214 CANAUX DE NAVIGATION Chap. VIII.
intelligence par M. Céard, Íous-Ingénieur dans la même Province, qui en a faitles plans , les niveliemens & les devis en 1774 8 c 1775. Je rendrai comptesuccessivement des idées de tous les deux.
2 j 1 La construction du port de Versoix sur le lac de Genève faite parordre du Gouvernement, dans le temps des derniers troubles de cette Ré-publique, devoit être suivie de rétablissement d une nouvelle ville; M. l’Inten-dant de Bourgogne avoit déja fait pour le Roi l’acquifition du terrein néces-saire pour la bâtir ; il avoit été autorisé à le concéder à céux qui se soumet-ts oient à y faire construire des maisons; i’enceinte de la ville fut tracée, leport fut construit. Ce port de Versoix devoit être un des termes du nouveaucanal ; mais il n étoit pas possible de passer par le lac au travers de Genève,parce que le Rhône, en sortant de cette ville, passe fous deux ponts assez étroits,8 c utiles à cette ville, au travers de laquelle il feroit très-difficile d’établir unenavigation, parce qu il faudrait sacrifier des établissemens qui lui font nécessaires.Au-dessous de Genève , le Rhône traverse encore le territoire de cette Répu-blique fur une longueur d’environ § milles en deux parties différentes, il sépareen même-temps la France de la Savoie, 8 c il est commun aux deux Etats depuisle traité de limites fait au mois. de Décembre 1766 ; il a été stipulé par cetraité qu on ne pourroit faire aucun ouvrage fur chaque bord respectif qui pûtpréjudicier à i’autre ; mais les obstacles politiques feroient levés facilement parfintérêt égal de toutes les parties.
Lorsque le Rhône est arrivé à io milles de Genève (en ligne droite), auxenvirons du Fort de i’Eclufe, il entre dans des rochers où il est encaissé à 100,ou 200 pieds de hauteur perpendiculaire, il fe perd même fous les rochers,Sl disparaît en entier, comme nous lavons dit, vers le pont de Beliegarde , 4milles au-defïbus du Fort de fEclusè. Sa pente est de 194 pieds depuis le Fortjufqu’à Geniffiat, fur une longueur d’environ 7 milles 8 c demi, & cette énor-me chute paraît, soit â fendrait de la perte du Rhône, soit dans sept catarac-tes , dont la plus remarquable est celle du pont de la Corde , environ deuxmilles au-dessùs de Geniffiat, & six & demi au-dessùs de la ville de Seyíîeì,où toutes les eaux du Rhône passent fous des rochers que l’on a été obliged’efcarper en partie, pour empêcher le passage trop facile des contrebandiersde Savoie.
Le Rhône est d’ailleurs de distance en distance semé de gros rochers, Sc.quelquefois resserré dans un espace qui n’a pas 25 pieds de large; mais àune fi grande profondeur qu on peut regarder comme une entreprise impos-sible de rendre le Rhône navigable dans cette partie qui est d’environ 7 milletoises de longueur.
Ces rochers perpendiculaires qui bordent le Rhône, font surmontés depuisle Fort del’Eclufe jusqu au pont de Beliegarde par une couche de 150, ou200 pieds de hauteur d’un terrein pierreux , ou espece de béton fossile, for-mé de cailloux réunis par un ciment naturel ; ce terrein est encore dominépar les montagnes du Jura 8 c du Credo , d’où partent les éboulemens quiont entraîné , il y a quelques années, le château de Vanchy, 8 c qui en 1762