âps CANAUX! DE NAVIGATION, Chap. XI.
d avoir recours à des allèges ; l’examen en fut fait par l’Académie en 1749,& i’épreuve par des Commissures du Conseil : on fit construire íur le Doubsen Franche-Comté le navire la Notre-Dame de Gray ; il fut lancé à seaupubliquement ; les allèges , qui ne consistent qu’en quelques pièces de lapinsavec des tonneaux, y furent appliquées íur le champ, le navire avec fa chalou-pe descendit sur le Doubs, entra dans la Saône, & fut conduit à Marseilleoù il fut vendu & armé pour la course ; il a même échappé à tous les Corsairespendant la guerre. Le bois qui formoit les allèges fut vendu avec un profitqui paya le fret depuis Verdun-sur-Saône jusqu à Marseille. Cependant cetteressource des allèges paroiífoit aux gens du métier insuffisante 8 í difficile.
390. Les grands bateaux de Rouen de 28 toises de long, font au moins 18à 20 jours pour venir àParis, tirés par 12 chevaux & portant 700 milliers ou 350tonneaux; les petits qui viennent en diligence font au moins cinq jours, &plus souvent douze; car la rivière n’est bien navigable de Rouen à Paris, quependant quatre mois de 1 année; ainsi les vaisseaux épargneraient les deux tiersdu temps pour les hommes & les trois quarts de la dépense pour les chevaux ;d ailleurs quand les eaux íont hautes comme de 16 pieds, les gros bateaux nepeuvent plus arriver ; mais des vaisseaux de cent tonneaux iront en tout temps,8 l les marchandises ne seront point chargées d un bâtiment dans un autre.
Cependant il y avoit aussi des objections contre lissage de ces navires ; ii11 en coûte, disoit-on, que quinze deniers par quintal pour la décharge & rechar-ge des marchandises d un bateau dans un autre ; cette opération ferait encorenécessaire pour la visite & l’acquit des droits des Fermes, soit à Rouen, soit àPoiíîy, 8 c pour le transport de ces marchandises de Poiíîy à Paris. Un bateautiré par des chevaux ou par des bœufs, porte depuis 300 jusqu’à 900 mil-liers, ce qui fait la charge de trois ou quatre navires. Il faudrait égalementaux Négocians & Commissionnaires des correípondans à Poiíîy, comme àRouen. L’entretien d un navire pendant le trajet, ferait plus cher à cauíè dede ses agrès que celui d’un bateau ; il employeroit plus de temps pour at-tendre le vent favorable, parce qu’on ne pourrait pas y employer des che-vaux ou des bœufs pour le tirer. De toutes ces considérations, on concluoitque le transport des marchandises, qui ne coûte que depuis dix jusqu a dix-huitfols par quintal, suivant la qualité des marchandises, deviendrait plus dispen-dieux , moins íur & moins prompt, ce qui obligerait à préférer les bateauxqui ne prennent que depuis trois jusqu à cinq pieds & demi d’eau ( au lieu dedix & onze pieds qu il faut pour des navires ) & qui peuvent remonter la Seinepresqu’en tout temps, en chargeant plus ou moins.
391. Cependant, diíòitPaíîèment, les vaisseaux remontent jusqu’à Rouen, onne les décharge point au Havre, non plus qu à l’embouchure de la Loire, de laGaronne & du Rhône; il y a donc un avantage reconnu à ne point déchar-ger les vaisseaux quand on peut féviter. D’ailleurs quelle différence entreune Capitale où abordent les vaisseaux 8 í celle qui ne reçoit que les bateaux ;le íèul port de Londres avoit produit, en 1767, deux millions sterling ou 4 6millions de France pour la Douane; la ville de Bordeaux produit cinq millions