r;8 PIÈCES ORIGINALES RELATIVES
diviseroient pour descendre d’un côté dans la Garonne près de Toulouse & delà à l’Océàn ,Sc de Fautre dans la Mer Méditerranée. Que ledit lieu de Nauroufe, ou point départagé, estélevé de cent toises au-dessus de Tune & de Fautre Mer, ainsi qu’il a été vérifié par le nive-ìage qui en â été fait, Sc que pour descendre de part Sc d’autre, Sc former la navigation , ilfalloit excaver un Canal, Sc y construire les écluses que l’on trouveroit nécessaires ; & que commeil eût été inutile de faire aboutir le Canal à la Mer Méditerranée, si on n’eût fait à même-tempsun port fur la même Mer, auquel les barques, venant dudit Canal ou y allant, pussent abo»der, on désigna déformer ledit port au cap de Cette qui communiqueroit audit Canal par lemoyen de l’étang de Thau , dans lequel ledit Canal fe décbargeroit. Que fur ce projet il fut dreíïé,de ì’ordre du Roi, par le feu sieur Chevalier de Clerville, Ingénieur de Sa Majesté, un devis■qui, quoique fait avec beaucoup de foin Sc d’exactitude, n’a pu néanmoins, dans une si grande& si difficile entreprise, en régler tellement Fexécution qui dépendoit principalement du travail■Sc de l’expérience, qu’on n’ait été obligé de laisser beaucoup de choses à la prudence de l’Entre-preneur ôc de celui qui seroit chargé par le Roi de l’inspection de ces ouvrages; Sc que deschoses même qui étoient réglées par ce devis, on a été obligé d’en changer beaucoup selonque la nécessité du travail l’a indiqué par l’avis dudit Inspecteur Sc avec l’agrément de Sa Ma-jesté , ainsi qu’il nous fera remarqué dans le cours de notre visite. Que ce devis ayant été publié ,ledit feu sieur Riquet, après les formalités ordinaires, s’en seroit rendu Adjudicataire au Con-seil, ledit jour 14 Octobre 1 666, des ouvrages de la rigole qui devoit être construite dans lamontagne, & continuée ensuite dans la plaine jusqu’à Nauroufe , des magasins L réservoirs néces-saires pour la conservation des eaux, de Fexcavation dudit Canal depuis la rivière de Garonne,près de Toulouse , jusqu’à celle d’Aude, prèsTrèbes , «Sc des écluses qui dévoient être bâties danscet intervalle, Sc pardevant feu M. de Lésons, Intendant de cette Province, ledit jour 23 Jan-vier 1669, de Fexcavation du Canal depuis Trêbes jusqu’à Fétang de Thau au-dessus de Mar-seillan , des écluses , chaussées Sc autres bâtimens à faire en cet espace , & de la jettée quidevoit être attachée au cap de Cette pour y former un port. Que ledit sieur Riquet ayant com-mencé de travailler à Fexécution & sur les mesures Sc dimensions portées par ledit devis, trouvaqu’il écoit absolument nécessaire d’y faire plusieurs changemens.
Premièrement, dans la forme des excavations , en ce que la rigole de la montagne qui ne devoitavoir, suivant le devis, que neuf pieds d’ouverture, cinq de base Sc neuf de hauteur , a pré-sentement le double de largeur, qu’on a jugé nécessaire de lui donner, pour qu’elle reçût assezd’eau, & en fournît assez à celle de la plaine, outre que ladite rigole de la montagne se trouveavcr 1400 toises courantes en longueur plus qu’il n’est porté par le devis.
Semblablement la rigole de la plaine ne devoit avoir, suivant le devis, que deux toisesd’ouverture, sept pieds de base Sc neuf pieds de profondeur, & on lui a donné quatre toisesd’ouverture Sc deux toises de base sur les mêmes neuf pieds de profondeur, avec cinq centscinquante toises courantes en longueur •d’augmentation au-delà des devis.
Et enfin, le Canal devoit avoir, suivant le devis, huit toises d’ouverture, cinq toises deuxpieds de base & huit pieds de profondeur; mais après avoir commencé Fexcavation prochede Toulouse, suivant cette manière, on a jugé qu’il lusfalloit donner une autre forme qui seroitplus belle, plus durable 8 c plus commode pour la navigation , qui a été de lui donner dix toisesSc au-delà d’ouverture fur cinq toises de base, avec la profondeur, suivant les terreins, enserreque dans les moins profonds il y ait toujours six pieds d’eau -
Secondement, dans le nombre des écluses que ledit sieur de Clerville avoir fixé à quaranteécluses dans F étendue de la première entreprise , Sc à trente dans la deuxième , revenant en toucà soixante-dix écluses, au lieu duquel nombre ledit feu sieur Riquet avoir été obligé de cons-truire jusqu’à cent deux corps d’écluses, dont quelques-unes ont été accolées pour la commo-dité de la navigation, Sc pour s’accommoder à la pente du terrein qui se trouvoit fort roideen certains endroits ; la raison de cette multiplication d’écluses a été que depuis Nauroufe àla Garonne près Toulouse il y a trente deux toises de pente, 8 c que depuis Nauroufe jusqu’àla Méditerranée il y a cent toises Sc demie de pente, enserre que si on n’eût fait que soixante-dix écluses, suivant le devis, il eût fallu que la plate-forme de chaque écluse eût eu près dedouze pieds de hauteur, ce qui eût été impraticable à cause de la disposition des terreins, &dangereux pour les portes basses qui auroient été chargées de dix-huit à vingt pieds d’eau.
Troisièmement, dans la forme des écluses , dont les jouyères ne doivent avoir, suivant le devis,que vingt toises de long, six pieds d’épaisseur 8 c douze pieds d’hauteur , 8 c n’être éloignées dansles endroits des portes que de quinze pieds ; on a trouvé dans Fexécution que ces éclusesétoient trop petites, 8 c on les a faites de vingt-fept toises de long, de dix-sept pieds de hau-teur, Sc la plupart beaucoup davantage, de neuf ou dix pieds réduits d’épaisseur, & de dix-huit pieds deux pouces, de distance aux portes ; on les a faites aussi en ligne courbe pour leurdonner plus de capacité, Sc pour les rendre plus fortes Sc plus agréables, ensorte qu’elles ontcinq toises de distance au milieu des deux lignes courbes.
Quatrièmement, dans la route du Canal qui devoit, suivant le devis, entrer dans la rivièred’Aude , & ensuite dans Fétang de Vendres, & de là remonter vers Béziers , pour ensuite se venirdécharger dans l’étang de Thau, proche de Maríeillan. Mais on a considéré qu’on pouvoitprendre une route plus courte en suivant celle que l’on a tenue, & que d’ailleurs le Canal n’auroit pasété assuré en le portant dans la rivière d’Aude, à cause des fréquentes inondations de cette rivière,auxquelles les ouvrages du Canal n’auroient pu résister : mais quoique la route que l’on a prisesoit plus courte que celle marquée par le devis, néanmoins les excavations de cette nouvelletoute ont été faites dans un terrein si plein de montagnes & de rochers, qu’en la comparant