5cxì| Observations
fontaine des Saints-Innocens, célèbre par les admirables reliefs de Jean Goujeonqui la décorent; & la fontaine de la rue de Grenelle, ouvrage du grandBouchardon, digne d’une autre place que celle qu’il occupe ; cette dernièreíur-tout est très-estimée dans toutes íes parties: architecture, reliefs, statues;tout y est dans íe plus beau style & d’une pureté de destin peu commune,mais on ne peut s’empêcher de répéter que ce beau monument n’est pointdu tout où il devroit être, à moins qu’on ne forme une place en avant, quien favoriserait alors infiniment la perspective.
THÉÂTRES.
U N avantage qu'aucun temps, qu'aucun peuple n’eut & n’aura jamais fur laNation françoiíê, ce font nos spectacles: ce qu’il y a d’étonnant, c’est que danstous les genres, le dramatique est arrivé chez nous rapidement à la perfection :il eût feulement été à defirer que la construction de nos théâtres eût réponduà la sublimité des génies qui les ont enrichis.
Les chef-d’œuvres de Corneille, de Racine, de Molière & de Lulli ontcommencé à être joués dans des tripots ; l’hôteí des Comédiens François a étéjufqu’à présent de la construction la plus resserrée, & dans un ■emplacementtrès-incommode ; celui des Comédiens Italiens est encore plus mal placé &auísi mal construit : il a fallu un incendie terrible pour faire reconstruire celuide ì’Opéra ; ce spectacle qui réunit à toute la pompe des décorations & íe jeudes machines, la plus brillante harmonie, la majesté & i’intérêt du cothurne,la gaieté décente de la comédie, la simplicité naïve du genre pastoral, & lesagrémens divers des danses qui les caractérisent, est proprement le spectaclede la Nation.
II est bien étonnant que dans ce pays, où l’on a jufqu’à présent si peu ménagédans une infinité d’occasions, l’eíprit d’épargne & souvent même des considé-rations particulières aient tant influé dans la construction de nos théâtres quifont des monumens publics, & qui en devraient être du goût de la Nation :en efíèt les productions immortelles du génie íe trouvent, pour ainsi dire,comprimées dans des espaces étroits & incommodes pour le spectateur quiachette deux heures de plaisir au risque de fa vie , & y respire toujours un airmal sain, en ce qu’il n’y est jamais renouvelé.
II faut cependant rendre justice à l’Architecte qui a bâti la nouvelle salle del ’Opéra ; circonscrit dans une certaine étendue de ter rein, il a fu en tirer leplus grand parti ; & cette Salle auparavant si sombre, si mal distribuée, encoreplus mal située pour la facilité des débouchés, íur-tout pour les voitures, Testdu moins aujourd’hui de façon qu’on peut y aborder & en sortir íàns courird’auísi grands risques que ci-devant ; tout y est auísi-bien entendu, auísi-biendisposé qu’il est possible pour l’efpace donné.
II y a lieu d’eípérer que Ie Théâtre françois, quelque part qu’il soit situé,fera reconstruit de manière, que Ie public ait les mêmes facilités & de plus grandes