détours quil faudroit prendre ,pour accommoder le conduit de la rivière dAude, qui a de grosses pierres en plusieurs lieux, pour les«écluses quil faudroit faire , & aussi pour récompenser ceux de qui on prendroit les terres ; lequelarticle dernier ne viendroit pas à plus de vingt mille écus, y ayant soixante arpens en une lieue , Scpayant trente livres de larpent. Pour le temps, on fait état que si Votre Majesté y vouloir employercinq mille pionniers, que lœuvre pourroit être achevée dans un an, pour ce quils disent que vingt-cinq hommes feront bien par jour une cane de conduit; par ainsi cinq cents en feront deux cent canes,de forte quencore quil y ait beaucoup de fêtes en un mois , on feroit toujours une lieue en un

mois