DU CALENDRIER.
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CHAPITRE X I I L
Des Saturnales .
§. I.
Origine des Saturnales.
A Fête des Saturnales, qu’on regarde ordinairement comme une Fête par-ticulière aux Romains, remonte aux tems les plus reculés, & est auíïï ancienneque l’Agriculture ; elle prouve l’humanité de ceux qui l’instituerent.
L’Agriculture des íà naissance détruisit le peu d’égalité qui regnoit entreles hommes, jusques alors privés de toute propriété particulière , & qui n'é-toient distingués que par leur force & par leur adreíse. L’Agriculture , au con-traire , donna lieu aux propriétés ; & comme tous ne purent pas être proprié-taires , il en résulta diverses classes d’hommes : les uns furent maîtres , les au-tres furent domestiques ou ouvriers : les uns firent naître les subsistances & lesmatières premieres , les autres les mirent en œuvre & les commercerent.
Les uns étoient tout, & les autres n’étoient rien ou presque rien : tellectoir en effet la constitution des Etats primitifs & de toutes les anciennes Ré-publiques , qu’on ne regardoit comme Citoyens que ceux qui étoient pro-priétaires d’un terrain renfermé dans l’Etat. Eux seuls faisoient partie de l’Etat,parce qu’eux seuls avoient intérêt à sâ conservation, & que d’eux seuls dépen-doient fa force & fa prospérité : eux seuls tenoient à l’Etat par leurs possédionsqui ne pouvoient se déplacer ; tandis que tous les autres pouvoient passer dusoir au lendemain là où ils auroient le plus à gagner, & où on leur oflxiroit leplus d’avantages.
Audi pendant long-tems n’y eut-il à Rome de Citoyens que ceux de laCampagne ; & lorsqu’on y eut établi des Tribus Citadines, elles furent cons-tamment beaucoup moins estimées que celles des Champs.
II en étoit de même de la portion commerçante. Cicéron en parle d’unemaniéré qui souleveroit maintenant tout le monde ; aucun Commerçant n’é-toit Citoyen ; il ne voyoit en eux que des gens animés d’un esprit mercenaireincompatible avec cet esprit élevé du Citoyen qui est toujours prêt à faire dessacrifices à la Patrie. II ne leur trouvoit en quelque forte du mérite qu’autantHijl, du Cal. O o