SUR LES M 0 N U M E N S. ìix
en décret, 8c dont íe propriétaire fuit ses Créanciers 8c les Sergens; en effet,on n’y rencontre jamais le Seigneur châtelain, qu’on ne peut cependant passupposer toujours à la guerre, à la chaise, à la messe, ou dans ses vignes.
On defireroit donc qu’en entrant dans ce vieux castel à pont - le vis,mâchicoulis, tourelles, crenaux , qu’après avoir passé, en recommandant soname à Dieu, fur le pont ruiné qui y donne accès, l’on trouvât par fois lebon Châtelain, astis dans le fauteuil à bras, disant ses heures, ou lisant leshauts faits des Chevaliers de la Table-ronde, ou contant à fa Nièce & à íâGouvernante lès exploits galans & guerriers; qu’il fût dans ì’accoutrement desPreux de ì’ançien temps, c’est-à-dire, moustaches fous le nez, chapeau rabattuà plumaches, fraise, pourpoint noir & cramoisi, baudrier à franges , auqueíseroit suspendu une redoutable rapière, brayette, chaudes, &c. 8c qu’ii invitâtloyalement ceux qui lui feroient visite, à boire du vin du crû, à la lantédu Seigneur hautqusticier dont il relèveroit.
L’on voudroit voir par fois le petit doguin, chien favori de la Nièce, tournerla broche; la baste-cour bien garnie de volailles grosse 8c menue; le destrier duSeigneur Châtelain, la jument bai-br une de la Nièce 8c le roustìndu Varlet; uneDame-Marie qui seroit le potage du vieux Baron 8c la Servante de peine, pourtraire les vaches 8c donner à manger aux poules 8c pigeons de volière.
On connoît aux Invalides un vieil Officier, qui a servi, dit-on, quarante-cinq ans, dans le régiment d’Orléans Infanterie ; brave Soldat, bon Gen-tilhomme , originaire de la Beauce 8c peu fortuné; à qui il ne manque qu’unemoitié de joue, un œil, un bras & une jambe, qu’il a successivement perdusen trois batailles, six assauts de places & vingt escarmouches ; mais qui atoutes íês dents; du reste vigoureux encore, marchant bien, chaflant par fois,dormant bien, mangeant fort, lisant peu, buvant sec, pérorant, Dieu sait,prolixement sur les faits glorieux de son Régiment 8c de son Colonel: oncroit que M. Ie Baron, tel qu’on vient de le peindre, pourroit être le digneDesservant d’un pareil bénéfice Militaire, s’il plaifoit à Ion Aíteíìè de íefiestèr à vie à ce digne personnage, en lui accordant toute Justice 8c Droitshonorifiques 8c utiles, dans ì’étendue dudit fief; à la charge, par ledit Baron,de prêter foi 8c hommage, chaque année, au jour de la Saint-Philippe, à sonSeigneur suzerain; pour quoi il lui seroit fourni litière avec deux mulets dePoitou, à plumaches 8c sonnailles ; ledit Baron seroit suivi de son Varlet, montésur Ie roussin bai-roux de sa Nièce & de ses Servantes, portant en deux paniersd’osier, couverts de linge blanc de lessive, demi-cent d’œufs frais 8c deuxgélines blanches de rente, avec quenouille de fin lin: le susdit Baron, à l’iíìuede la Grand’messe, introduit à l’audience de son Seigneur, un genou en terre,se reconnoîtroit son Homme-lige, 8c la Demoiselle sa Nièce, en barbespendantes 8c cotte détroussée, après trois révérences, baifèroit le bas de larobe de íâ Dame, 8c présenteroit lès œufs, gelines 8c quenouille; de toutquoi seroit fait aéìe en bonne & dûe forme; âpres quoi íeioient comptées,audit Baron, quinze cents livre- tournois par íe susdit Seigneur suzerain;