XX
Observations
Depuis quelques années on a pratiqué aux deux côtés de la croisée deuxgrands autels, dont le rétable en voussure & décoré de mosaïques, encadredeux grands tableaux qui méritent à leurs auteurs les plus grands éloges: celuià droite, de M. Doyen, représentant le miracle de Sainte Genevieve-des-Ardens,est du plus grand effet ; jamais on ne mit ensemble plus d’actions & d'exprestionsdifférentes avec plus de vérité, de chaleur & de force; st l’on porte ses regardsau centre de ce tableau, l’on partage aussitôt la douleur de cette tendre mère,qui n’a d’autre espoir qu’en Genevieve pour lui rendre un enfant cruellementtourmenté de la fièvre ardente ; & juíqu’aux cris perçans de cet enfant semblentse faire entendre. Quel spectacle n’offre pas encore ce Gaulois, qui de fa propremain s’arrache le côté du cœur! la violence du feu qui dévore ses entrailles, luicause des crispations si terribles, que toute íà belle & vigoureuse charpente sedisloque, & jufqu’aux extrémités de ses membres sortent de leur état naturel.
L’autre tableau en tout opposé à celui-ci, de M. Vien, représente l’Apôtrede la France, prêchant la religion chrétienne au peuple ; cette prédication estd’un beau tranquille , la peinture d’une suavité étonnante & de la plus bellecouleur ; l’ordonnance générale en est simple, telle quelle doit être ; le lieu deîa scène noblement décoré d’une belle architecture ; ì’entente des lumièresproduisant le meilleur effet singulièrement fur la personne de l’Apôtre; qued’intérêt enfin dans ces jeunes & belles Gauloises , dont les formes font sirégulières, & dont les traits nous peignent en quelque sorte ía simplicité despremiers âges de la chrétienté.
'La chaire, ouvrage de M. Challe, est ía preuve la plus forte des grands talensde son auteur, qui a su se frayer une route nouvelle, & sortir de la petite sphèreoù s’étoient renfermés jufqu’à lui tous les décorateurs de ce genre.
C’est au zèle soutenu & à Ia pieuse industrie du digne Pasteur de cette églisequ’on doit les embelliífemens qui ía décorent : le chœur, le maître-auteí, l’orgue,les charniers, la communauté des Prêtres, édifice immense & commode , enfintous les objets de décoration que nous venons de détailler. Tels sont les ouvragesqui caractérisent singulièrement le génie de ce citoyen estimable, dont nouslouerions également les vertus de lame, s’il n’existoit plus parmi nous.
SAINTE GENEVIEVE.
Tout ce qu’on voit de ía nouvelle église de Sainte Genevie ve, annoncele plus superbe monument de ce genre qu’on ait en France, & i’un des plusbeaux du monde : on a fait des critiques anticipées de cet édifice; on a prétenduprouver que le génie qui 1 a conçu, n’exécuteroit jamais le dôme qu’il a projeté.L’auteur de cette critique fonde son jugement fur les proportions établies ;mais le génie qui crée lui-meme des règles, a des ressources que le calculateurne soupçonne peut-être pas ; & ce qui prouve que M. Soufflot les connoît,c’est que les travaux de cet édifice sont suivis, & que bientôt l’on verradominer fur la plus étonnante ville de l’Univers, le plus majestueux des Temples,où 1’harmonie de toutes les parties se fait sentir également aux connoiífeurs
& à