XXX
Observations
imprimerie royale.
L’art cfe i’ Imprimerie est la plus utile & la plus ingénieuse des inventionsdes temps modernes. C’est à cette invention admirable que nous devons lesprogrès auíîì étonnans que rapides qu’ont fait ies Arts & les Sciences. Enmultipliant ies productions du génie, elle a nécessairement formé des dépôtsimmenses & précieux qui seront jufqu’à la fin des siècles, des sources inépui-sables dont la fraîcheur & la salubrité porteront dans tout ce qui est du ressortde i esprit, l’ame & la vie, & qui répandus dans une infinité d’endroits, nepériront jamais, quelques révolutions qu’il arrive à notre Planète, à moinsd’une submersion totale du globe qui anéantisse à la fois Ies hommes & Iesmonumens des Arts.
Mais dans le nombre infini des établistèmens que nous appelons Imprimeries,celui qui certainement mérite le premier rang, est ¥ Imprimerie du Louvre. 11 yexiste une Typographie complette, dont tous ies poinçons & leurs matricesappartenans au Roi, ne fervent que pour elle feule, & dont les marques dis-tinctives font la fureté de toutes les pièces qui s’y impriment : C’est ce dépôtunique & précieux qui lui assure la prééminence fur tous les établistèmens de cegenre, qui n’ayant point de poinçons particuliers, ne peuvent fe lèrvir quedes caractères que leur soumissent Ies Fondeurs ordinaires, & qui font com-muns à toutes les Imprimeries.
Cet établissement remonte à François I. er le restaurateur des Lettres & lepère des Savans. Ce Prince fit graver par Garamond des poinçons de caractèresgrecs connus par leur beauté, qui joints à ceux pour ies Langues étrangères,formèrent ì’ancien fonds de ¥ Imprimerie Royale, tant qu elle fut entre les mainsdes Étiennes, des Turneles, des Vitré & des Cramoifys; mais la fuite desEtiennes, pendant les guerres de religion & les troubles du royaume, avoitfait perdre à l’Imprimerie Royale la plus grande partie de íès caractères desLangues savantes.
Vers l’an 1630, on fit de nouvelles tentatives pour la rétablir, & c est àM. le Cardinal de Richelieu, (dit le Président Hénault*), que l’on doit le réta-blissement de cette Imprimerie. Trichet-Dufresne étoit chargé de la correction,Cramoisy étoit Imprimeur, & Sublet-Desnoyers, Surintendant.
Cette Imprimerie, quoique déjà célèbre, & protégée du Gouvernement,n avoit rien qui la distinguât des autres Imprimeries ; elle ne doit donc êtreregardée comme un monument royal, qu a lepoque où munie des plus beauxcaractères, uniquement destinés pour elle, elle est devenue flmprimerie duGouvernement.
Ce ne fut qu en 1690, que M. le Chancelier de Pontchartrain, croyant lesLettres intéressées au rétablissement de l’Imprimerie Royale, chercha à lui donnerune nouvelle forme.
* Histoire de France, tome II, page jój, édit. Paris, 1768, in-q,,®