ï 7 8 CANAUX DE NAVIGATION, Chap. VIL
un plan au feu Roi, renvoyé à M. Lebret, premier Président & Intendant *,par lequel il demandoitle don de ce canal. Feu M. le Maréchal de Vauban **,la dernière fois qu’il paífa en Provence, après en avoir conféré pendant plu-sieurs jours avec M. le Comte de Grignan, M. Lebret, & le sieur Vallon père,Architecte de la Province, en reconnut si fort & la possibilité & futilité qu’ildit que quand la guerre feroit finie, il viendroit remuer la terre ; mais lamort fa prévenu. Il semble donc que fur de telles présomptions de possibi-lité , on ne court pas grand risque de faire éclaircir ce point de sait par mainsde Maîtres, à qui il plairoit au Roi & à S. A. S. M. le Duc de donner sesordres, A par ceux que la Province pourroit charger de ce soin, avec lesprécautions nécessaires. Il somble que le moment favorable à une si belle &si utile entreprise , est enfin arrivé ; que la France jouissmt présentement dela paix & pour long-temps íuivant les apparences, le Roi peut aisément don-ner ses troupes ; M. le Duc est porté pour le bien & va au grand ; les person-nes qui pourroient fe trouver dans la soite à la tête de la Province, ne feroientpeut-être pas si réunies, que nous avons le bonheur de les trouver à présent ;des siècles entiers ne suffisant quelquefois pas à former de telles Unions, & quandelles feroient réunies, peut-être ne soroient-elles pas si convaincues de ce bien,si portées à le vouloir, & si accréditées auprès du Roi pour fe promettre la réussite.
La grande cherté des denrées , v qui augmente encore plus par les grandesdépenses du charrois, celle dubois & du charbon qui augmente de plus en plus,ainsi que tous les autres matériaux, la peine où plusieurs sont de placer leurargent, sont autant d’aiguillons pour entreprendre cet ouvrage.
MM. les Procureurs du pays fembleroient être responsables au public , à leurpatrie en particulier & à la postérité, de n’avoir pas profité dune conjonc-ture auísi heureuse <& damant plus précieuse, que ces temps de guerre, depeste, de famine, de troubles intestins, & autres fléaux qui ont tourmenté suc-cessivement cette Province, ne lui ont lailîe que très-peu de momens favora-bles pour exécuter un ouvrage qui , dans tous les temps a été f objet de sesdésirs; & quand il s’est trouvé de ces intervales favorables, ceux qui étoientalors à la tête des affaires étant souvent divisés par la jalousie, ne tournoient pastout à la fois leurs vues de ce côté-là comme aujourd’hui.
Enfin disoit f Assesseur de la Province , ce sont-là les premières vues deMM. les Procureurs du pays mes collègues, & les miennes , qui pourront êtreétendues & rectifiées dans la soite ; mais il y en a déja assez pour porter la Pro-vince à demander f agrément du Roi, & choisir ensoite des Ingénieurs égale-ment habiles, sûrs & intègres ; f intégrité dans un cas, comme celui-ci, quipeut faire de la peine à quelques particuliers qui n’aimeroient pas ce canal,étant un point capital qui ne doit pas être négligé.
Sur quoi f Assemblée délibéra de sopplier le Roi, & S. A. 8. M. le Duc ,de vouloir bien agréer le canal, & de donner les ordres nécessaires à ce sojet.
* H projettoit la prise des eaux au-dessous & a/Tezloin de Fendroit ou doit être établie celle du Ca-nal de Floquet proposé.
** Il avoir projecté de pousser ce Canal jusqu’à
Sisteron, & de le conduire à Aix & à Marseilleen passant par Manosque , & traversant la Duran-ce,à Canteperdrix, près du bac de Mirabeau.