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Des canaux de navigation, et spécialement du Canal de Languedoc / par ... de la Lande
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Z98 CANAUX DE NAVIGATION, Chap. XIV.

Une des méthodes les plus ordinaires pour fermer les pertuis, consiste àplacer verticalement les unes contre les autres de longues aiguilles de bois ,dont l’extrémité inférieure s’appuye contre un seuil qui traverse le pertuis, Scl’extrémité 'supérieure contre une poutre posée horizontalement fur les deuxJambages qui forment l’ouverture.

Pour ouvrir le pertuis , les Eclusiers se placent fur la poutre transversale ,â enlevent à la main les aiguilles l’une après l’autre , 'non fans beaucoup depeine , Sc même íàns quelque danger. Ces aiguilles étant poussées violem-ment par le courant dans leur partie inférieure au moment où elles quittentle seuil, il arrive souvent que l’homme qui veut lever l’aiguilie, ne peut résister à cet effort du courant, & tombe dans l’eau. Quand toutes les aiguilles ontété enlevées lune après l’autre, on ôte la poutre transversale, Sc alors le pas-sage est libre pour les bateaux. Quand ils íònt passés, on replace la poutretransversale, Sc Ton remet lune après l’autre chaque aiguille. Ces opérationspénibles exigent beaucoup de temps, Sc font par conséquent perdre inutile-ment beaucoup d’eau; d’ailleurs il est impossible que ces aiguilles fermentjamais très-exactement, ce qui fait perdre une quantité d’eau , dont l’on a íou-vent grand beíoin en été : c’est cette méthode qui étoit en uíàge pour la navi-gation de la basse Charente.

. Sur d’autres rivières, on ferme les pertuis avec des poutrelles qu’on faittomber horizontalement le long de deux rainures pratiquées dans les deuxbajoyers; ces poutrelles étant mises l’uneíùr l’autre, le poids de celles qui fontau-dessus , force les inférieures à descendre jusqu’au fond de l’eau, pour luifermer le paíìàge. Cette eípèce de fermeture est un peu plus exacte quecelle des aiguilles ; la manœuvre est aussi un peu moins dangereuse pour lesEclusiers ; mais l’opération de lever les poutrelles, n est guere moins lon-gue que celle de l’enlèvement des aiguilles. En effet il faut que deux hom-mes placés à chaque bout, les saisissent l’une après l’autre avec des crochetspour les enlever, ce qui exige beaucoup d’adresse de leur part, quelque-fois beaucoup de temps, Sc par conséquent du retard pour' les marchandises,Sc une grande consommation d’eau ; d’où réíùlte dans les basses eaux un grandpréjudice aux moulins, Sc un préjudice encore plus grand à la navigation ducanal supérieur, que cette perte d’eau interrompt quelquefois, tandis quelleíè íèroit íoutenue, si 1 eau eût été mieux ménagée.

Sur quelques rivières on ferme ces pertuis avec des vannes de la largeurdu pertuis ; mais cette méthode ne peut être bonne, lorsqu’il s’agit dune na-vigation telle que celle de la Charente , où les pertuis devant donner paíìàgeà des gabares de 18 pieds de largeur, doivent avoir au moins 20 pieds; ily auroit un poids énorme d’eau íùr des vannes de cette eípèce , auxquelleson feroit obligé de donner sept.pieds de hauteur dans les chûtes de trois piedsSc demi ; il íèroit impraticable d’ouvrir Sc de fermer de pareilles vannes. Quantà 1 usage des portes pour fermer les pertuis, il feroit sujet à un grand incon-vénient par le poids de l’eau, Sc par les dépôts de fable qui se formant der-rière les portes, empêcheroient de les ouvrir, à moins qu’on n’eût enleve lefable par des draguemens longs Sc pénibles.