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Discours sur les monumens publics de tous les âges et de tous les peuples connus : suivi d'une description de monument projeté à la gloire de Louis XVI & de la France : terminé par quelques observations sur les principaux monumens modernes de la ville de Paris, & plusieurs projets de décoration & d'utilité publique pour cette capitale / par M. l'abbé de Lubersac
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5cxì| Observations

fontaine des Saints-Innocens, célèbre par les admirables reliefs de Jean Goujeonqui la décorent; & la fontaine de la rue de Grenelle, ouvrage du grandBouchardon, digne dune autre place que celle quil occupe ; cette dernièreíur-tout est très-estimée dans toutes íes parties: architecture, reliefs, statues;tout y est dans íe plus beau style & dune pureté de destin peu commune,mais on ne peut sempêcher de répéter que ce beau monument nest pointdu tout il devroit être, à moins quon ne forme une place en avant, quien favoriserait alors infiniment la perspective.

THÉÂTRES.

U N avantage qu'aucun temps, qu'aucun peuple neut & naura jamais fur laNation françoiíê, ce font nos spectacles: ce quil y a détonnant, cest que danstous les genres, le dramatique est arrivé chez nous rapidement à la perfection :il eût feulement été à defirer que la construction de nos théâtres eût réponduà la sublimité des génies qui les ont enrichis.

Les chef-dœuvres de Corneille, de Racine, de Molière & de Lulli ontcommencé à être joués dans des tripots ; lhôteí des Comédiens François a étéjufquà présent de la construction la plus resserrée, & dans unemplacementtrès-incommode ; celui des Comédiens Italiens est encore plus mal placé &auísi mal construit : il a fallu un incendie terrible pour faire reconstruire celuide ìOpéra ; ce spectacle qui réunit à toute la pompe des décorations & íe jeudes machines, la plus brillante harmonie, la majesté & iintérêt du cothurne,la gaieté décente de la comédie, la simplicité naïve du genre pastoral, & lesagrémens divers des danses qui les caractérisent, est proprement le spectaclede la Nation.

II est bien étonnant que dans ce pays, lon a jufquà présent si peu ménagédans une infinité doccasions, leíprit dépargne & souvent même des considé-rations particulières aient tant influé dans la construction de nos théâtres quifont des monumens publics, & qui en devraient être du goût de la Nation :en efíèt les productions immortelles du génie íe trouvent, pour ainsi dire,comprimées dans des espaces étroits & incommodes pour le spectateur quiachette deux heures de plaisir au risque de fa vie , & y respire toujours un airmal sain, en ce quil ny est jamais renouvelé.

II faut cependant rendre justice à lArchitecte qui a bâti la nouvelle salle delOpéra ; circonscrit dans une certaine étendue de ter rein, il a fu en tirer leplus grand parti ; & cette Salle auparavant si sombre, si mal distribuée, encoreplus mal située pour la facilité des débouchés, íur-tout pour les voitures, Testdu moins aujourdhui de façon quon peut y aborder & en sortir íàns courirdauísi grands risques que ci-devant ; tout y est auísi-bien entendu, auísi-biendisposé quil est possible pour lefpace donné.

II y a lieu deípérer que Ie Théâtre françois, quelque part quil soit situé,fera reconstruit de manière, que Ie public ait les mêmes facilités & de plus grandes